Avec le tram et le train, Annemasse fait coup double

Ces villes chamboulées par l’arrivée du Léman Express 3/4Les nouvelles connexions s’accompagnent d’une frénésie bâtisseuse qui change la ville. Et devrait doper le commerce.

La gare, encore en travaux, au coeur d'un secteur qui change beaucoup.

La gare, encore en travaux, au coeur d'un secteur qui change beaucoup. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Une montagne de mandarines, des oignons gros comme des melons et des sacs de millet empilés contre la vitrine. À deux pas de la gare, c’est la devanture typique d’une épicerie arabe, débordante et généreuse, avec son ballet de voitures garées en double file jusque tard le soir. La «Boucherie Halal» attire du monde loin à la ronde. Plus pour longtemps. La frénésie constructive qui s’est emparée d’Annemasse aura raison de cette petite bâtisse, bien trop proche de la gare.

«J’ai rendez-vous avec le promoteur, dit Yassin, son patron. Le bâtiment va être démoli. Je dois partir mais, de toute façon, c’était devenu trop petit.» Ce commerçant à la carrure imposante ne s’en fait pas trop. Il voit plutôt d’un bon œil le développement en cours, favorable aux affaires.

Le secteur de la gare est devenu méconnaissable. C’est un énorme chantier qui voit fleurir une quantité impressionnante de bâtiments. Ici du logement, là des bureaux ou des hôtels, ou encore un énorme parking en silo de 500 places. Une gare qui sera encore en travaux à l’arrivée du Léman Express, le 15 décembre. L’ancienne station est en rénovation et sera englobée sous un vaste avant-toit, lui aussi en construction. Mais le passage sous-voie est flambant neuf, prêt à accueillir sa cohorte de passagers.

«Ce sera la quatrième gare de Rhône-Alpes avec des dizaines de milliers de voyageurs, relève Bruno Venzin, dans son atelier de vélos. C’est beaucoup, alors qu’on part de presque rien.» Le marchand de cycles se souvient de la kyrielle de petits bistrots qui bordaient la rue du Dr Favre. «Plein de Genevois venaient y manger.» Un grand immeuble moderne a pris la place. Mais pas trop de nostalgie. «Tout le monde attend de voir ce qui va se passer. On devrait retrouver du dynamisme.»

Plusieurs commerçants se plaignent d’avoir vu leur chiffre d’affaires baisser ces derniers mois. En raison des travaux, mais aussi du nouveau schéma de circulation, qui a rendu la vie des automobilistes plus compliquée. Ce coup de mou n’a pas épargné Chablais-Parc, le nouvel emblème commercial à mi-chemin entre la gare et la mairie. Deux grandes enseignes ont même fermé. «Mais c’est à mettre sur le compte de stratégies prises au niveau national», tempère un jeune courtier.

Six salles de cinéma

L’arrivée du train et du tram devrait relancer le commerce. C’est en tout cas l’avis général. «Ils vont drainer davantage de pendulaires en ville qui, avant, se déplaçaient en voiture, poursuit ce courtier. Et l’arrivée prochaine de six salles de cinéma à Chablais-Parc est très attendue. Ce sera plus pratique que d’aller à Archamps.»

L’arrivée du CEVA a surtout un fort impact sur le logement. Si Annemasse multiplie les constructions, c’est en bonne partie grâce aux nouvelles opportunités qu’offre le train. «Des Français qui ont acheté une maison dans l’arrière-pays décident de s’installer à Annemasse, relève Maïca Dessormière, directrice d’une agence immobilière. Leurs enfants ont grandi, ils n’ont plus envie de faire le taxi et iront travailler en train à Genève.»

Nouveaux habitants

Les habitudes changent. On l’a déjà vu avec l’énorme succès de la Voie verte, assaillie par les cyclistes. «J’ai même vendu des appartements sans parking», relève la directrice. On dit aussi que des Français installés à Genève ont acheté à Annemasse, histoire de revenir au pays.

Cet engouement fait-il grimper les prix? «Des propriétaires souhaitent vendre en pensant effectivement que les prix ont beaucoup augmenté, relève Maïca Dessormière. Mais ils déchantent parfois. Car malgré le CEVA, les salaires n’ont pas augmenté. Et si la demande est forte, l’offre est aussi très abondante. C’est surtout dans le neuf que les prix ont augmenté. Mais je dis aux gens de se méfier. S’ils achètent trop cher, ils ne feront pas de plus-value dans dix ans.»

Créé: 05.12.2019, 07h10

«On attend le CEVA avec impatience»

Avec le 61, il faut compter quarante minutes pour relier Rive à Annemasse à l’heure de pointe du soir. De quoi visionner une série sur Netflix. Un bus bondé et surchauffé qui roule au pas dans les dédales d’Ambilly. Alors, même si les chauffeurs ici sont sympas et causants, c’est la délivrance à l’arrivée. «Le CEVA, on l’attend avec impatience, glisse Thierry, un infirmier qui travaille dans un EMS près de la gare. Ce sera clairement une solution intéressante.»

Kamel, aide-soignant, y pense aussi. Même s’il a quelques inquiétudes sur les tarifs. «Ils m’ont l’air assez compliqués, à ce que j’ai lu dans la «Tribune», mais je vais aller me renseigner.»

Sam, une jeune étudiante, espère aussi que le train lui facilite la vie. Elle fait souvent les trajets entre Vétraz-Monthoux et Bernex. «Il m’a fallu trois heures l’autre jour. Alors, si le train peut me faire gagner du temps...»

Madeleine se dit «Genevoise de Plainpalais» et elle en a l’accent. La soixantaine, médecin généraliste, elle s’est installée à Annemasse depuis plusieurs années, mais elle tient son cabinet au centre-ville. Elle a déjà pris son abonnement pour le train. «Ce soir, j’ai mis presque une heure et demie pour rentrer. Bon, il y avait un accident.»

Elle a déjà programmé son parcours. «Je descendrai à Champel, puis je ferai le reste à pied, ça me fera de l'exercice», dit-elle en tirant sur sa clope. «Je vais gagner du temps, je pourrai bosser une heure de plus!» Son nouvel abonnement annuel lui a coûté 952 francs, de quoi voyager sur le réseau suisse et français. «Avant, je payais 30 francs de plus!»

Elle se réjouit aussi de retourner au Grand Théâtre. «Je n’y allais plus car il n’y a plus de bus après le spectacle.» Avec le CEVA, tout change.
C.B.

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