Christina Meissner, Mère Hérisson, ange déchu de l’UDC

PortraitAu début de mars, la députée a été exclue de son parti pour avoir «comploté contre les siens».

Image: © Georges Cabrera

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Elle repose Rachad, un hérisson blessé, dans l’une des cages du centre de soins aménagé dans le garage de sa villa de Vernier. En nous installant dans sa lumineuse cuisine, Christina Meissner vante le taux de guérison élevé de ses pensionnaires à quatre pattes. La députée a été bien plus médiatisée pour son engagement pour les petites bêtes à piquants que pour ses prises de position politiques. Du moins jusqu’à son exclusion de l’UDC au début de mars pour avoir «comploté contre les siens», selon les propos de la conseillère nationale Céline Amaudruz, afin de se faire élire à la première vice-présidence du Grand Conseil genevois. Christina Meissner avait accepté sa candidature, présentée par Ensemble à Gauche, contre le prétendant officiel de son parti. Le couperet est tombé.

La politicienne a jusqu’à la mi-avril pour recourir contre cette décision et ne souhaite pas communiquer avant cette date. Cela nous donne l’occasion et le temps de tirer le portrait de l’élue rebelle. «J’ai plusieurs vies», prévient-elle d’emblée. Le brushing parfait, l’élocution précise, tirant avec grâce sur une cigarette, elle se lance dans un récit à faire pâlir un scénariste de Santa Barbara.

Camps socialistes et école privée

Christina Meissner est l’enfant unique d’un Polonais et d’une Suissesse qui se sont rencontrés à Milan. Le couple vit dix ans en Pologne avant de s’installer à Genève, au Lignon. Son père était ingénieur et bricoleur, mais Christina Meissner parle surtout de sa mère, de ses histoires d’animaux moralisatrices, de ses emplois au Collège du Léman et dans l’aviation qui lui permirent d’être inscrite dans une école privée et de voler souvent. «Ma mère était une femme indépendante qui adorait voyager. Elle s’arrangeait pour me caser l’été dans les camps socialistes en Pologne puis à Beyrouth chez une amie allemande mariée à un Libanais.»

Une vie de contrastes à laquelle la brillante élève s’adapte sans difficulté. Jusqu’à ce qu’elle doive quitter le Collège du Léman pour rejoindre le Cycle de la Golette en 9e. Sa mère y voit une manière d’éviter une année de transition vers l’Ecole de commerce. «Cela a été un choc culturel. J’ai voulu m’intégrer et y suis tellement bien parvenue que je me suis mise à fumer, à me droguer…» Un ange passe, il emporte l’adolescence avec lui.

Un diplôme et une «envie de partir de Genève» plus tard, Christina Meissner se retrouve à Dubaï chez l’amie allemande qui l’accueillait l’été. Elle rit encore de ses 17 ans et de sa blondeur dans la capitale des Emirats arabes unis, s’émeut en parlant des jeunes filles à qui elle enseigne le français et qui deviennent de très chères amies, s’amuse de son extradition vers l’Angleterre pour concubinage avec un professeur britannique. Elle aime surtout évoquer son retour, un an plus tard, au bras de son mari, Farouk, un Libanais de quinze ans son aîné, directeur d’une compagnie d’aviation.

Beyrouth, Pro Natura et l’UDC

Après Dubaï, son mari est muté à Beyrouth. Malgré la guerre, Christina Meissner est heureuse des longues soirées au Goethe Institut, d’enseigner le français, de se rendre à l’Université américaine, de recueillir «toutes les petites bêtes que les gens laissaient derrière eux» sur son balcon donnant sur la mer. Durant l’opération Paix en Galilée, le couple est extradé par l’ambassade de Suisse et revient à Genève. Elle décroche un job de secrétaire, lui rien. «Je suis redevenue la Christina que j’avais toujours été, mon mariage a dégringolé à toute vitesse.» Elle divorce, s’inscrit à l’université en biologie, s’installe dans une colocation étudiante… vêtue de haute couture grâce à ses amies de Dubaï.

L’étude de la botanique tropicale la conduit dans la forêt amazonienne. Son amour du voyage la fait rencontrer Ray, son deuxième mari, au cours d’un road trip aux Etats-Unis, et celui de la nature à ouvrir le bureau de Pro Natura Genève et à travailler pour l’Etat, avant de s’engager en politique en 2009, l’année du décès de sa mère. Pourquoi avoir choisi l’UDC? «Il faut revenir à l’Ecole de commerce, Yves Nidegger (ndlr: conseiller national UDC) faisait alors partie de mon groupe d’amis… je l’ai contacté. Mon profil Smartvote ne correspondait à aucun parti de toute façon.» Elle défend pourtant des valeurs très claires: «La planète est notre capital. Il faut bien sûr mieux la partager et consommer de manière durable. Mais comme toute espèce, nous devons nous adapter aux ressources à notre disposition, notre nombre ne peut pas continuer de croître, c’est valable au niveau global comme au niveau local.»

Le temps passe, nous nous apprêtons à quitter Christina Meissner, mais la voilà qui nous rattrape en courant: «Laure. Laure. J’ai un troisième mari maintenant: Guy. On s’est marié à Ikea en 2010.» «Un Suisse, cette fois?» plaisante-t-on. «Oui, il est même colonel à l’armée! Ça aurait fait plaisir à maman…» (TDG)

Créé: 04.04.2016, 12h11

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Bio express

6 janvier 1959 Naissance à Genève.
1977 Maturité commerciale.
1978-1982 Mariage avec un Libanais et vit à Dubaï, puis à Beyrouth.
1986 Diplôme de biologie en botanique tropicale à l’Université de Genève.
1990-2000 (Première) secrétaire générale de Pro Natura Genève.
2001-2010 Chargée de communication «Nature et Eau» à l’Etat, au sein du département du Vert Robert Cramer.
2006 Ouverture de SOS Hérissons.
2009 Entrée en politique au sein de l’UDC, élection comme députée.
2010 Mariage avec Guy.
2016 Election à la vice-présidence du Grand Conseil. Exclusion de l’UDC.

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