Carla Del Ponte plus prudente sur les armes chimiques en Syrie

ONULa Suissesse s’est mise à l’unisson de la commission d’enquête de l’Onu qui remettait ce matin son 5e rapport sur les crimes commis en Syrie.

Image: AP

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Lundi, au Palais des Nations de Genève, les auteurs d’un cinquième rapport sur les crimes commis par les parties en conflit en Syrie se sont montrés prudents sur la « question délicate des armes chimiques », faute de preuves suffisantes et d’accès au pays. Quatre cas sont cités dans le rapport dans lesquels « il y a des raisons de croire que de petites quantités d’agents chimiques ont été répandues », précise un passage du rapport qui valait réponse à toutes les questions de la presse sur le sujet.

En retrait par rapport à ses déclarations du 5 mai désignant les rebelles comme les auteurs d’attaques chimiques, la Suissesse Carla Del Ponte attend désormais que « des experts disent par qui, quand et comment, ces armes ont été utilisées » et confiait que « d’expérience, dans un conflit, des crimes sont commis par tous les camps ». Le rapport écrit sous l’égide du Conseil des droits de l’homme de l’ONU fait mention de la possession d’armes chimiques illégales par le régime et du possible accès de groupes d’opposition à de telles armes. « Mais aucune preuve ne permet de confirmer les allégations recueillies», précise le président de la commission, le diplomate brésilien Paulo Sérgio Pinheiro. Ce dernier a tout juste daigné préciser que la commission disposait de témoignages de « victimes supposées et de réfugiés» et que plusieurs autres faits sont sous enquête.

Par ailleurs, la commission a demandé aux autorités françaises qu’elles lui communiquent les résultats des examens réalisés sur des éléments ramenés par deux journalistes du quotidien Le Monde sur ces allégations d’usage d’agent neurotoxiques. Est-ce le fait que l’utilisation de telles armes a été imprudemment qualifié de « ligne rouge » susceptible de déclencher une intervention militaire par le président américain Barack Obama , qui a suscité une telle prudence ? Quoi qu’il en soit, la commission « investie par de nombreux pays », met en garde contre un tel scénario d’intervention étrangère « qui ne ferait qu’aggraver la situation », déjà particulièrement sévère, deux ans après le début du conflit en Syrie et plus de 90 000 morts selon l’ONU.

Le président la commission d’enquête a répété qu’il ne faudrait pas que « cette question mette au second plan les horreurs commises avec des armes conventionnels contre les civils, en violation du droit international ». Sur ce point, la juge Carla Del Ponte qui a enquêté sur les crimes de guerre et contre l’humanité commis en ex-Yougoslavie a indiqué après la conférence de presse, qu’elle avait été « surprise par la violence et la cruauté des belligérants » et « perturbée par l’enrôlement et l’utilisation d’enfants dans les combats ».

Dans la vingtaine de pages du rapport, plusieurs massacres sont dénoncés. La commission en dénombre 30, et 17 pour la seule période d’investigation allant du 15 janvier au 15 mai. Sanamayn city à Deraa, Baniyas, Dayr Al-Zawr, Abel, Al Burj, Tartous, Jdeidat Al-Fadel, Nubul, Khirbat al-Souda, ont été les lieux d’exécutions sommaires, de familles décimées avec femmes et enfants, de la part de forces gouvernementales et de groupes armés. Le rapport mentionne aussi des arrestations et détentions arbitraires, des prises d’otages, des disparitions forcées, des violences sexuelles, des violations du droit de la guerre comme des bombardements de civils. Le nombre de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité nécessite que le Conseil de sécurité s’empare des éléments d’enquête et les confie à la justice internationale, ont estimés les enquêteurs internationaux du Conseil des droits de l’homme à Genève. « J’espère que l’accès de la commission d’enquête en Syrie fera partie de la négociation de la conférence internationale Genève 2. Car il n’y a pas de paix sans justice», a estimé enfin le président Pinheiro qui rappelait que la commission pense qu’ il n’y a « pas de solution militaire au conflit » et que « l’urgence est au dialogue pour mettre un terme aux atrocités de cette guerre qui met aux prises des forces gouvernementales et plusieurs groupes dans des alliances parfois mouvantes ».

(TDG)

Créé: 04.06.2013, 11h15

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