Christian Lüscher juge disproportionné le fichage ADN de tous les requérants d'asile

MigrationLe débat a été relancé par le chef de la police du canton du Jura dans la presse dominicale.

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«Nous devons sérieusement réfléchir à la proposition de récolter systématiquement les profils ADN des requérants d'asile, même si elle est disproportionnée.» La réaction est celle du Genevois Christian Lüscher, conseiller national PLR. «Je comprends que la proposition du chef de la police de Neuchâtel et du Jura puisse choquer certains, car cela ressemble un peu à du fichage», analyse encore le Genevois. «Instinctivement, l’idée heurte notre sentiment de bienveillance naturelle. Il faudrait peut-être cibler des groupes précis. En tous les cas, cela me semble impossible sans élaborer auparavant une base légale très claire, peut-être même une loi spéciale»

L’ancien président du Tribunal fédéral Claude Rouiller, interrogé dimanche par la Radio suisse romande, a qualifié cette proposition d’«absurde et dangereuse». En effet, cette mesure d’identification, de nature policière, ne peut pas être liée à la politique d’asile. Même si d’aucuns peuvent y voir une mesure dissuasive à l’égard de requérants tentés de commettre des actes délictueux. Pour Claude Rouiller, cette proposition ne peut pas être généralisée à tous les demandeurs d’asile ou même simplement aux hommes jeunes. Le juriste rappelle que la loi fédérale sur l’asile (LAsi) impose d’ailleurs aux requérants de collaborer avec les autorités. Le débat a été relancé par Olivier Guéniat dans la presse dominicale. Le chef de la police du canton du Jura, propose de relever la trace biologique des demandeurs d’asile afin de permettre aux forces de l’ordre de cibler une minorité délinquante

«Cette année, les requérants tunisiens présents actuellement dans le canton du Jura ont tous été identifiés comme auteurs d’infractions.» Fort de ce constat, Olivier Guéniat proposait hier dans Le Matin Dimanche et la SonntagsZeitung de prélever le profil ADN de tous les demandeurs d’asile, ou au moins des hommes seuls sans papiers. Une telle mesure permettrait, selon le commandant de la police jurassienne, d’accélérer les procédures qui ne cessent de s’accumuler contre les requérants d’Afrique du Nord arrivés en Suisse après le Printemps arabe.

Les ministres des Polices cantonales vont en discuter

Hans-Jürg Käser, directeur du Département de la police et des affaires militaires du canton de Berne, va soumettre cette idée à la Conférence des directeurs cantonaux de Justice et Police (CCDJP), qu’il préside. Il a d’ores et déjà reçu le soutient de son homologue jurassien, Charles Julliard, et de la Lucernoise Yvonne Schärli. Le directeur tessinois Norman Gobbio est plus sceptique.

Pour l'ancien juge fédéral Claude Rouiller cependant, le recours à l’ADN est une mesure invasive qui n’est ni anodine, ni comparable aux empreintes digitales. Les cantons ne pourraient le généraliser en adoptant un concordat, par exemple. Une récolte systématique de l’ADN constitue une atteinte sérieuse à la protection des données et à la sphère personnelle. Elle doit donc être proportionnée et nécessaire pour atteindre le but recherché.

Levrat perplexe

Le président du Parti socialiste suisse a dit dimanche soir sa perplexité au micro de la RTS: «A ce stade, j’ai deux remarques. La première, c’est qu’on ne peut pas tolérer la dégradation actuelle. Il faut prendre des mesures, qui doivent être réfléchies et proportionnelles. La deuxième, c’est que j’ai beaucoup d’estime pour Olivier Guéniat et j’aimerais comprendre la logique de sa proposition avant de la soutenir ou de la condamner» (TDG)

Créé: 20.08.2012, 08h07

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Explosion des délits

La préoccupation des policiers et des directeurs cantonaux s’explique par l’explosion, depuis le début de l’année, des délits commis par de jeunes ressortissants tunisiens, algériens et marocains. Selon les statistiques livrées par huit cantons (AG, BE, NE, JU, SG, TI, VS et ZH) aux journaux dominicaux, le nombre de requérants appréhendés durant les six premiers mois de l’année a augmenté de 77% par rapport au premier semestre 2011. Ainsi, en Argovie et à Berne, 429 et 528 demandeurs d’asile, respectivement, ont été inculpés jusqu’à fin juin. Des chiffres qui atteignent presque les totaux enregistrés pour l’ensemble de l’année passée.

S’ils représentent 6% du total des requérants en Suisse, les ressortissants du Maghreb sont ainsi responsables de 48% des délits attribués aux demandeurs d’asile dans les huit cantons qui ont livré leurs chiffres. Il s’agit en fait de quelques centaines d’auteurs très actifs, responsables de milliers de délits. Dans le top 10 figurent les effractions de véhicules (+1500% dans les huit cantons), les vols dans les commerces (+390%), les cambriolages (+150%), les vols à la tire (+130%) et les lésions corporelles simples (+50%). Contrairement à certaines idées reçues, en revanche, les cantons n’ont pas.

Des hommes sans espoir

Comment les spécialistes expliquent-ils cette surreprésentation dans les statistiques criminelles? «Dans les années 90, les réfugiés fuyant les conflits des Balkans venaient surtout en famille, indique Olivier Guéniat. Ici, ce sont des hommes seuls, âgés de 18 à 30 ans, qui n’ont aucun espoir de rester. Partant de là, on comprend qu’aucune règle ne peut s’appliquer.» Directeur adjoint du centre d’hébergement de Thurhof (SG), Christian Bössow a aussi son idée concernant les Tunisiens: nombre d’entre eux seraient traumatisés après une errance dans l’Espace Schengen qui dure parfois depuis des années. Ce temps passé dans l’illégalité aurait fait baisser leurs inhibitions. A cela s’ajouterait la consommation d’alcool, qu’ils ne supportent pas bien.

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