Cette nouvelle formation dont Eric Stauffer s’est couronné roi

PolitiqueLes statuts de Genève en marche réservent à son président de très vastes pouvoirs.

Eric Stauffer lors du lancement de sa nouvelle formation «Genève en marche».

Eric Stauffer lors du lancement de sa nouvelle formation «Genève en marche». Image: Lucien Fortunati

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Le parti, c’est moi!» Pour évoquer la formation qu’il vient de créer, Eric Stauffer pourrait paraphraser Louis XIV évoquant l’Etat. Cofondateur en 2005 du MCG, dont il a été président puis président d’honneur, le député l’a quitté l’an dernier après s’en être vu ravir la présidence qu’il souhaitait reprendre, l’assemblée générale du mouvement lui ayant préféré à une voix près la Verniolane Ana Roch. En fondant un nouveau parti à quelques mois des élections cantonales, l’Onésien semble s’être assuré que pareille mésaventure ne puisse lui survenir avec Genève en marche (GEM).

Les statuts qu’il a signés avec les sept autres membres fondateurs font de GEM un lieu où le pouvoir est peu partagé, du moins durant la première année d’existence de ce groupe qui se qualifie, à l’article 2, de «mouvement démocratique». Or c’est une vision particulière de la démocratie qui ressort de l’article suivant.

Celui-ci stipule que «les fondateurs désignent à l’unanimité Monsieur Eric Stauffer en qualité de président» et que «pour la première année» les décisions sont prises par le président et les autres fondateurs, mais avec cette particularité: «La voix du président avec un membre fondateur est prépondérante.» En clair, la seule limite posée à l’absolutisme du président est que, pour imposer ses vues, il doit trouver une personne qui les partage parmi les sept autres fondateurs.

Les statuts permettent aussi au président de nommer et révoquer une douzaine de vice-présidents et de désigner, éventuellement par le truchement d’un comité qu’il aurait nommé, les candidats aux élections au Grand Conseil et au Conseil d’Etat. Les statuts prévoient la dissolution du parti en cas d’échec électoral. Sinon ils seront revus par une assemblée générale après un an de fonctionnement, soit à la fin de 2018. Les pouvoirs que les statuts auraient omis d’évoquer sont donnés d’office au président.

Qu’en dit-on dans d’autres partis? «Je ne peux qu’être surpris par le royalisme de ces statuts qui seraient impensables à l’UDC, vu l’attachement de ce parti aux valeurs démocratiques, commente son président, Marc Fuhrmann. Je suppose que ces règles sont dues aux expériences passées d’Eric Stauffer.» L’UDC confirme au passage son ouverture à un éventuel apparentement avec GEM. «Eric Stauffer met en pratique tout ce qu’il n’a pas pu faire au MCG, juge sa présidente, Ana Roch. Il va loin, ça me fait sourire!»

Membre fondateur de GEM, l’ancien député Jean Sanchez, qui réfléchit à un éventuel retour à Genève pour se présenter aux élections, n’est pas effrayé par ces statuts autocratiques. «Eric Stauffer n’est pas Kim Il-sung, s’exclame-t-il. Ces statuts doivent encore passer la rampe de l’assemblée générale qui fondera le parti. Ils pourront y être discutés.»

Pas du tout, rectifie Eric Stauffer, assumant totalement la mainmise qu’il souhaite sur son nouveau parti, mais à titre provisoire. «C’est bien ainsi que j’ai voulu les choses durant la première année, avant que nous adoptions des statuts normaux, commente-t-il. Il faut d’abord fixer une ligne, ce que le MCG ne possède plus. Quand on a vingt députés, ce sont aussi vingt ingénieurs en circulation, vingt économistes ou vingt fiscalistes: plus rien ne marche!» (TDG)

Créé: 12.09.2017, 17h53

Vers une division fatale des populistes?

Comment réagit la Genève politique face à l’arrivée d’une nouvelle formation à un gros semestre des élections cantonales? Si sur les réseaux sociaux le come-back d’Eric Stauffer a déchaîné sarcasmes et moqueries, certains se rappellent que l’homme, en 2005, avait réussi son entrée au parlement à l’aide d’un parti créé trois mois plus tôt.

Qu’en sera-t-il en 2018? Au Parti socialiste, on espère des conséquences positives. «Il est symptomatique que GEM propose une adhésion gratuite aux membres du MCG contre une lettre de démission de ce dernier parti, note Carole-Anne Kast, présidente. La fondation de cette nouvelle formation est une attaque claire contre le MCG. Cela peut diviser les voix populistes et du coup affaiblir leur présence au Grand Conseil, ce qui est, de notre point de vue, positif. Mais cela reste à vérifier.» Une analyse qu’on partage chez les démocrates-chrétiens. «Le MCG et ce nouveau parti visent le même électorat et vont se manger entre eux, ce qui est bon pour nous, pronostique Bertrand Buchs, président. Il existe un risque pour l’un ou l’autre parti, voire les deux, de ne pas atteindre la barre du quorum.» La loi réserve l’accès au Grand Conseil aux listes obtenant au moins 7% des suffrages. En 2005 et en 2009, les mouvances de la gauche dure s’étaient heurtées à cet écueil, faute d’avoir réussi à réunir leurs forces sous une bannière commune. Cela leur avait valu d’être exclues durant huit ans du parlement cantonal.

Qu’en pense la présidente du MCG? «La concurrence est bonne et stimulante, réagit Ana Roch. Mais ce nouveau parti est un copié-collé de ce que le MCG fait déjà et fait bien. Et les gens préfèrent l’original à la copie!»

Articles en relation

Eric Stauffer lance «Genève en Marche», version MCG 2005

Interview Le député indépendant lance son nouveau parti. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

La révolte des gilets jaunes
Plus...