Ces jeunes qui passent de la parole aux actes

Grève pour le climatEn marge de la grève pour le climat, beaucoup d’initiatives concrètes ont été lancées par les étudiants et élèves pour préserver l’environnement.

Opération nettoyage dimanche passé au Jardin Anglais, par l’association «Plastic Geneva».

Opération nettoyage dimanche passé au Jardin Anglais, par l’association «Plastic Geneva». Image: Georges Cabrera

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Pour la deuxième fois depuis le début de l’année, la jeunesse genevoise se met en grève pour le climat. Après une première mobilisation réussie le 18 janvier, qui a vu 22 000 jeunes de toute la Suisse – dont 5000 à Genève – descendre dans les rues pour dénoncer l’inertie des politiques face à l’urgence climatique, les étudiants et les apprentis remettent ça demain, à 14 h. Certes, ces jeunes manifestants ne sont pas exempts de contradictions, mais ils agissent aussi pour préserver l’environnement et lutter contre le réchauffement climatique.

Ils secouent leurs pairs, leurs parents (lire à droite) et les politiques (lire ci-dessous). Tour d’horizon non-exhaustif de projets lancés dans la foulée de la première grève ou en amont. Ceux-ci rejoignent les initiatives des enseignants et du Département de l’instruction publique, qui applique une politique de développement durable depuis plusieurs années.

Troc et friperies à l’honneur

La première grève a fait naître des groupes de travail dédiés à la question du climat à l’école d’horticulture de Lullier. Adrien, 18 ans, organise une friperie à chaque fin de mois pour lutter contre le gaspillage et valoriser le partage. «On achète chaque année des tonnes d’habits neufs alors que l’industrie du textile est la deuxième industrie la plus polluante dans le monde, après celle du pétrole.» Des tables sont installées dans le hall de l’école, «chacun amène et prend ce qu’il souhaite. Un copain est reparti avec une veste que j’avais amenée, ça fait plaisir de la voir portée au lieu qu’elle soit jetée.»

Amélie aussi s’active sur ce thème. L’étudiante d’André-Chavanne a créé une affiche avec des bons conseils et une carte qui recense les adresses de friperies qu’elle apprécie à Genève. «Des amis ont déjà adopté ce réflexe mais j’aimerais le généraliser. On ne sait souvent pas où aller, et on a parfois l’image de magasins avec des habits de grands-mères.»

Au Collège Voltaire, Irène et Océane, 19 et 18 ans, ont eu la même idée. Elles ont ouvert un compte Instagram pour favoriser les trocs ou ventes de vêtements de seconde main entre collégiens. On choisit ses fringues en ligne et l’échange se fait pendant la pause. «Nous avons déjà eu une dizaine de ventes, se félicite Irène. Pour freiner la surconsommation, nous voulons montrer qu’il n’y a pas besoin d’acheter des habits neufs pour trouver des pièces sympas.» Les étudiantes comptent organiser un vide-dressing ce printemps dans la cour du collège.

Commandos déchets

La voirie peut compter sur des renforts bénévoles. Sarah, 14 ans, organise des «cleanwalks» avec une amie du Collège Voltaire. Chaque dimanche, elles choisissent une zone à nettoyer, puis trient les déchets. Elles ont été rejointes par d’autres volontaires. «La première fois, nous avons ramassé à deux 400 litres de déchets. La deuxième fois, nous étions 23 et nous en avons récolté plus de 1200 litres! D’autres élèves nous ont contactés, de Neuchâtel, de Lausanne et même d’Argovie.»

Les déchets pullulent aussi dans les écoles. «Nos plats à l’emporter sont servis dans des contenants non recyclables, jetés à la fin du repas, regrette Dorian, élève de 18 ans à De Staël. En entendant parler de reCIRCLE (ndlr: une association bernoise qui propose des contenants consignés en plastique recyclé), j’ai demandé à la directrice et à la gérante de la cafétéria d’implanter ce système chez nous pour le plat de pâtes du jour.» Ces dernières ont soutenu la démarche et depuis le 2 mars, une centaine de boîtes réutilisables sont à disposition. «Cela a été très bien accueilli, se réjouit Dorian. J’espère étendre ce système à tous les plats du jour.»

Du végétarien à la cafétéria

Au Collège et école de commerce André-Chavanne, Zoé et Carolina, 18 ans, se sont plutôt préoccupées du contenu des plats de la cafétéria. Végétarienne, Zoé avait renoncé à y manger: «La seule chose sans viande, c’était des sandwiches. Alors, avec un prof, nous avons lancé une pétition pour demander de vrais plats végétariens.» Le texte, qui a récolté plus de 200 signatures, dont celles de nombreux enseignants, va être remis sous peu au gérant de la cafétéria. Celui-ci, réticent de prime abord, a pris les devants: «Il propose un plat végétarien mardi et vendredi, note Zoé. C’est un essai, car il est convaincu que ça ne va pas marcher.»

Des initiatives similaires sont envisagées dans d’autres établissements. Par ailleurs, à Candolle, des discussions sont en cours pour diminuer le gaspillage alimentaire à la cafétéria. Enfin, des potagers ont fleuri dans de nombreuses écoles, au Cycle comme au secondaire II.

L’avion est diabolisé

Sur le plan des transports, le vélo est plébiscité, l’avion diabolisé. Dans plusieurs collèges, des élèves demandent à la direction de limiter au maximum l’avion pour les voyages scolaires. On veut aussi limiter l’usage de la voiture, ou au moins l’optimiser. Ainsi, à Lullier, on réfléchit à un système de covoiturage pour se rendre à l’école, située à la campagne.

Pour Amélie, il y a un avant et un après la première grève. «Ça nous a réveillés. Cela a aussi fait naître des craintes, une prise de conscience et surtout une volonté d’agir à notre niveau, avec ce genre de projets.» Les deux collégiens Adrien et Enora, investis dans le mouvement des jeunes genevois pour le climat, abondent mais tiennent à insister sur un point: «Ces actions individuelles sont nécessaires mais pas suffisantes. La pollution liée à l’industrie reste écrasante. Pour atteindre le bouleversement dont nous avons urgemment besoin, les politiques et les industries doivent dépasser les annonces et entreprendre des changements concrets.»

Créé: 14.03.2019, 07h02

La mobilisation fait réagir le DIP et réveille les politiques

La mobilisation des élèves a permis d’instaurer un contact direct avec la cheffe du Département de l’instruction publique (DIP), Anne Emery-Torracinta. Depuis janvier, quatre réunions ont eu lieu entre une délégation d’une dizaine de jeunes et la magistrate, à son initiative, indique-t-elle. «Le but était d’abord de discuter du mouvement lui-même, des implications d’une grève et de leur montrer que nous les prenons au sérieux. Puis, nous avons échangé autour de leurs propositions. Ils souhaitent notamment qu’on aborde davantage la question du climat à l’école, par exemple par le biais d’ateliers ou de journée dédiée.» La prochaine réunion se fera avec les directeurs d’établissements, «car c’est avec eux que les élèves doivent interagir pour concrétiser leurs initiatives».

Un projet de charte est aussi en discussion, afin de fixer des lignes directrices, comme donner plus de place aux plats végétariens et limiter les voyages en avion, rapporte Enora, vice-présidente l’association faîtière des collégiens, la Soupô. Le mouvement a également fait réagir les partis. Par exemple, une motion des Verts au Grand Conseil invite le gouvernement à suivre l’appel des jeunes pour décréter l’urgence climatique, en reprenant presque mot pour mot leurs revendications. Son auteur, Jean Rossiaud, assume ce que certains pourraient voir comme une récupération politique: «Les jeunes nous disent que nous ne les prenons pas au sérieux et que nous n’agissons pas, donc je les ai pris au mot.» La motion a été renvoyée en commission, avec l’urgence. «Cela montre que la grève du climat a réussi à mobiliser les politiciens de droite comme de gauche.»

Une autre proposition est directement inspirée par le mouvement de la jeunesse: la table ronde interpartis sur
le climat, initiée par le PDC. «Presque tous les partis ont répondu présent, se réjouit Sophie Buchs, membre de la présidence du PDC. La grève du climat a clairement contribué à ce succès. Cela a réveillé tout le monde.»

A.T./AN.G.

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