Comment l’aéroport fait cohabiter avions et oiseaux

EnvironnementDeux avions Swiss ont fait demi-tour après une collision avec un volatile. Un travail sans relâche vise à réduire les risques au minimum.

Les chocs avec des oiseaux peuvent coûter très cher aux compagnies aériennes et causer de graves accidents.

Les chocs avec des oiseaux peuvent coûter très cher aux compagnies aériennes et causer de graves accidents. Image: DR

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La semaine dernière a été compliquée pour Swiss à Cointrin. Mardi, le vol LX354 en direction de Londres a dû faire demi-tour. L’appareil, un Bombardier CS300 inauguré en grande pompe à Genève en 2017, a percuté un oiseau. Rebelote jeudi, quand un autre CS300, à destination de Marrakech, touche un volatile et doit retourner dans le canton.

Deux cas en une semaine, c’est rare. Surtout en octobre, un mois moins sujet à de telles collisions que juillet, quand les oisillons apprennent à voler et qu’ils pullulent aux alentours des aéronefs. L’an dernier, 52 chocs ont été recensés sur des vols à Genève, soit un taux de collision de 2,7 pour 10 000 mouvements.

Quatre pistolets

Pour gérer le péril animalier (ainsi nomme-t-on la faune susceptible de poser problème), l’aéroport mandate une société, BTEE SA. Sept jours sur sept, de l’aube au crépuscule, ses employés sillonnent les 340 hectares de la parcelle. La «Tribune de Genève» est montée à bord de «Héron 2», un des véhicules de l’Unité de prévention du péril animalier (PPA).

Départ depuis un conteneur qui fait office de bureau sur le tarmac, près du bâtiment du fret. À l’intérieur, un congélateur conserve les dépouilles pour d’éventuels rapports. Une grive musicienne y côtoie un hibou moyen duc et des buses.

Dans le van, deux paires de jumelles, un guide d’ornithologie, des lampes torches laser, quatre pistolets et des munitions. Des fusées effaroucheuses sifflantes, détonantes et crépitantes. Sur le toit, un gyrophare rouge – le seul de cette couleur à Cointrin – et des haut-parleurs capables d’émettre 29 sons, de l’aboiement au cri synthétique pour étourneaux en passant par des bruits censés effrayer les geais des chênes, cormorans ou autres vanneaux huppés. Cent quarante espèces d’oiseaux ont été recensées à l’aéroport.

«Notre mission consiste à réduire les risques de collision avec les avions en préservant la biodiversité», résume Michel Glorieux, responsable de BTEE à Genève.

Héron 2 se balade entre les avions. Au bord de la piste, deux rapaces semblent chasser. On les fera partir uniquement s’ils s’approchent trop des avions et, auquel cas, vite, entre deux mouvements. «Gérer les oiseaux en fonction des avions, ce n’est pas simple, indique Michel Glorieux. Les buses et les faucons crécerelles, sans prédateurs, sont des clients difficiles car ils ont moins peur.» Un tiers des chocs ont lieu avec ces espèces indomptables.

Le véhicule emprunte la route qui fait le tour de l’aéroport, sur douze kilomètres. Des corvidés s’envolent. «Les corbeaux sont intelligents, ils ont appris à cohabiter avec les avions et, si notre gyrophare est allumé, ils détalent.»

Près de la clôture, des ruches. Les employés de l’aéroport reçoivent de temps à autre du miel local. Des nids artificiels sont posés sur des bâtisses de Skyguide. Un laser pointé sur un volatile jouxtant la piste le fait déguerpir.

Cris de faucon et tonte

Héron 2 s’arrête près d’une sorte de borne munie d’un panneau solaire et d’un haut-parleur. En tout, 34 «effaroucheurs» similaires sont répartis le long de la piste. Déclenchés à distance, ils complètent l’arsenal du van avec des sons tout aussi effrayants. Les vieilles méthodes fonctionnent aussi: au début du mois, Michel Glorieux a fait fuir un héron en déployant un parapluie.

Les véhicules de l’unité PPA parcourent une moyenne de 165 km par jour. L’entreprise supervise aussi la tonte des 170 hectares de gazon, en juin et en septembre. L’herbe ne doit pas être trop courte – les proies des rapaces seraient exposées et ces derniers trop nombreux – mais pas trop haute non plus pour des questions de sécurité. Pour qu’ils ne servent pas de perchoirs, les panneaux de balisage sont munis de piques.

Les cadres de BTEE donnent régulièrement des formations en Europe et en Afrique, les aéroports prenant toujours plus en compte le risque animalier. En 2009, un appareil a fini dans l’Hudson, à New York, après avoir percuté des oies bernaches du Canada. Chaque année, les dégâts causés par de telles collisions coûteraient des centaines de millions de francs aux compagnies aériennes et aux armées de l’air.

(TDG)

Créé: 22.10.2018, 07h02

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