«De plus en plus de gens veulent se séparer de leurs chevaux»

Protection des animauxLe Refuge de Darwyn fête ses 15 ans. Il ne peut plus faire face aux demandes toujours plus importantes

«Saratoga», 31 ans, et «Tzigane», 35 ans, sont les plus anciens pensionnaires du refuge.

«Saratoga», 31 ans, et «Tzigane», 35 ans, sont les plus anciens pensionnaires du refuge. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Tzigane, hongre de 35 ans récupéré suite à un drame familial, fait partie des premières montures sauvées par le Refuge de Darwyn, basé à Sézenove. Depuis sa création il y a quinze ans, pas moins de 364 chevaux ont été recueillis, soignés et placés dans des familles d’accueil par l’association. Malgré quelques legs qui ont permis au refuge de mieux tourner ces dernières années, il reste beaucoup de pain sur la planche: ses responsables constatent qu’aujourd’hui plus que jamais, de plus en plus de propriétaires cherchent à se séparer de leurs chevaux.

«C’est un vrai problème, lance Anouk Thibaud, directrice du refuge. Beaucoup attendent que leur cheval leur procure un rendement. Lorsque celui-ci est trop vieux ou connaît un problème de santé, ils cherchent alors à s’en séparer, en proposant de le placer à travers des annonces dans les journaux, alors qu’ils devraient avoir le courage de le faire euthanasier.»

Peu de moyens

Faute de place et de moyens, Darwyn ne peut plus faire face à ces demandes en hausse. L’association doit en effet se serrer la ceinture: ces dernières années, ses responsables ont pu assurer plusieurs sauvetages d’envergure – parfois des troupeaux entiers – grâce à plusieurs legs ou dons. Mais un séquestre génère au bas mot 100?000?francs de frais, afin de couvrir le transport, les soins et la prise en charge des animaux. Aujourd’hui, les comptes du refuge sont donc serrés.

Vu cette situation financière, l’association se concentrera donc sur les sauvetages d’animaux maltraités et sur la prévention. «Nous rappelons aux gens qu’entretenir un cheval coûte cher, au minimum 500 francs par mois, et demande beaucoup d’investissement», poursuit la directrice. Sans oublier que les montures vivent longtemps, parfois plus de 40 ans. Le refuge, qui reste propriétaire de ses chevaux placés, interdit par ailleurs aux familles de les faire se reproduire.

Les cas limites – départ d’un propriétaire en EMS, décès – seront discutés au cas par cas. Pourquoi ce coup de frein? Avec les années, le nombre de chevaux recueillis par le refuge a pris l’ascenseur, et avec eux les coûts liés à la nourriture et aux soins. Aujourd’hui, pas moins d’une soixantaine de montures retraitées ou handicapées sont placées par Darwyn. «Ces pensions nous coûtent 525 francs par jour, note Anouk Thibaud. Nous sommes exigeants, nous ne voulons pas placer nos chevaux n’importe où. La sécurité des animaux doit être garantie et nous ne sommes pas là pour faire la police. Le placement, c’est 60% du sauvetage.» En effet, l’adoption ne fonctionne pas toujours. Ces dernières semaines, le refuge a dû reprendre 7 chevaux placés, leurs familles d’accueils souffrant de problèmes de santé ou financier

Ancêtres bien lotis

Même s’il doit se serrer la ceinture, Darwyn ne compte pas diminuer la qualité des soins fournis à la cinquantaine d’animaux logés au refuge ou ailleurs. Même aux montures très âgées, comme Tzigane, qui a élu domicile fixe à Sézenove. Cet ancêtre a droit à six repas par jour et un régime spécial «édenté» composé, notamment, de maïs moulu, d’huile, de carottes râpées. «Un cheval âgé n’a pas à être maigre, il y a des moyens de le faire grossir», affirme Anouk Thibaud.

L’association a donc également mis un frein sur les sauvetages à l’étranger, exception faite de la France voisine. Mais rien qu’en Suisse, le travail ne manque pas. Le refuge collabore désormais étroitement avec les services vétérinaires des cantons. Encadrés par la police, responsables et bénévoles procèdent ponctuellement à des séquestres d’équidés dans toute la Suisse romande. Le refuge s’occupe ensuite de lancer les procédures judiciaires. «Les gens nous prennent plus au sérieux», note Anouk Thibaud. Mais tous les détenteurs dont les montures sont séquestrées ne sont pas de cruels éleveurs. «Derrière ces histoires, on voit aussi beaucoup de détresse humaine. C’est ce qu’il y a de plus triste. On a l’impression que certains propriétaires sont comme déconnectés.» (TDG)

Créé: 20.08.2015, 08h27

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