Ces camions qui broient des données confidentielles

Sécurité La PME genevoise Katana s’est spécialisée dans la destruction de matériel digital. Le marché est en plein boom.

Les deux cofondateurs de la société Katana, basée à Satigny, Yarom Ophir (à droite) et Siddik Apaydin.

Les deux cofondateurs de la société Katana, basée à Satigny, Yarom Ophir (à droite) et Siddik Apaydin. Image: Lucien Fortunati

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Les habitants du Quartier des banques les connaissent bien, ces camions gris ornés de deux traits orange. En général, ils sont posés le long de la route, un moteur allumé à l’arrière, et broient du papier, des radios, et de plus en plus du matériel informatique.

Au total, une flotte de quinze véhicules sillonne le canton, mais également le pays, de Zurich aux vallées les plus reculées des Grisons. En réalité, ils vont toujours plus loin. Un camion de Katana France détruit des documents confidentiels depuis deux semaines du côté de Paris. Et Katana Norvège, un joint-venture avec un groupe scandinave, vient de voir le jour à Oslo.

La société genevoise étend aussi ses tentacules sur ses terres, d’autant plus que l’usine d’incinération des Cheneviers vient de fermer son service de destruction de documents confidentiels. À Satigny, Katana propose depuis ce printemps aux particuliers et aux entreprises de réduire leur paperasse en confettis. Le groupe a en outre participé cette année à la création d’Aktarus Digital, une société qui offre une solution de veille informatique.

Mais le clou du spectacle, selon Yarom Ophir et Siddik Apaydin, les cofondateurs de Katana en 2004, c’est le nouveau 18 tonnes de la société, spécialisé dans les serveurs, cartes mères, clés USB et autres téléphones. Opérationnel depuis cet été, ce camion – décoré, lui, de deux traits verts – incarne le paroxysme de la sécurité dans la destruction de données.

Scellé numérique

Jugez plutôt: pour éviter les erreurs et s’assurer que tout est détruit, le client scanne le numéro de série de son serveur – et dresse ainsi un inventaire du matériel à détruire – avant de le confier à un agent de Katana, qui l’insère dans une benne munie d’un scellé numérique. Impossible de l’ouvrir sans l’aval du client, qui en général l’accompagne au camion garé devant son entreprise. La marchandise extraite de la benne est à nouveau scannée avant d’être réduite en poussière (si on y met le prix) ou déchiquetée avant d’être transmise aux recycleurs.

Katana s’est dotée d’un camion similaire pour sa filiale en France. «En Europe, la plupart des data centers sont localisés dans la FLAP, la zone entre Francfort, Londres, Amsterdam et Paris», selon Yarom Ophir. Le déménagement pour des raisons familiales d’une employée de Katana a été vu comme l’occasion de se rapprocher de ce marché.

Détruire 10 000 serveurs

«Nous n’avions jusqu’à présent qu’une camionnette pour le matériel digital, indique Siddik Apaydin. Avec ce camion, on industrialise la destruction digitale.» Une banque privée a récemment fait détruire 10 000 serveurs d’un coup.

Parmi les clients, on trouve des banques, des assureurs ou des groupes de télécommunications, mais aussi des multinationales, des études d’avocats, des groupes médicaux et autres PME. La plupart sont des clients réguliers. Katana, qui emploie 35 salariés, déclare que son chiffre d’affaires croît d’une dizaine de pour cent par année.

C’est que le contexte lui est favorable. Le règlement général sur la protection des données (GDPR), une loi européenne entrée en vigueur l’an dernier et qui renforce la protection des données sur le continent, pousse les entreprises à traiter leurs données avec davantage de rigueur. Le droit à l’oubli, en outre, se précise un peu partout, tout comme la menace de vols de données. En Suisse, les groupes Barec, Reisswolf, SRS Recycling ou Dedoc figurent parmi les autres poids lourds de ce marché porteur.

Créé: 08.10.2019, 06h47

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