Cinq communes contre la sablière du Cannelet

AménagementAvusy a reçu le soutien de Cartigny, Chancy, Laconnex et Soral pour lutter contre le déclassement de terrains agricoles

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«Cela a trop duré, maintenant il nous faut une réponse!» Le maire d’Avusy, René Jemmely, s’impatiente. Il y a dix-sept ans, le Tribunal fédéral a confirmé que l’activité de la sablière du Cannelet est illicite en zone agricole. Mais aujourd’hui encore, l’entreprise continue de recycler des déchets de chantier, à 500 mètres du village d’Athenaz.

A vrai dire, c’est au Canton que s’oppose la Commune de la Champagne. Car un projet de déclassement du terrain de près de 25 000 m2 est en cours afin de permettre à l’entreprise de rester (passage en zone industrielle).

Au terme de l’enquête publique, qui vient de s’achever, les opposants se sont manifestés. La Commune d’Avusy y figure, comme prévu, et elle a obtenu le soutien de ses voisines Soral, Cartigny, Chancy et Laconnex, mais pas celui d’Avully ni celui d’Aire-la-Ville.

Avant cela, les autorités d’Avusy ont saisi la justice pour s’opposer au déclassement. En résumé, elles veulent voir partir les camions et les montagnes de béton concassé alors que l’Etat souhaite simplement changer l’affectation du terrain afin de légaliser les activités de la sablière. Et le conflit s’éternise.

45 employés en péril?

C’est en 1983 que l’entreprise Sablière du Cannelet SA, rachetée par le transporteur Robert Maury, installe ses activités sur ces parcelles qui lui appartiennent. Progressivement, l’extraction de sables et graviers cède du terrain au recyclage de déchets de chantiers. En 1995, la mairie d’Avusy, sous l’impulsion de son maire Bruno Mégevand (aujourd’hui avocat de la Commune), recourt contre les autorisations délivrées à la sablière du Cannelet, arguant que des activités industrielles ne peuvent être développées en zone agricole. Le Tribunal administratif d’abord, puis le Tribunal fédéral en 1998 lui donnent raison, préconisant soit une modification de zone, soit un déménagement.

Au fil des ans, les magistrats se succèdent. A la mairie d’Avusy comme au Conseil d’Etat, la volonté de régler la situation fluctue. Au début des années 2000, l’Etat s’engage à faire déménager l’entreprise dans la zone industrielle du Bois-de-Bay, à Satigny. Mais quelques années plus tard, les autorités locales apprennent qu’aucun terrain n’est disponible. Rien ne bouge.

Où en est-on aujourd’hui? La sablière du Cannelet transforme un quart des déchets de chantiers du canton pour en faire des matériaux réutilisables. Plus de 40 personnes s’affairent au sein de la firme familiale qui tire ses revenus du transport et du recyclage.

Selon Richard Maury, fils de Robert Maury et actuel patron, il n’existe aucune alternative au déclassement: «Je suis conscient que ce n’est pas le type de paysages qu’on aime voir, dit-il face aux pyramides de béton en passe d’être réinjecté sur les chantiers. Mais il n’y a pas de place ailleurs dans le canton pour cette activité.»

Enfin, si la Commune devait obtenir gain de cause, «nous devrions cesser notre activité. Et je serais contraint de licencier du personnel», soutient le chef d’entreprise.

Etat dépendant du recyclage

En mettant à l’enquête le déclassement des parcelles, l’Etat se positionne clairement du côté de l’entreprise. Au vu des nombreux chantiers en cours, serait-il dépendant du site d’Athenaz? «Nous avons besoin de ce genre d’entreprises qui permet de recycler les gravats dans la construction», répond Isabel Girault, directrice de l’Office de l’urbanisme. Pointant «l’exemplarité des procédés utilisés», elle précise toutefois qu’un effort a été demandé à la sablière afin de réduire son emprise d’un hectare.

La population réagit

La commune d’Avusy, elle, ne semble pas près de céder. «Nous irons jusqu’au bout. Il faut que le Conseil d’Etat retire son projet», persévère le maire René Jemmely. Durant la phase de consultation, la population, encouragée publiquement à se faire entendre, a fait parvenir des dizaines de lettres aux services de l’Etat. La crainte: voir augmenter le trafic de poids lourds, le bruit et la poussière. Pour René Jemmely, la création de cet îlot industriel en zone agricole pourrait «encourager les autres gravières de la région à demander des déclassements de terrain».

Prochain épisode: les observations seront analysées par les services du conseiller d’Etat Antonio Hodgers. Puis, ce sera le Grand Conseil qui débattra de l’éventuel déclassement.

(TDG)

Créé: 18.10.2015, 16h50

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