Au Cycle de Drize, les élèves font leur retenue à la maison

PédagogieLa retenue traditionnelle a perdu de son effet dissuasif. Le DIP délocalise la punition au domicile de l’élève.

Les élèves punis de retenues devront désormais les effectuer depuis chez eux. Le travail à effectuer devra être présenté en classe le lendemain matin.

Les élèves punis de retenues devront désormais les effectuer depuis chez eux. Le travail à effectuer devra être présenté en classe le lendemain matin. Image: Laurent Guiraud

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À la rentrée, une annonce de la direction du Cycle de Drize, à Carouge, n’est pas passée inaperçue: l’établissement va tester un nouveau système de retenues. Jusqu’à présent, les élèves punis devaient se rendre à l’école le mercredi après-midi pour rédiger un travail en présence d’un enseignant. Désormais, ils n’auront plus besoin de se déplacer durant leur après-midi de congé mais effectueront leur punition… chez eux!

Le système des retenues vise à sanctionner celui qui enfreint les règles de l’établissement de manière régulière et répétée. Cumuler les mauvais comportements, comme des retards, peut entraîner cette punition. «C’est le maître de classe qui décide de cette mesure, mais elle est utilisée avec modération», relève Salima Moyard, membre du bureau de l’association des maîtres de Drize (AMDRIZE). Le modèle traditionnel consiste en une, deux, voire trois heures de travail dans une classe, en compagnie d’autres élèves et sous la surveillance d’un enseignant. Le nouveau système délocalise donc la retenue chez l’élève, sans surveillance. Le travail à faire reste le même: un texte à rédiger en lien avec l’acte sanctionné, un texte à copier ou à lire avec des questions, etc. Il doit être rédigé à la main et rapporté le lendemain à 8 h.

Des «abonnés» à la punition

Si le Département de l’instruction publique (DIP) a décidé de tester un nouveau dispositif, c’est parce que l’ancien – en vigueur dans tous les cycles – ne donnait pas satisfaction. Pierre-Antoine Preti, porte-parole, explique que certains élèves sont «abonnés» à la punition. «À force de se présenter au cycle le mercredi après-midi et d’y retrouver souvent les mêmes camarades, certains intègrent cela à leur horaire et finissent par s’identifier à un groupe un peu rebelle…» Ainsi, la retenue – censée apporter un changement d’attitude – devient un moyen de s’identifier à un groupe ou d’être loin des parents. Il souligne encore que certains sont absents de manière répétée à la retenue et sont reconvoqués de semaine en semaine. «La sanction devenait donc trop éloignée de son motif et perdait de son sens.» L’AMDRIZE confirme ce constat. «Certains élèves sont en effet abonnés aux retenues, confie Julien Nicolet, membre du bureau. Ils deviennent difficiles à gérer et perturbent le climat de travail de tout le groupe.» Salima Moyard ajoute que pour certains, «la dimension dissuasive n’existe plus».

Des raisons économiques ont-elles aussi pesé dans la balance de ce changement? Sans élèves à surveiller, plus besoin de mobiliser un surveillant… Le DIP soutient que non. «Un maître devra être rémunéré pour préparer le travail, le contrôler, contacter les familles en cas de travail non rendu, assurer le suivi de la sanction.» Dans le cas où l’élève ne rend pas son travail, il pourra être convoqué pour une retenue individuelle sous la surveillance d’un doyen.

Sanction au rabais?

Une retenue est censée être une punition. Si l’élève n’a plus besoin de se rendre à l’école durant son congé, n’est-ce pas une sanction au rabais? «Non, répond Pierre-Antoine Preti. Le caractère punitif est lié au travail supplémentaire à réaliser. On introduit en réalité une gradation dans la punition: l’élève est d’abord sanctionné par un travail à faire à domicile, puis s’il enfreint à nouveau le règlement, il est convoqué pour une retenue hors du temps scolaire.»

L’AMDRIZE se dit prête à tester ce système, même s’il ne la convainc qu’à moitié. «Rien n’empêchera l’élève de passer l’après-midi à la piscine alors qu’il aurait dû être «collé» à l’école…» pointe Salima Moyard. Elle s’inquiète également d’un potentiel renforcement des inégalités sociales. «Derrière un échec scolaire et des problèmes de comportement, il y a souvent d’autres problèmes, comme des situations familiales compliquées. Ces élèves ne bénéficient pas forcément d’un bon environnement de travail à la maison; les y renvoyer n’est donc pas une solution.» Enfin, l’association estime qu’on diminue les outils de sanction à disposition du maître. Le DIP effectuera un bilan en fin d’année avec les maîtres de classe.

Créé: 10.09.2019, 08h00

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