Crèches: faut-il réduire le taux d'encadrement?

Débat en VilleDimanche, on votera sur l’assouplissement des normes de prise en charge dans les institutions de la petite enfance. Cette réforme, voulue par la droite, est attaquée par référendum. Nathalie Fontanet (PLR) et Carole-Anne Kast (PS) ont débattu de la question aux Savoises

De gauche à droite, à la Maison des Associations: Nathalie Fontanet, Irène Languin et Carole-Anne Kast.

De gauche à droite, à la Maison des Associations: Nathalie Fontanet, Irène Languin et Carole-Anne Kast. Image: Olivier Vogelsang

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Au moins 2000 petits Genevois de moins de 4 ans sont en attente d'une place d'accueil. Et pour autant de familles, les solutions de garde s'apparentent souvent à du bricolage. Tout l'échiquier politique en convient, cette pénurie chronique est inacceptable. Mais les solutions proposées pour pallier ce manque diffèrent résolument. L'Entente a ainsi souhaité réduire le taux d’encadrement pédagogique dans les crèches – 13 enfants pour un adulte pour les 3 à 4 ans, contre 10 actuellement, et 10 enfants pour un adulte pour les 2 à 3 ans, contre 8 aujourd’hui. Une loi en ce sens a été votée par le Grand Conseil en mai 2013. Un référendum a été lancé contre le texte par la gauche et les syndicats, lesquels dénonce des conditions de travail inacceptables tant pour le personnel que les bambins. Les Genevois trancheront ce dimanche.

Mme Fontanet, le taux d’encadrement actuel dans les crèches est-il un luxe?

Nathalie Fontanet (N.F.): Je ne dirais pas les choses comme ça. Mais le prix de fonctionnement des crèches genevoises, avec près de 38 500 fr. par place et par an, est le plus élevé de Suisse: on doit trouver des mesures d’économies. Il faut aussi répondre à la pénurie – environ 2000 enfants sont en attente d’une place – ainsi qu’au contre-projet à l’initiative constitutionnelle qui nous donne jusqu’à 2017 pour répondre aux besoins dans le canton. Sur la base de chiffres livrés par le Département de l’instruction publique (DIP), qui évaluait à 370 le nombre de places supplémentaires possibles après de menus travaux d’adaptation, réduire le taux d’encadrement nous a paru être un moyen qui permettait d’accueillir plus d’enfants immédiatement, de réduire le coût de fonctionnement des futures structures et d’encourager leur réalisation.

Mme Kast, plus de places et des coûts moindres, c’est séduisant, non?

Carole-Anne Kast (C.-A.K.): Le départ de la réflexion est paradoxal. C’est le Canton de Genève qui pose cette loi alors qu’aujourd’hui ce n’est pas lui qui finance les structures d’accueil de la petite enfance, mais les communes! Il serait sensé de leur demander à elles, qui financent et développent les crèches, de quoi elles ont besoin. Or elles ont besoin de volonté politique et de plus d’argent. Le canton ferait bien de rappeler aux communes qui ne font pas leur part en matière d’accueil de la petite enfance leurs devoirs. Il y en a qui investissent le maximum et d’autres qui auraient largement les moyens de faire beaucoup plus. Cette loi est un contre-feu, une fausse bonne idée. Elle ne permettra pas de créer des places dans les structures existantes pour des raisons de surface. Ce qu’elle va y créer, c’est du chômage.

Une norme impose en effet 3 m2 par enfant. Les murs ne sont pas extensibles!

N. F.: Je ne suis pas architecte ni à la tête du DIP. Lors de l’élaboration de la loi, on nous a articulé ce chiffre de 370 places supplémentaires. La crèche du parc Bertrand par exemple, offre des possibilités. Par la suite, M. Beer s’est élevé en faux contre ce chiffre en disant qu’il avait été mal calculé. C'est bien dommage, on aurait préféré le savoir. Mais sur le fond, je maintiens ma position. Notre solution, bien sûr, ne permettra pas de régler l’ensemble de la pénurie de places de crèche. Toutefois, on a tous le même but et chacun doit faire un effort: le personnel des crèches, qui est mieux payé qu’ailleurs et bénéficie de 7 semaines de vacances contre 4,5 dans d’autres cantons, les enfants et les parents, et ces politiques qui refusent d’ouvrir le porte-monnaie.

Les éducateurs sont-ils trop gâtés?

C.-A.K.: Ils gagnent un peu plus qu’ailleurs, mais c’est valable pour n’importe quelle profession à Genève, où la vie est chère. Cet angle-là n’est pas pertinent. Pour revenir à ce chiffre de 370 places, le calcul était théorique. Et comment peut-on prétendre savoir combien de mètres carrés sont à gagner lorsqu’aujourd’hui l’Observatoire de la petite enfance n’est pas capable de dire combien il y a de places précisément dans le canton? Une première estimation de l’offre nous a été transmise, qui reste à affiner, et il travaille encore sur l’estimation de la demande. En outre, si les chiffres étaient erronés, les députés auraient pu reprendre les travaux sur la loi! Ce n’est pas possible d’aller en votation populaire dans ces conditions.

N.F.: Je vous explique comment certains chiffres nous ont été donnés et comment ils ont été ensuite contestés, mais nous avons voté en toute connaissance de cause au moment du rapport final. Je reste favorable à cette loi.

Le personnel redoute des conditions de travail très détériorées pour lui-même et les enfants. Que leur répondez-vous?

N.F.: On a compris qu’il y aurait une certaine dégradation des conditions de travail pour le personnel de crèche, car effectivement, ça va lui demander plus d’attention. Mais quand certains disent qu’un adulte se retrouverait seul avec 26 enfants et ne serait donc pas en mesure de les sortir, ça ne correspond pas à la réalité. Par adulte, il faut entendre éducateur: on ne tient pas compte des apprentis, des stagiaires et du reste du personnel de crèche qui peut être présent à ce moment-là. On a diminué de façon un peu plus forte le ratio d’encadrement pour les plus de 3 ans pour deux motifs: d’abord, l’année d’après, ils se retrouvent à l’école dans des classes d’au moins 18 élèves et ça n’a jamais posé de problème pour organiser des sorties; ensuite, avec HarmoS, ce groupe d’enfants a une moyenne d’âge plus élevée, les bambins n’ayant pas eu 4 ans avant le 31 juillet devant refaire une année de crèche.

La norme européenne préconise un adulte pour 15 enfants. Pourquoi Genève ne pourrait-il pas s'en sortir avec un ration de 1 pour 13?

C.-A.K.: Aucun pays européen civilisé aussi riche que la Suisse n’applique cette norme minimale. Avec 13 enfants, si c’est du gardiennage qu’on veut faire, on peut. Ça veut dire que les enfants, dix heures par jour, ne feront rien d’autre que de rester dans une salle avec leurs congénères: c’est du parking! Tous les pédagogues du monde répètent que tout se joue avant 4 ans, que plus tôt on dépiste les problématiques, plus tôt on a des chances de pourvoir les surmonter et la seule chose qu’on ait à proposer, c’est de faire du gardiennage. C’est extraordinaire!

Que proposez-vous, alors?

C.-A.K.: Que les communes qui ont un centime additionnel dramatiquement bas le montent! Certaines ne savent pas quoi faire du revenu de leurs impôts…

N.F.: Cologny, par exemple, qui a un centime additionnel très faible, vient de construire une crèche magnifique et y a consacré beaucoup d’argent!

C.-A.K.: Y consacre-t-elle 10% de son budget, comme Onex? Le Canton pourrait aussi se poser en arbitre et décréter que, selon une clé de répartition à imaginer, chaque Commune doit investir pour la petite enfance et participer à l’effort commun. L’éducation est l’affaire de tous.

N.F.: Je suis ravie de vos propositions! Ce sera aux communes de faire des efforts et la loi soumise au peuple ce dimanche leur permettra de les réaliser plus facilement.

Et relever le plafond pour les parents plus riches, comme l’évoque Esther Alder ?

N. F.: On pourrait augmenter un peu la quotité. Mais en leur faisant payer plein pot, à 38 500 francs par année et par enfant, on risque de décourager les parents. Et si les parents les plus aisés renoncent à la crèche, ça coûtera encore plus cher aux collectivités, car les bas revenus sont davantage subventionnés par les communes.

C.-A. K.: Je pense qu’on a une marge de progression très claire à ce niveau-là. Je ne crois pas que, si on augmente le plafond, plus personne ne voudra mettre son enfant en crèche. Après, c’est le choix des parents. Si on veut faire des économies, on ne fait pas de places en crèche car ce n’est pas rentable. Ce sont des activités qui ramènent de la richesse pour la société mais pas pour celui qui fait la prestation.

Au fond, quelle est la crèche idéale?

N.F.: C’est celle qui accueille l’ensemble des enfants qui en ont besoin et dans laquelle les familles continuent à estimer que leur progéniture est en sécurité et bénéficie de toute l’attention affective et éducative qu’elle mérite. Cela exige l’effort de tous.

C.-A.K.: Là, je suis d’accord avec votre description. Mais alors il faut retirer cette loi. Car c’est justement la sécurité, l’éducation et l’attention que le texte met en péril. (TDG)

Créé: 07.02.2014, 11h30

Députée libérale-radicale, Nathalie Fontanet est vice-présidente de la Commission de l'enseignement, de l'éducation, de la culture et du sport du Grand Conseil. (Image: Olivier Vogelsang)

Conseillère administrative à Onex, où elle est notamment responsable du domaine de la petite enfance, Carole-Anne Kast est également vice-présidente du Parti socialiste genevois. (Image: Olivier Vogelsang)

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