Convoqués par l’Etat, des réfugiés sont arrêtés

Renvois DublinLa fratrie Musa a été interpellée sur le parking de l’Office cantonal de la population. Les frères et sœurs risquent l’expulsion.

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«La police a embarqué la fratrie Musa!» lâche, sous le choc, Nicolas Walder, président des Verts genevois. C’est arrivé hier matin, alors qu’Hazna, 22 ans, Slava, 24 ans et Walat Musa, 25 ans, des Kurdes de Syrie réfugiés en Suisse (lire: Trois Syriens trouvent refuge au temple des Pâquis) se trouvaient à l’Office cantonal de la population et des migrations (OCPM), soutenus par une centaine de personnes.

Les sœurs et le frère y étaient convoqués afin de faire tamponner des papiers prouvant qu’ils ne s’étaient pas évaporés dans la nature. Des policiers en civil ont procédé à leur interpellation alors qu’ils se trouvaient dans une voiture sur le parking, selon Nicolas Walder, président des verts genevois, présent sur place.

«Nous avons vu partir une fourgonnette blanche, raconte-t-il. C’est un enlèvement digne des services secrets pour des terroristes, tonne l’élu. Lundi soir, Pierre Maudet a déclaré que la police ne ferait pas de zèle. Le rapport de confiance avec le magistrat et ses services vole en éclats. On se sent trahi!»

Des soutiens en nombre

A Genève, la fratrie est menacée depuis octobre de renvoi en Croatie, premier pays où ils ont été enregistrés, en vertu des accords de Dublin. Ils n’y ont aucune famille, contrairement à la Suisse, rappellent les Verts, le PS et SolidaritéS, qui dénoncent dans un communiqué commun un nouveau cas d’application inhumain des accords de réadmission. Seul Redur, le cadet de la fratrie, mineur au moment du dépôt de la demande d’asile, bénéficie d’un permis pour rester, les autres ont été déboutés par Berne.

«Le destin de cette famille déchirée est extrêmement choquant», témoigne Lisa Mazzone, conseillère nationale Verte, qui soutient cette famille depuis juin. Les partis de gauche, le Centre social protestant et le collectif Solidarité Tattes demandent aux autorités genevoises et fédérales de surseoir au renvoi, dont le délai s’achève aujourd’hui à minuit.

Le département rappelle le cadre

Le Département de la sécurité et de l’économie rappelle qu’il ne commente pas les cas particuliers. Caroline Widmer, porte-parole de Pierre Maudet, indique cependant que le magistrat «a été interpellé directement par Lisa Mazzone lors d’une exposition publique qui a eu lieu hier soir sur la plaine de Plainpalais. Il lui a confirmé que dans ce cas ordinaire, comme dans beaucoup d’autres, aucun moyen démesuré ni contrainte ne seraient employés à leur encontre, mais qu’il ne pouvait ni s’inscrire en dehors du cadre légal ni s’immiscer dans l’opérationnel.»

L’avocat de la fratrie Musa, Me Philippe Currat, a appris l’arrestation de ses clients par la presse. «Cette manière de faire est détestable, on les attire à l’OCPM et on les arrête. Nous avons pu les voir. Ils ont reçu leur ordre de mise en détention mais nous allons saisir le tribunal administratif de première instance. Comme le recours doit être formulé par écrit, nous craignons que le temps joue contre nous. Ils pourraient être mis à bord d’un vol, nous n’avons aucune information à ce sujet.»

Pour gagner un peu de temps, la fratrie pourrait refuser de monter à bord de l’avion. «Si le passager se débat, le commandant de bord peut alors refuser de l’embarquer, confirme Me Currat. Ils veulent rester ensemble, ils ont fait tout ce périple pour être ensemble et ils ne comprennent pas qu’on veuille les séparer.»

(TDG)

Créé: 06.09.2016, 20h50

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