Crèche fermée: des parents accusent les autorités de laxisme

Petite enfanceLa structure privée était référencée dans un document au même titre que les lieux soutenus par la Commune de Lancy.

Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«On se sent trahi par la structure et abandonné par l’État.» Lundi dernier, une quarantaine de familles se sont retrouvées du jour au lendemain sans solution de garde pour leurs enfants. Après une visite surprise organisée à la suite d’une dénonciation, le Canton a ordonné la fermeture immédiate d’une crèche privée illégale ouverte l’été dernier au Grand Lancy (lire notre édition du jeudi 13 février).

Collectif SOS Crèches

La Maison Le Rêve bleu, sise au 5, chemin du 1er-Août, ne répondait pas aux normes de sécurité et présentait des «déficits en matière d’hygiène et d’aménagement», a relevé le Service d’autorisation et de surveillance de l’accueil de jour. Furieux, les parents, regroupés dans le collectif SOS Crèches, accusent aujourd’hui les autorités de laxisme. Ils demandent des mesures d’accompagnement.

Ils sont quatre cet après-midi-là dans une boulangerie du Petit-Lancy à exprimer leur colère. «Les autres parents n’ont pas réussi à se libérer mais nous parlons au nom de toutes les familles concernées», précisent-ils d’emblée. Tous ont fait appel à l’association La Maison le Rêve Bleu à défaut d’autres solutions. «Nous n’avons pas eu de place dans une des crèches subventionnées par la Commune ni chez une maman de jour agréée», déplorent-ils.

«Nous étions confiants»

Les coordonnées de la Maison le Rêve Bleu figuraient au bas d’un document transmis par les crèches subventionnées qui recense les différents lieux d’accueil ouverts à Lancy. «La structure qui gère la liste d’attente pour tous les lieux d’accueil soutenus par la commune nous a orienté spontanément vers La Maison le Rêve bleu, insistent les parents. L’association était référencée sur un document apparemment officiel, nous étions confiants. À aucun moment nous avons pensé que cette structure pouvait être illégale.»

N’ont-ils pas eu des doutes malgré tout une fois sur place? «Quand vous montez dans un bus, vous ne demandez pas au chauffeur de vous montrer son permis!» répond Alice*, qui précise que les enfants ont toujours été bien accueillis.

Deux poids, deux mesures?

La décision du Sasaj a pris tout le monde de court. L’information a circulé grâce au bouche à oreille. Le Canton n’ayant pas eu accès au registre des familles, aucune communication officielle n’a eu lieu auprès des parents concernés. «Certains sont en vacances et n’ont certainement pas encore appris la nouvelle», relève, stupéfaite, Mélanie*.

Les parents rencontrés peinent à comprendre l’attitude des autorités. Ils leur reprochent un manque de rigueur. «Le Sasaj était au courant de l’ouverture de la crèche au chemin du 1er-Août depuis le mois de mai, pourquoi n’a-t-il pas agi avant?» s’interroge Henri*. Les familles dénoncent qu’il y ait deux poids, deux mesures: «Après la visite surprise du Canton, la crèche est restée ouverte encore une semaine. Si le danger était si grand, pourquoi n’a-t-il pas ordonné tout de suite la fermeture de la structure? Ou à l’inverse, si le risque n’était pas si important, pourquoi n’a-t-il pas donné un délai à l’association pour se mettre aux normes?»

«Aucune solution»

La fin abrupte des activités de la crèche met aujourd’hui nombre de parents dans une situation particulièrement difficile. «Nous sommes inquiets, nous n’avons aucune solution pour les jours à venir», confient les quatre présents.

Certains ont pris congé à tour de rôle avec leur conjoint pour garder leur enfant. Un père n’a pas eu d’autre choix que d’aller chercher sa mère en urgence à 250 km de Genève. «Cette situation n’est pas durable», soulignent les membres du Collectif. Ils craignent d’être obligés de démissionner de leur travail si aucune solution n’est trouvée.

Au-delà des complications logistiques, la décision du Canton n’est pas sans conséquence sur les enfants. «Ils ne comprennent pas pourquoi ils ne voient plus les copains de la crèche, confient leurs parents. Ils ont entre 1 an et 2 ans et demi, c’est compliqué de trouver les mots pour leur expliquer la situation.»

* Prénoms d’emprunt


Lancy et le DIP répondent aux critiques

Pourquoi le Service d’autorisation et de surveillance de l’accueil de jour (Sasaj) a-t-il agi si tard après l’ouverture de la crèche? Comment se fait-il que les crèches subventionnées de Lancy renvoyaient les parents vers ce lieu d’accueil illégal? Interpellés sur les nombreuses critiques formulées par les familles, le Département de l’instruction publique (DIP), dont dépend le Sasaj, et la Commune de Lancy s’expliquent.

«Le Sasaj n’a été informé qu’en janvier, à la suite d’une dénonciation, qu’un lieu avait été effectivement ouvert à Lancy sans autorisation, assure Guylaine Antille, secrétaire générale adjointe du DIP. En mai 2019, il avait déjà été signifié à l’intéressée qu’elle ne disposait pas d’autorisation pour ouvrir un quelconque lieu d’accueil. La décision de fermeture n’a pu être rendue qu’une fois les éléments de preuve de l’activité constatée.» Du côté de Lancy, les autorités ne s’estiment pas responsables de la situation. «La coordinatrice de la crèche est venue voir le chef du service social pour annoncer l’ouverture de la structure, mais ce n’est pas à nous de contrôler la conformité de celle-ci», souligne Frédéric Renevey, magistrat socialiste chargé de la petite enfance. Le conseiller administratif compare ainsi le lieu d’accueil privé à n’importe quelle autre entreprise qui s’installe sur son territoire. Comment expliquer cependant que la crèche était recommandée par les institutions subventionnées? «Cela s’est fait sur la base de la bonne foi, répond Frédéric Renevey. Ce qui est embêtant, c’est que cela a donné l’impression qu’il y avait une caution communale.»

Le DIP ou la commune comptent-ils proposer des solutions de garde d’urgence aux familles dans le besoin? Une réunion exceptionnelle a été organisée par le Sasaj jeudi soir. «Nous avons proposé aux parents de centraliser leurs demandes et nous nous sommes engagés à les soutenir dans la recherche de solutions», indique Guylaine Antille. Les parents regrettent toutefois qu’aucune option concrète ne leur ait été proposée. Frédéric Renevey promet d’évaluer les possibilités dans les structures lancéennes. Quelque 600 enfants étant inscrits sur liste d’attente, les places risquent d’être chères... C.G.

Créé: 17.02.2020, 07h12

Les crèches en chiffres

Places: En 2018, le canton disposait de 6762 places de crèches.
Ce nombre a fortement augmenté ces dernières années puisqu’on en comptait 4763 en 2010. Cette offre permet d’accueillir 8125 enfants (5738 en 2010). Les jardins d’enfants offrent, quant à eux, 2020 places (1938 en 2010). Ils accueillent 3527 enfants, en baisse par rapport à 2010 (3973).

Couverture: En 2018, le canton comptait 21145 enfants en âge préscolaire. Le nombre de places de crèches subventionnées s’élevait à 5867, ce qui représente une offre de 28 places pour 100 enfants. Ce taux varie beaucoup. Douze communes sont en dessous de 20% (Lancy 19%). La Ville est à 36%. Plan-les-Ouates culmine à 46%.

Emplois: En 2018, 2832 personnes travaillent dans le secteur, soit 1911 postes équivalent plein temps dans les crèches et 277 dans les jardins d’enfants. Ces prestations sont surtout financées par les communes.C.B.

Articles en relation

Une crèche illégale sommée de fermer

Petite enfance Située au Grand-Lancy, la structure ne répondait pas aux normes de sécurité. Une quarantaine de familles se retrouve sans garde. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

La débâcle du PLR
Plus...