Comment Genève risque de rater son tram à Berne

MobilitéLe projet de liaison entre les Nations et Le Grand-Saconnex est pour l’heure recalé par les responsables fédéraux: ils exigeaient un avant-projet, que Genève n’a pas fourni.

Berne demande encore à être persuadée de la maturité du projet d’extension du tram de la place des Nations sur la route de Ferney.

Berne demande encore à être persuadée de la maturité du projet d’extension du tram de la place des Nations sur la route de Ferney. Image: Georges Cabrera

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Il ne faut pas s’étonner que l’appareil ne fonctionne pas si on ne suit pas le mode d’emploi. Cette métaphore ménagère pourrait décrire le cas de Genève dans sa postulation malheureuse auprès de Berne dans le cadre de la troisième série de projets d’agglomération. Cette chasse aux subsides fédéraux, qui a précédemment si bien réussi au canton, risque de décevoir les Genevois dans sa troisième mouture. Comme on l’a appris le 17 janvier, la répartition, telle que projetée à ce stade par la Confédération, n’attribue au projet d’agglomération franco-valdo-genevois que 38 millions de francs, contre 204 lors de la précédente génération.

À ce stade de la consultation, le Grand Genève ne parvient à placer aucune des extensions projetées de son réseau de tram dans la si convoitée liste A, celle que Berne financera entre 2019 et 2022. Objet phare de la troisième génération, la ligne de tram imaginée entre la place des Nations et le parking P47, près de l’aéroport, au Grand-Saconnex, est recalée par les experts fédéraux en liste B, une sorte de salle d’attente.

Des directives explicites

Ce n’est que le 29 janvier que les responsables genevois ont reçu l’argumentaire de la Confédération. Et le verdict confirme les rumeurs et pressentiments qui avaient couru entre-temps: Berne juge qu’un «avant-projet actuel et complet» manque pour donner la priorité à ce tram, évalué à quelque 124 millions de francs, soit à lui seul 20% du montant total des 42 projets requis en liste A par le Grand Genève.

Un reproche surprenant? Non, si on examine les directives que Berne avait publiées en février 2015 à l’attention des agglomérations qui devaient exposer leurs souhaits d’ici à la fin de 2016. L’Office fédéral du développement territorial y préconise d’étayer toutes les requêtes prioritaires avec un avant-projet. Un tel document devient même «impératif» pour les projets dont le prix dépasse 100 millions de francs «de manière à avoir une estimation suffisamment précise des coûts et de l’efficacité».

La Confédération sait que nous ne partons pas de zéro

L’exigence spécifique d’un avant-projet pour ces onéreux objets est citée cinq fois dans les directives, un monumental mode d’emploi de 85 pages. On y stipule aussi que ces avant-projets doivent être remis avec la liste de vœux de l’agglomération.

Avant-projet en projet

Or, Genève aurait été bien en peine de produire l’avant-projet requis en décembre 2016. Durant cet hiver où les agglomérations suisses exposaient leurs désirs dans la capitale, le Département genevois des transports venait tout juste de remettre sur les rails le projet de tram saconnésien, lequel avait séjourné au congélateur durant près de dix ans.

Selon un rétroplanning remis en janvier 2017 aux députés et annexé à un rapport parlementaire, on prévoyait alors de réaliser l’avant-projet tout au long de l’année 2018. Ce labeur n’a d’ailleurs pas commencé à ce jour. Selon la Direction générale des transports, la rédaction du cahier des charges a pris plus de temps que prévu, notamment en raison de discussions avec les instances communales. On s’apprête donc tout juste à lancer un appel d’offres pour sélectionner un mandataire qui sera chargé, dès la fin de l’été, d’élaborer un avant-projet. Un gros travail, de l’ordre d’une année.

Pourquoi ne pas avoir effectué ce labeur à temps en 2015 et 2016, de façon à remplir les critères fédéraux? «Un avant-projet complet a été rendu en 2006, avant que Genève ne retire la demande de concession pour ce tram et que plus rien ne se passe sur ce dossier durant des années, explique Benoît Pavageau, directeur des transports collectifs. À l’époque, on avait mis la priorité sur les trams de Meyrin, Onex et Bernex, et ces dernières années, nos services ont été totalement accaparés par les projets du tram de la Ziplo et de Saint-Julien et sur le tronçon de Bernex-Vailly.»

En outre, en 2004, les députés ont inscrit dans la loi que le tram du Grand-Saconnex ne pourrait commencer à être bâti tant que ne serait pas achevée la route des Nations dont le chantier a débuté l’automne dernier et qui devrait être mise en service en 2022. En 2013, le précédent Conseil d’État avait donc planifié le lancement des travaux de ce tram pour la législature 2018-2023.

Obsolescence avouée

Genève semble ainsi avoir espéré que l’avant-projet de 2006 suffise à Berne. Et cela même si son terminus se situait à Ferney-Voltaire, alors que le projet actuel s’arrête de l’autre côté du tarmac, les partenaires français ayant fini par miser sur un bus. Et même si cet avant-projet, réalisé de 2003 à 2006, tout comme l’étude d’opportunité qui l’avait précédé étaient jugés «obsolètes» dans un courrier, disponible sur Internet, que le Conseil d’État a expédié le 16 avril 2013 à l’Exécutif du Grand-Saconnex. Cause invoquée de cette obsolescence: les nombreux développements urbains envisagés depuis lors, modifiant «la perception en mobilité du secteur».

Au département présidentiel, les spécialistes cantonaux du projet d’agglomération plaident la bonne foi. Le nouveau responsable cantonal assure que l’écueil avait été discuté avec la Confédération. «À l’époque du dépôt du dossier du Grand Genève, nous étions conscients de ce critère, explique Matthieu Baradel. La possibilité de présenter comme prioritaire le tram du Grand-Saconnex sur la base d’un avant-projet nécessitant une actualisation avait été évoquée avec la Confédération, sans que ses réponses nous laissent alors penser que cela serait impossible. La fiche présentée à Berne mentionne le calendrier des nouvelles études que nous comptions mener. Et nous avons tenu ce planning à quelques mois près. La Confédération sait donc que nous ne partons pas de zéro. En outre, si elle semble douter de notre faculté à financer ce chantier, il nous incombera de lui rappeler que ce financement est acquis puisqu’il a été voté par le parlement.»

Il faudra sans doute aussi le rappeler aux députés. Ce vote, relatif à la loi de financement des transports publics, remonte en effet à 2002.

(TDG)

Créé: 11.02.2018, 17h34

Oral de rattrapage

La semaine prochaine, les experts genevois tenteront d’infléchir en leur faveur le verdict fédéral lors d’une séance à Berne. Ils auront moins de deux heures pour convaincre. En septembre, le Conseil fédéral publiera son message sur le sujet et les Chambres auront le dernier mot en 2019. Quelles seront les priorités du repêchage? «Le tram du Grand-Saconnex en fera vraisemblablement partie car nous ne voudrions pas que ce projet soit retardé, assure Matthieu Baradel. S’il faut attendre la quatrième génération de projets d’agglomération, il y a un risque que les travaux ne démarrent qu’à la fin de 2023, soit un an plus tard que nous le souhaitons.» L’Exécutif du Grand-Saconnex, lui, attend le tram avec tant d’impatience qu’il vient de décider de boycotter les travaux sur les projets urbanistiques qui le concernent.
Les projets transfrontaliers de tram ont subi un verdict encore plus sévère des experts fédéraux, qui les relèguent en liste C. Ils reprochent à la seconde étape du tram d’Annemasse de ne pas avoir assez d’impact sur sol suisse. La démographie de Saint-Genis ne justifierait en outre pas l’arrivée d’un tram. M.M.

L’essentiel

Critère

Les projets les plus chers devaient être étayés par une étude fouillée. Genève a misé sur un document obsolète.

Sommeil
La liaison vers le Grand-Saconnex a été mise en veilleuse en 2006 et est restée gelée depuis.

Repêchage
Genève tentera la semaine prochaine d’infléchir la position de Berne.

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