Ces drôles de serruriers qui font sauter le verrou des prix

ArnaqueLes dépanneurs de cylindres de porte ressemblent parfois à de faux plombiers. Cas d’école récent.

Derrière le cylindre à changer en urgence par le serrurier, des prix qui parfois varient du simple au double.

Derrière le cylindre à changer en urgence par le serrurier, des prix qui parfois varient du simple au double. Image: Patrick Martin

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La moitié de son salaire pour rentrer chez soi, franchir ce maudit seuil qu’un vol de clés a rendu inaccessible. Un classique dépannage en urgence? Non, une «douloureuse» au montant pour le moins inhabituel. C’est ce qui est arrivé récemment à ce jeune assistant socio-éducatif travaillant à temps partiel entre les Charmilles et les Eaux-Vives. Le jeudi 21 août, en fin d’après-midi, il se fait tirer sa veste. Dans la poche intérieure, le trousseau qui ouvre la porte de son domicile, un deux-pièces dans un immeuble de sept étages à Onex.

Le voici à la rue. Il appelle une entreprise de serruriers qui lui communique ses tarifs: 380 francs par cylindre. Pas de bol, il en a deux. Sur place, le dépanneur confirme le prix: 760 francs. «Il voulait que je paie cash, raconte le locataire. Je n’avais bien évidemment pas la somme sur moi. J’ai négocié et obtenu qu’il m’ouvre cette fichue porte. Il a exigé de voir ma pièce d’identité, avant de me faire signer un devis à vide et de repartir énervé.»

Deux jours plus tard, le devis s’est transformé en facture, payable dans les 30 jours. Trois rubriques remplies à la main et une addition finale atteignant 1290 francs. Le tout pour deux misérables cylindres standards, «percés, cassés et changés en cinq minutes», témoigne celui qui les a gardés en travers de la gorge, ces segments de 50 mm qui s’achètent 75 francs l’unité dans la quincaillerie du coin. Le lésé sort alors de sa crédulité et décide de contacter Métal Genève, l’association de la construction métallique et du store. Au bout du fil, l’expert consulté tombe des nues et l’encourage à contester la facture envoyée par la poste.

«J’ai ensuite rappelé l’entreprise en question en demandant à parler au service de comptabilité. Aucune trace d’un dossier à mon nom. La secrétaire ne pouvait rien pour moi. Cela sentait l’arnaque à plein cylindre! J’en suis là: j’ai fait mon dépôt de plainte à la police pour le vol de mes clés, j’attends la réponse de mon assurance et j’ai jusqu’au 19 septembre pour m’acquitter de cette surfacturation évidente.»

L’expert sollicité ne peut rien pour lui non plus. Il s’appelle Olivier Murner et des téléphones comme le sien, il en reçoit «plusieurs par semaine», note-t-il, avant de commenter, calculette à l’appui, ce qui, à ses yeux, se rapproche de l’escroquerie pure et  simple. «Si on refait la facturation de l’intervention, en se fondant sur les prix moyens effectifs établis par notre association ­faîtière pour le matériel et la  main-d’œuvre, on arrive, en comptant large, à 669 francs, les deux cylindres vendus-posés. Honnêtement dit, sachant que le client en question n’habite pas au bout du canton, on peut même assurer ce dépannage pour moins de 500 francs.»

Est-ce à dire qu’il existe des faux serruriers comme des faux plombiers? «Les vrais professionnels respectent les barèmes fixés par notre association, explique Marcel Beck, maître serrurier, à la tête d’une entreprise familiale installée à la Praille. Ceux qui ne sont affiliés nulle part cassent les prix ou surfacturent à outrance. Il fut un temps où l’on devait être assermenté pour prétendre pratiquer les métiers d’ouverture. Désormais, n’importe quel branquignole peut se décréter serrurier. Des gens sans instruction et malhonnêtes qui font honte à notre profession.»

Comment lutter contre ces demi-serruriers et petits escrocs du cylindre? «Difficile, répond le président de la caisse de Métal Genève. Ils ne sont pas conventionnés et signataires de rien. Ils font ce qu’ils veulent en se domiciliant comme on change de chemise. Ils n’ont aucune formation et leurs employés touchent des salaires de misère. A notre niveau, on ne peut pas faire grand-chose. Il faudrait mettre les indésirables sur liste noire et la publier. Chose forcément inenvisageable, même si les plaintes qui nous parviennent désignent toujours les mêmes adresses…» (TDG)

Créé: 17.09.2014, 07h35

Le juste prix à payer

L’Association genevoise de la construction métallique publie sur son site (www.metal-ge.ch) les prix indicatifs d’une intervention en matière de clés et cylindres. L’heure de travail d’un dépanneur avec camionnette atelier se monte à 161 francs durant la journée; à 194 francs la nuit et le week-end. Le déplacement de jour sur le territoire genevois est facturé 80 francs. De nuit, comptez 120 francs. Un  cylindre standard coûte entre 120 et 180 francs. Un cylindre protégé peut monter jusqu’à 500 francs. La liste des serruriers signataires de la convention collective figure sur le même site. Elle fait foi. TH.M.

Conseils simples au client crédule

Poser, plutôt deux fois qu’une, la question du prix de l’intervention. D’abord par téléphone, puis devant sa porte close. «Combien ça me coûte?» Le serrurier honnête est un peu comme le médecin: il ne peut pas poser de diagnostic précis sans voir le malade. Il commencera par vous décrire le cylindre qu’il a sous les yeux, les propriétés de votre serrure (verrou, rosace de sécurité, etc.) S’il est dans le métier, il en aura le vocabulaire pour qualifier le travail à venir. Et  vous fixer une fourchette de  prix: «Cela vous coûtera entre tant et tant.» Bon d’accord. L’esprit curieux et méfiant aura pris soin de consulter le listing du matériel répertorié sur le site incollable de l’Association Métal Genève. Un auxiliaire de calcul à l’usage des  professionnels, autant qu’un précieux document pour l’amateur désireux de connaître, en les contestant, les «critères commerciaux» de  certaines sociétés. Celles qui, par exemple, font de la retape pour des barres de sécurité à prix cassé sont à éviter, de jour comme de nuit. «Une bonne barre coûte au minimum 900 francs, prévient Marcel Beck. Pour 650 francs, on a de la daube qui arrive tout droit de  Chine par conteneur. Quand   le client nous demande d’intervenir sur un élément qui  bloque, on ne trouve jamais la pièce de rechange sur le marché. Il faut tout retirer et poser du neuf!» Cette opération-là ne figure pas sur les flyers publicitaires encombrant nos boîtes à lettres.
Reste enfin le bouche-à-oreille à titre préventif. C’est la  seule justification qui a conduit notre aimable travailleur social à rendre publique sa mésaventure. «Je me suis fait avoir. La même chose peut arriver à mon voisin de palier. Il  est prévenu.» Comme était prévenue de notre appel la société qui est intervenue à Onex. L’opérateur nous a  répondu dans un grand silence, puis plus du tout. Un journaliste qui se légitime sans avoir perdu ses clés ne fait pas un bon client.

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