Comment calmer notre faim de voyages en avion

DéplacementsLe transport aérien génère 10% des émissions de CO2 en Suisse. Contenir sa croissance paraît difficile, en raison d’un cadre juridique très favorable à l’aviation.

Avec 148 destinations, l’aéroport dispose d’une grande connectivité, mais celle-ci a bientôt atteint sa limite.

Avec 148 destinations, l’aéroport dispose d’une grande connectivité, mais celle-ci a bientôt atteint sa limite. Image: Magali Girardin

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Que se passe-t-il à l’aéroport de Genève? Pour la première fois depuis longtemps, la croissance est au ralenti. Le nombre de passagers a très peu augmenté en 2018 et le nombre de vols a même chuté (lire ci-dessous).

Si ces chiffres surprennent au vu de la forte croissance de ces dernières années, c’est surtout la réaction de son directeur général qui étonne. Lors de la présentation de ces données, hier, André Schneider n’a montré aucun signe d’inquiétude. Il a même paru ouvert à l’idée d’une remise en question, fût-elle modeste, de nos habitudes aériennes. «Il est évident qu’il faut une discussion sociétale sur le besoin de voyages d’agrément», a-t-il reconnu.

À l’évidence, le débat sur le transport aérien n’a pas échappé aux radars de l’Aéroport. La grogne des riverains de plus en plus vive en est la cause première. Mais il y a aussi ce début de remise en question de notre boulimie d’escapades, dopée par les vols low cost.

Hier encore, des étudiants de Fribourg ont lancé une pétition pour bannir l’avion des voyages d’études. Ce genre d’initiatives se multiplient, comme le montre la série d’articles de la «Tribune de Genève» qui, depuis la mi-décembre, questionne nos habitudes. Ainsi, les plus radicaux ont tiré un trait sur ce mode de transport. D’autres s’interrogent sur l’utilité de ces voyages éclair dans les capitales. Des entreprises et des grandes écoles commencent elles aussi à prendre des mesures pour limiter leurs déplacements aériens.

«Moment de bascule»

«On traverse un moment de bascule, commente Antonio Hodgers, président du Conseil d’État et écologiste. Le transport aérien n’est plus une vache sacrée. À Genève, nous sommes sortis de l’idée que chaque vol supplémentaire est bon pour l’économie. Il y a vingt ans, on prenait l’avion comme on allait dans un restaurant gastronomique. Aujourd’hui, nous sommes dans l’aviation fast-food. Il faut privilégier la qualité à la quantité.»

À Genève, les autorités ont élaboré il y a deux ans un Plan climat ambitieux visant à réduire les gaz à effet de serre dans le canton. Mais elles ont octroyé un régime de faveur à l’Aéroport. «Je vais tenter de revoir ce plan afin d’intégrer l’aviation, annonce Antonio Hodgers. Mais le Canton a très peu de compétences.»

On traverse un moment de bascule. Le transport aérien n’est plus une vache sacrée

Antonio Hodgers, président du Conseil d’État

L’aviation, c’est en effet l’affaire de la Confédération. Or, la loi stipule que les aéroports doivent répondre à la demande. Dans son rapport sur la politique aéronautique de 2016, Berne relève que «la Suisse mise sur une politique libérale en matière de droits de trafic». Pour cela, elle réclame des aéroports «performants disposant d’heures d’ouverture concurrentielles et de faibles redevances d’utilisation des aéroports».

«En Suisse, le débat démocratique sur le transport aérien est quasi inexistant, déplore Lisa Mazzone, conseillère nationale Verte. L’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) a la haute main sur ce domaine et la conseillère fédérale Doris Leuthard était peu disposée à changer d’orientation.» Pour l’élue, on pourrait instaurer un couvre-feu pour les vols nocturnes et inciter les compagnies de chemin de fer à être plus concurrentielles sur certains trajets, en direction par exemple de Paris ou de Zurich.

Taxe sur les billets

Mais Lisa Mazzone croit surtout à l’instauration d’une taxe sur les carburants. «L’avion est le seul mode de transport à en être exempté», déplore-t-elle. Une telle taxe n’est pas bien vue par Benoît Genecand, conseiller national PLR. «Elle augmenterait le prix des billets de manière drastique, ce qui pourrait affaiblir notre place économique. Une telle taxe devrait être introduite au niveau international, mais c’est de la musique d’avenir.»

Dans un premier temps, le PLR serait plutôt favorable à une taxe sur les billets, telle que déjà pratiquée par certains pays européens. «Fixée entre 30 ou 50 francs, elle contribuerait à limiter la demande sur les petits vols, c’est déjà ça.»

À l’Aéroport, André Schneider estime aussi que sa marge de manœuvre est faible. «Nous devons appliquer la loi, qui est très contraignante. Nous ne pourrions pas, par exemple, privilégier un certain type de vol au détriment d’autres.» Le directeur souligne toutefois que de nombreux efforts sont faits, au sol, pour limiter les émissions de C02. Et dans les airs? Le directeur relève l’accord Corsia, par lequel de nombreux pays se sont engagés à réduire leurs émissions, en partie par des compensations. Un accord qui est toutefois jugé insuffisant par des organisations environnementales.

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«Nous avons atteint un niveau de maturité»

«Nous avons atteint un niveau de maturité.» C’est ainsi qu’André Schneider, directeur de l’aéroport, a commenté lundi matin l’activité aéroportuaire de 2018. Le nombre de voyageurs, 17,6 millions, n’a en effet augmenté «que» de 1,9%, une hausse historiquement faible. La raison? «Désormais, seule la croissance économique ou démographique dope la demande. L’offre de nouvelles lignes joue moins son rôle moteur.»

Avec 148 destinations, dont 124 en Europe, l’aéroport dispose d’une «excellente connectivité», mais elle a bientôt atteint sa limite. «L’offre pour l’Europe ne devrait plus beaucoup augmenter.

En revanche, nous espérons ouvrir quelques lignes intercontinentales.» Entre cinq et dix liaisons sont envisagées, dont deux devraient être annoncées cette année. «Mais cela n’aura qu’une influence marginale sur le nombre de mouvements d’avions.»

Ce dernier a d’ailleurs chuté de 1,9% en 2018, notamment parce que les appareils sont davantage remplis. «Nous sommes en dessous des prévisions telles que dessinées pour ces quinze prochaines années», relève le directeur.

Cette baisse du trafic apportera de la souplesse dans un aéroport qui en a bien besoin. Les retards sont en effet fréquents, ce qui a pour conséquence de reporter certains vols prévus après 22 heures. En 2018, les vols nocturnes ont encore augmenté. Alors que les riverains souhaitent ardemment dormir en paix. C.B.

(TDG)

Créé: 22.01.2019, 07h50

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