Délinquants: le «projet Maghreb» d'Isabel Rochat pourrait faire école en Suisse

Sécurité publiqueGenève finance jusqu’à 4000?fr. des projets de formation pour de petits délinquants s’ils acceptent de rentrer dans leur pays

Qui payera? «Pas les contribuables», assure Isabel Rochat. Le département utilise un fonds de la police alimenté par l’argent saisi lors d’opérations contre le trafic de drogue.

Qui payera? «Pas les contribuables», assure Isabel Rochat. Le département utilise un fonds de la police alimenté par l’argent saisi lors d’opérations contre le trafic de drogue. Image: Laurent Guiraud (Archives)

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Que faire des délinquants maghrébins clandestins non refoulables, responsables de près de la moitié des vols à Genève depuis quatre ans? Le Département de la sécurité (DSPE) a mis en place depuis le mois d’août un projet pilote unique en Suisse pour aider certains multirécidivistes à rentrer volontairement dans leur pays afin de suivre une formation professionnelle. Certains cantons pourraient reprendre l’idée.

Une dizaine de personnes ont bénéficié du Projet Maghreb et une cinquantaine d’autres, actuellement en détention, acceptent cette démarche. Les candidats à l’aide au retour doivent répondre à plusieurs critères, a indiqué jeudi sur les ondes de la RTS Isabel Rochat, cheffe du DSPE: «Etre là depuis quelques années, être multirécidiviste, avoir été identifié.» Son porte-parole, Laurent Paoliello précise à la Tribune de Genève qu’il s’agit de personnes n’ayant commis que de petits délits. Ils doivent en outre développer un projet crédible. Certains se forment aux métiers de garagiste ou de chauffeur de taxi.

«Un détenu coûte 12'000 par mois»

Alors qu’un détenu coûte entre 400 et 450?francs par jour, l’aide au retour s’élève à 4000?fr. maximum, relève Isabel Rochat. Quelque 1000?fr. sont versés à la personne à son départ par la Croix-Rouge genevoise. Puis 3000?fr. reviennent à une ONG chargée de mettre en œuvre un projet de réinsertion.

Avec une soixantaine de bénéficiaires et de candidats, le coût global de l’opération s’élèverait à 240?000?fr. Qui payera? «Pas les contribuables», assure Isabel Rochat. Le département utilise un fonds de la police alimenté par l’argent saisi lors d’opérations contre le trafic de drogue.

Rentrer chez soi la tête haute

«Pour ces personnes qui ne commettent pas des actes de délinquance par plaisir, note Laurent Paoliello, ce projet leur donne l’opportunité de rentrer chez elles la tête haute, libres et avec un projet de formation.» En engageant cette démarche, ces délinquants sans titre de séjour doivent révéler leur véritable identité. De quoi les décourager par la suite à revenir en Suisse, explique en substance le porte-parole.

Cette porte de sortie honorable n’est qu’«un palliatif en attendant la signature d’accords de réadmission», souligne encore la cheffe du département. Genève sollicite Berne depuis des mois afin que les négociations aboutissent avec certains pays. Les pourparlers semblent avancer depuis ces derniers jours avec la Tunisie. Dans l’attente de ces accords, le processus de renvoi des clandestins délinquants qui touche particulièrement Genève se voit bloqué. L’autre difficulté s’explique par le manque de places dans le centre de détention administrative de Frambois ( notre édition du 5 mars 2012 ).

Le Projet Maghreb a été présenté jeudi à la Conférence latine des chefs des départements de justice et police par Mario Gattiker, directeur de l’Office fédéral des migrations (ODM), favorable à cette initiative. Dès lors, le concept pourrait être repris par d’autres cantons.

Créé: 29.03.2012, 21h52

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300 à 400 clandestins

La police genevoise estime qu’entre 300 et 400 clandestins maghrébins sont responsables de plus de 6000 délits depuis ces quatre dernières années. Des personnes non refoulables. Sur le principe, pourtant, tout est prévu: une fois la peine purgée à Champ-Dollon et la décision de renvoi prononcée par l’Office cantonal de la population, un officier de police décide d’une mise en détention administrative le temps d’organiser un vol de retour. Au Tribunal administratif de première instance (TAPI) de la confirmer ou pas. Dans la pratique, c’est moins simple.
Genève est tributaire des accords de réadmission signés entre la Confédération et d’autres pays et pâtit des blocages avec l’Algérie. Beaucoup de délinquants œuvrant dans les rues genevoises prétendent venir de ce pays sans disposer de papiers d’identité. Dans ce cas, il revient à l’autorité d’effectuer un travail d’identification fastidieux avant de lancer une demande de réadmission. «Si l’on arrive à prouver que telle personne est issue de tel pays, celui-ci est tenu de le reprendre, même sans accord avec Berne», explique Laurent Paoliello, porte-parole du Département de la sécurité (DSPE). Encore faut-il que le principal intéressé accepte de monter dans l’avion. Si ce n’est pas le cas, on organise un vol avec escorte policière. S’il refuse encore, on lui prépare une expulsion de force, par vol spécial. Problème: l’Algérie y est opposée. (SRo)

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