Comment Fabrice A. est passé du viol au meurtre

Drame de La PâqueretteLa «Tribune de Genève» a obtenu les deux expertises psychiatriques qui passent au crible le fonctionnement de ce psychopathe et expliquent l’origine de sa haine des femmes.

Fabrice A. a été arrêté à la frontière germano-polonaise, trois jours après avoir tué Adeline M. dans un bois de Bellevue.

Fabrice A. a été arrêté à la frontière germano-polonaise, trois jours après avoir tué Adeline M. dans un bois de Bellevue. Image: Marcin Bielecki

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Qui est Fabrice A.? L’homme qui a tué la sociothérapeute de La Pâquerette Adeline M. dans un bois de Bellevue le 12 septembre 2013, a connu un parcours de vie effrayant. C’est ainsi qu’apparaît son existence à la lecture des deux expertises psychiatriques que la Tribune de Genève s’est procurées. Ces documents seront l’un des fondements du réquisitoire du procureur général Olivier Jornot dans le procès qui s’ouvre le 3 octobre devant le Tribunal criminel.

Père «pervers», mère «despotique»

Fabrice A. est né le 22 juillet 1974 à Paris dans une famille aisée. Son père, qu’il qualifie de «pervers et alcoolique», le battait parfois avec un ceinturon en métal. Malgré tout, le Franco-Suisse ressentait une certaine admiration pour lui jusqu’à l’âge de 15 ans. Il s’est éloigné de son père lorsque ce dernier lui a demandé de lui arranger un rendez-vous sexuel avec sa petite copine d’alors, âgée de 14 ans. En échange, le fils devait recevoir un scooter. Le père avait une sexualité débridée; il s’en vantait et n’avait aucune pudeur à l’égard de son fils.

Suite au divorce de ses parents, son père l’a poussé à voler les bijoux qu’il avait autrefois offerts à sa mère. Fabrice A. s’est exécuté. Après quoi, tous deux ont tenté de faire croire à un cambriolage. Sa mère, Fabrice A. la qualifie de «marâtre». Une «mégalomane». Il la compare à la Folcoche de «Vipère au poing». Despotique et sans affection. Depuis cette époque, dit-il «j’ai commencé à nourrir une haine des femmes en général».

Il a intégré la police française

Le prévenu assimile son parcours scolaire à une catastrophe. Il s’ennuyait, s’endormait en cours et n’était pas populaire. Il ne supportait ni les contraintes ni les contrariétés. Il n’a pas obtenu son diplôme de fin d’études. Fabrice A. a effectué son service national en France, comme policier auxiliaire. Il a fait l’école de police de Sens, a rejoint un commissariat dans l’Essonne, avant d’être exempté par un psychiatre militaire.

Ensuite, Fabrice A. a enchaîné les petits boulots en France, puis en Suisse. Dans la branche de la restauration, mais aussi comme agent de sécurité. Il s’est ainsi formé à la pratique de l’immobilisation et à l’utilisation des menottes. Il raconte qu’il restait en moyenne six mois dans la même place, car il se lassait rapidement de tout.

Sexualité perturbée et viols

Déjà au cours de ses premières relations amoureuses, à partir de 18 ans, Fabrice A. parle de son goût pour l’échangisme. Certaines de ses conquêtes étaient d’accord de le satisfaire. Ce qu’il préférait était de savoir qu’elles allaient revenir vers lui après avoir eu des relations avec un autre. Il a aussi eu deux expériences homosexuelles. Il se décrit comme un obsédé sexuel. Ses femmes idéales, ses idoles? Sophie Marceau dont il connaît toute la filmographie, mais aussi la chanteuse Shy’m, Clara Morgane et Maïwenn. En 1999, il commet son premier viol dans un bois à Ferney-Voltaire. En 2001, un second viol au même endroit. Les deux fois, il utilise des menottes et un couteau. La terreur et la soumission de ses victimes le font jouir.

La femme de sa vie

Entre ces deux agressions, en juin 2000, il rencontre une jeune Polonaise et en parle comme de la femme de sa vie. Il la décrit comme cultivée, extrêmement belle, très intelligente. Elle refuse les jeux échangistes ainsi que les relations sexuelles en dehors d’un cadre relationnel stable. Elle finit par le quitter parce que, sans rien lui dire, il a ôté son préservatif durant un rapport sexuel afin qu’elle tombe enceinte. Selon les termes du prévenu, elle l’a «foutu à la porte» en juin 2001: «Je me suis retrouvé dehors avec ma valise à la main dans une ville polonaise inconnue.» Il dit l’avoir regrettée et en avoir pleuré «alors qu’il ne pleure jamais».

Pour lui échapper, cette jeune femme s’est fait passer pour morte! Lorsque Fabrice A. a compris qu’elle lui avait menti, il a développé une haine à son égard. Il est resté obsédé par elle durant ces douze dernières années. Rejeté, il était prêt à tout pour la revoir. Le meurtre d’Adeline M., la fuite en Pologne, c’était uniquement pour la retrouver: «Tout ce que j’espérais, c’est lui parler dans l’espoir naïf de la reconquérir.»

Mais derrière ce discours, les psychiatres décryptent le désir de vengeance. Il voulait «transformer la posture de rejeté en jouissance cruelle de toute-puissance». Dans ses carnets intimes d’ailleurs, ses «exutoires» comme il les appelle, Fabrice A. parle de la violer, de la tuer, de lui poignarder les yeux et de profaner son corps.

Pourquoi il a choisi Adeline M.

Pour son malheur, Adeline M. ressemblait à l’ex-amie polonaise. C’est ainsi que le prévenu a pu l’intégrer à ses fantasmes sexuels extrêmes. Il l’a choisie parce qu’il estimait pouvoir la manipuler. Malgré les rapports chaleureux avec elle, il répète qu’il comptait la tuer: «J’avais tout prévu, ça ne s’est pas fait sur un coup de tête.» Depuis La Pâquerette, le détenu regardait en boucle la scène d’égorgement dans le film «Braveheart». «C’est ce que je pensais faire à Adeline, dès que j’ai su que mes sorties accompagnées étaient possibles. Je pensais que je lui trancherais la gorge. Ça me faisait peur. C’est quelque chose de contraire à la nature, à la normalité.» Comprend-il qu’on puisse le percevoir comme un monstre, demandent les psychiatres? Oui, car selon ses propres termes, il a tué une jeune mère de famille qui était «la gentillesse incarnée». (TDG)

Créé: 22.09.2016, 20h54

Il s’imagine dans la peau d’un tueur en série

Les deux expertises, l’une française, l’autre suisse, décrivent une montée en puissance de la violence et de la cruauté chez Fabrice A., qualifié de psychopathe. Le plaisir de tuer remplace le plaisir de violer: «L’excitation de donner la mort est devenue plus importante que n’importe quel geste sexuel de domination.» Cette mise à mort, il l’a expérimentée sur la malheureuse Adeline M. Après son geste, il a ressenti un extrême plaisir. «C’est son premier crime et cette orgie narcissique, cette jouissance de toute-puissance, n’était pas recherchée, indiquent les psychiatres français. Elle ne peut l’être que dans la répétition criminelle. Fabrice A. l’a compris et n’exclut pas qu’il aurait pu devenir un serial killer, tout en le récusant par la suite.» Et les experts suisses soulignent: «La cruauté et la perversion distinguent clairement les derniers faits de tous ceux qui ont pu lui être reprochés par le passé. Les aspects de manipulation et de préparation ont atteint, dans la présente affaire, des proportions inégalées (…), tout son esprit, depuis des mois, était tourné vers le désir de tuer une femme. Cette perspective était venue supplanter en lui ses fantasmes de viol. Une excitation nouvelle s’y trouvait rattachée. Différents moyens de mise à mort ont été explorés et différentes personnes envisagées dans le rôle de la victime. Le seul élément qui n’ait jamais été remis en doute, c’est la finalité du geste.» Les jeunes filles, la forêt, l’égorgement jouent un rôle central dans ses fantasmes. Mais il s’imagine aussi «se promenant dans la rue et abattant d’une balle dans la tête tous ceux qui se seraient opposés à lui».
Les deux expertises concluent sans surprise à une dangerosité extrême et à un risque de récidive très élevé. Les experts suisses estiment toutefois que la responsabilité pénale du prévenu est très légèrement diminuée. Pour leurs collègues français, Fabrice A. est pleinement responsable de ses actes. Les quatre psychiatres préconisent un internement classique, par le biais duquel le prévenu serait évalué régulièrement et ne pourrait pas sortir s’il est encore dangereux. Ils rejettent l’internement à vie. «Bien qu’il n’existe aucun traitement susceptible de diminuer le risque de récidive du prévenu de façon notable, expliquent les psychiatres suisses, nous ne pouvons pas préjuger de l’avenir et affirmer qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin de sa vie.» Le procureur général, Olivier Jornot, franchira-t-il le pas et réclamera-t-il, lui, un internement à vie? Rappelons que dans le canton de Vaud, l’assassin de Marie a été condamné à l’internement à vie. Mesure qui vient d’être confirmée en appel.
C.F./S.R.

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