Défaits, les socialistes genevois font leur mea culpa

Élections fédéralesÉlections sans pitié pour les socialistes: leurs amis Verts leur ont coupé l’herbe sous le pied. Les battus reviennent sur leur échec.

Ce dimanche d'élections fédérales, le cœur n'était pas à la fête au

Ce dimanche d'élections fédérales, le cœur n'était pas à la fête au "stamm" du Parti socialiste genevois. Image: Magali Girardin

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Si la gauche en général a connu un beau dimanche électoral, le Parti socialiste (PS) a perdu des plumes. Notamment au profit de ses alliés Verts: selon un sondage Tamedia (33 474 participants), un électeur sur cinq du PS de 2015 a rejoint le camp des Verts! Cela représente la plus grande migration d’électeurs entre les partis. Inversement, seulement 7% des électeurs Verts d’il y a quatre ans sont passés au PS.

Résultat: les socialistes ne disposent plus que de 38 sièges au Conseil national, contre 43 il y a quatre ans. Leur force électorale tombe ainsi à 16,8% (-2%), soit le plus mauvais score pour le parti depuis l’introduction de la proportionnelle en 1919. Les Verts, eux, font un bond de 11 à 28 sièges.

Besoin de personnalités

À l’échelon genevois, les socialistes régressent dans toutes les communes (sauf à Gy), tandis que les Verts progressent partout. La nouvelle députation genevoise ne compte ainsi plus que deux représentants socialistes, contre trois dans l’ancienne; les Verts passent, de leur côté, d’un seul élu à trois parlementaires.

Leur percée est impressionnante. Elle s’explique en grande partie par la vague actuelle en faveur du climat. «Nous n’avons pas eu la chance d’avoir le mot «Vert» dans le nom de notre parti», commentait à chaud, dimanche, le président du PS suisse, Christian Levrat. Un brin simpliste, la défense de cet éléphant politique? Car l’atout écologique n’est sans doute pas l’unique raison de l’échec du PS. Christian Levrat le sait d’ailleurs bien, lui qui n’a pas caché «avoir un œil qui pleure pour son parti» au soir du verdict.

Et il n’est pas le seul à ne pas se satisfaire d’un tel résultat. Nouvel élu genevois à Berne, le socialiste Christian Dandrès admet «avoir pris une belle baffe», même si, tempère-t-il, «en 2015, notre troisième siège avait été acquis difficilement. Nous avions alors pu compter sur une personnalité comme Manuel Tornare pour faire la différence.»

Pas le cas cette fois-ci? «Laurence Fehlmann Rielle et moi avons une bonne cote, à en croire notre élection, mais il n’y a pas photo avec la popularité d’un magistrat!» Manuel Tornare estime aussi que les personnalités jouent un grand rôle dans les élections nationales: «L’excellent score de mon camarade de parti Mathias Reynard, dans un canton aussi conservateur que le Valais, en atteste. À Ensemble à Gauche, ce n’était pas gagné non plus et une figure comme Jocelyne Haller a assurément joué son rôle. Carlo Sommaruga est également une locomotive reconnue. Sans oublier Lisa Mazzone, qui surfe certes sur la vague verte, mais qui est surtout une personnalité très appréciée et compétente ayant tout compris de la communication.»

Ce serait moins le cas du PS, à en croire Manuel Tornare, le dorénavant jeune retraité – papy, dit-il – de la politique: «La direction du parti a fait des erreurs tactiques en ne focalisant pas assez sur quelques thèmes porteurs que nous défendons avec efficacité, note-t-il. C’est pourtant le seul moyen pour mobiliser la population. Nous ne sommes donc pas suffisamment offensifs!»

Profils marqués à gauche

Pour l’ensemble de la population, les coûts relatifs à la santé restent la principale inquiétude, juste avant les pensions de retraite, «deux sujets sur lesquels le PS est à la pointe, souligne Christian Dandrès. Sans en avoir vraiment bénéficié.» Il appelle à revenir «aux fondamentaux historiques du parti, telle la défense des locataires, des assurés et des travailleurs», pour regagner des voix lors des prochaines élections municipales.

Toujours selon cet avocat de l’Association de défense des locataires (Asloca), «avec l’arrivée de Lisa Mazzone, les Verts se sont nettement repositionnés à gauche. Pas surprenant qu’ils flirtent avec nos électeurs. Nous devons donc impérativement tenir des discours clairs pour que les plus faibles voient qui assure leur défense. Cela paie toujours pour le PS quand les profils sont marqués à gauche.»

Un message brouillé par RFFA?

Président de l’Asloca, Alberto Velasco partage cet avis: «Ce n’est pas un hasard que des personnalités comme Christian Dandrès et Laurence Fehlmann Rielle aient été élues, deux candidats de gauche qui répondent aux attentes de notre électorat. À l’Asloca, je n’arrête pas de recevoir des appels de personnes en difficulté qui ont besoin qu’on les défende.»

Tant Alberto Velasco que Christian Dandrès considèrent aussi que la position vacillante du PS sur la réforme de l’imposition des entreprises (RFFA) a brouillé les cartes. «Nos électeurs se sont sentis trahis et ont sanctionné un parti dont ils ont le sentiment qu’il ne les défend plus!» précise le premier cité.

Membre du comité directeur, Carole-Anne Kast pense, de son côté, que ce n’est pas le moment de s’épancher entre les deux tours de l’élection au Conseil des États: «La direction a dit qu’elle ferait une analyse des résultats; on en parlera alors.»

Un entre-deux-tours où les partenaires roses-Verts comptent bien empocher les deux fauteuils des États grâce à leur complémentaire duo Sommaruga-Mazzone, qui a fait un grand premier pas dans cette direction dimanche.


«Il y a une défiance»

Président du Parti socialiste genevois, Gérard Deshusses pense que sa formation n’a pas su montrer la dimension écologique de ses combats sociaux. Interview.

Gérard Deshusses, que s’est-il passé dimanche pour le PS?

Je pense que l’on n’a pas eu le même cercle de votants qu’habituellement. Un électorat plus jeune s’est prononcé et, parallèlement, une partie des partisans de la droite a déserté. En réalité, tous les partis au pouvoir ont perdu des plumes. Il y a une défiance, sans doute en lien avec les affaires, qui touche toute la classe politique.

Qu’est-ce qui vous a manqué par rapport aux Verts?

L’environnement était la thématique principale de ces élections, c'est un fait et cela a avantagé les écologistes. Ce qui nous a manqué, c’est d’avoir su montrer que nos dossiers prioritaires – le social, l’aménagement – ont une dimension écologique. Il faut que l’on parvienne à articuler les dossiers sociaux et la politique de l’environnement.

Êtes-vous inquiets pour les élections municipales de ce printemps?

D’un échec, on peut tirer profit. Le parti va entamer une réflexion approfondie. On peut espérer que ce sera plus facile au niveau communal parce que les décisions touchent les gens dans leur quotidien. Je crois que nous aurons plus de chances de faire passer notre message. Ceci dit, notre défi immédiat, c'est de faire élire le ticket rose-vert au Conseil des États le 10 novembre. Le résultat du premier tour de Lisa Mazzone et de Carlo Sommaruga était excellent, mais il s'agit de confirmer. Eric Budry

Créé: 23.10.2019, 16h41

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