«Cette famille, c’est ma bulle d’oxygène»

IntégrationLe programme «1 set de + à table» lie de jeunes migrants et des Genevois. Rencontre avec Feizollah et ses protecteurs. Ravis.

Feizollah (au centre, entouré de sa famille d'accueil, les Haenni-Chevalley.

Feizollah (au centre, entouré de sa famille d'accueil, les Haenni-Chevalley. Image: Laurent Guiraud

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«Au foyer de l’Étoile, la promiscuité et les tensions qui vont avec me pesaient beaucoup, raconte Feizollah. Alors, ma famille d’accueil a été une précieuse bulle d’oxygène.» Cet afghan d’à peine 19 ans, arrivé à Genève en 2015, figure parmi les quelque 60 jeunes requérants d’asile qui bénéficient du programme 1 set de + à table.

Une belle initiative «qui permet de découvrir la vie d’une famille d’ici, de parler français, de partager des activités ou des repas», explique Esther Dubath Bouvier, éducatrice sociale à l’Hospice général, qui encourage les familles à adhérer à cette action de solidarité: «Il reste encore une cinquantaine de jeunes en attente.» Ces familles-relais répondent à de vrais besoins, considère Muska Sangin, elle aussi éducatrice à l’Hospice: «Elles sont complémentaires au foyer, en offrant un cadre familial avec plus de proximité.»

Visiblement, Feizollah se sent bien dans son second chez soi. «Depuis ce 19 février 2017 où j’ai eu la chance de rencontrer maman Catherine, papa Fred et leurs garçons, je respire vraiment mieux», assure le jeune homme au sourire XXL, confortablement installé dans le salon carougeois de ses protecteurs.

«Un vrai rayon de soleil»

Domiciliés dans un vaste appartement doté d’une chouette terrasse, Catherine et Frédéric Haenni-Chevalley sont tout aussi séduits: «L’idée de pouvoir aider un jeune en difficulté nous a plu; nous souhaitions aussi impliquer nos enfants dans un tel projet, expliquent ces deux psychothérapeutes dans la quarantaine. Et nous ne pouvions pas tomber mieux. Feizollah est un vrai rayon de soleil! Il est sympa, curieux, débrouillard. Il en veut et nous apporte une force de vie incroyable. On ne se sent vraiment pas comme des sauveurs.» Catherine en ajoute une louche: «Avec toutes les épreuves qu’il a traversées, sa combativité et sa bonne humeur sont exemplaires.»

Un peu intimidés par ce grand garçon aux multiples qualités, les enfants, Balthazar (10 ans) et Malo (13 ans), apprécient les activités sportives qu’ils partagent avec Feizollah. «C’est un costaud. Il court et nage très régulièrement», indique Catherine, elle aussi grande adepte de la course à pied: «Nous avons tous les deux participé à la Course de l’Escalade; il a terminé 103e sur 1300 dans sa catégorie. Chapeau!» Le sport comme moyen d’intégration, mais pas seulement. La cuisine occupe aussi une place importante dans la vie du jeune Afghan. «Il nous a récemment invités chez lui, annonce Frédéric. On était impressionné par ses bons petits plats, mais également par la tenue de son logement.»

Domicilié à la Jonction avec l’un de ses trois frères, dont il s’occupe vigoureusement, Feizollah rejoint tous les lundis soir sa famille carougeoise. Et plus encore: «Quand j’ai un problème, je fonce ici. Au début je ne parlais pas un mot de français, ils m’ont grandement aidé.»

«Feizollah vient aussi aux fêtes et aux grands événements familiaux, ajoutent les Haenni-Chevalley. À Noël, il nous a apporté de somptueux Bolani, des galettes farcies aux pommes de terre et aux herbes. On ne peut que s’attacher à lui.» D’autres jeunes requérants préfèrent une fréquence des rencontres plus limitée, observe Muska Sangin: «Ils sont ravis de se retrouver en famille, mais ils ont aussi besoin de s’isoler; ils sont parfois tiraillés par des conflits de loyauté envers leurs parents.»

Les «mauvaises» conditions de vie des Afghans en Iran, où vivent ses parents et sa petite sœur, ont incité Feizollah à émigrer: «Mes parents étaient tristes et heureux à la fois que je quitte l’Iran. Ils ne veulent pas que j’aie la même vie qu’eux. Ils ont payé quelqu’un pour m’accompagner. On est passé par la Turquie, la Grèce, la Macédoine. l’Autriche, avant d’arriver en Suisse. On a beaucoup marché durant 28 jours.»

Un tas d’amis en Suisse

Autonome et très convivial, Feizollah préfère de loin ces plus modestes voyages actuels qui lui permettent de rendre visite à ses nombreux amis afghans établis en Suisse. «Il a un sacré réseau», sourit Muska Sangin. Il ne néglige pas pour autant son avenir et suit assidûment les cours d’une classe d’orientation professionnelle du postobligatoire. Objectif: entreprendre un CFC en menuiserie.

Et, qui sait, peut-être épouser une Suissesse? «Je suis surpris par le statut de la femme ici. Fred et Catherine rient beaucoup tous les deux. Fred fait la cuisine et la vaisselle… Moi aussi, je suis pour l’égalité.»


«Des liens significatifs se créent au fil du temps»

Le projet 1 set de + à table a été lancé en novembre 2016 par le Service social international (SSI), en collaboration avec les médiatrices interculturelles de l’association AMIC (déjà initiatrice d'une telle action en 2015), le Service de protection des mineurs et les éducateurs du foyer de l’Étoile. Il est destiné aux requérants d’asile mineurs non accompagnés (RMNA), ainsi qu’aux jeunes adultes vivant ou ayant vécu au foyer de l’Étoile. «Parmi les 170 requérants hébergés dans ce foyer (des Érythréens, Afghans et Somaliens en majorité), une bonne centaine sont mineurs, précise Mélanie Thalmann, collaboratrice de l’Hospice général qui coordonne l’ensemble des projets de l’Étoile. L’idée est de faciliter l’intégration de ces jeunes en créant des liens avec des familles. Celles-ci doivent être prêtes à s’investir pour une durée d’au moins neuf mois et à raison de deux fois pas mois. Dans les faits, les participants finissent vite par se voir plusieurs fois par semaine. Repas, activités diverses et loisirs au programme.»

«Notre objectif est que ces liens perdurent, explique Esther Dubath Bouvier, éducatrice sociale à l’Hospice. Certains jeunes ont très peu de contacts avec leur famille, d’autres carrément plus du tout.»

Une fois une famille et un jeune identifiés, une rencontre est organisée par le SSI et l’Étoile, ainsi qu’avec le curateur du jeune si celui-ci est mineur. «On essaye de privilégier les intérêts communs, souligne Alicia Haldemann, chargée de projets pour le SSI. Ces jeunes requérants ont besoin d’une personne de référence culturelle pour assurer leur période de transition. Sans compter les relations de confiance qui peuvent se nouer et être si précieuses après avoir vécu divers traumatismes.»

Les rencontres connaissent un vif succès, estime Muska Sangin, elle aussi éducatrice à l’Hospice: «Après un peu plus d’un an d’expérience, le bilan est très positif. Des liens significatifs se créent au fil du temps, malgré quelques problèmes initiaux de communication. Il faut dire que certains jeunes ne savaient pas un mot de français quand ils ont démarré cette expérience!» Pour accompagner le projet, des ateliers sont organisés entre les familles et les jeunes.

Les familles intéressées peuvent s’inscrire auprès du SSI. (TDG)

Créé: 09.02.2018, 12h47

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