Aspasie fait renaître les archives de Grisélidis Réal

GenèveLe Centre de documentation internationale sur la prostitution a été inauguré jeudi soir aux Pâquis.

Isabelle Boillat (à g.), coordinatrice d’Aspasie, et Marianne Schweizer, membre du comité et responsable du projet, examinent le contenu de l'un des 122 cartons d'archives.

Isabelle Boillat (à g.), coordinatrice d’Aspasie, et Marianne Schweizer, membre du comité et responsable du projet, examinent le contenu de l'un des 122 cartons d'archives. Image: Frank Mentha

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Femme de lettres, peintre et sans aucun doute la prostituée la plus célèbre de Genève, Grisélidis Réal s’est éteinte en 2005. Mais ses archives, elles, sont plus que jamais vivantes. Plus de 100 000 documents qui sont aujourd’hui dûment archivés.

Ce fonds inestimable constitue le cœur du Centre de documentation internationale sur la prostitution, inauguré jeudi soir dans les locaux de l’association Aspasie, aux Pâquis.

Des milliers de fourres plastiques

«Grisélidis était à sa façon archiviste et documentaliste, souligne Isabelle Boillat, coordinatrice d’Aspasie. Elle avait son propre système, mais elle était très méthodique. Tout était répertorié et classé dans des milliers de fourres plastiques.»

À son décès, ses quatre enfants ont divisé les archives en deux fonds, relate Marianne Schweizer, membre du comité d’Aspasie et responsable du projet. «Les documents artistiques ou personnels et les peintures ont été vendus aux Archives littéraires suisses, à Berne. Mais le fonds militant, lui, est resté à Genève.» Soit «tout ce qui concerne la prostitution, mais aussi les prisons ou l’antipsychiatrie. Grisélidis luttait contre toutes les formes d’enfermement. Les enfants nous ont légué ce fonds en 2016.»

Une militante acharnée

Que peut-on découvrir dans les 122 cartons gris impeccablement alignés sur les étagères du Centre Grisélidis Réal, au 6, rue Amat? «Beaucoup de coupures de journaux, quelques photos, de nombreux rapports provenant notamment de l’Organisation internationale du travail et de l’Organisation mondiale de la santé, d’autres issus de congrès, de colloques et de séminaires. On trouve aussi des pamphlets ou des manifestes», détaille Marianne Schweizer.

Les plus anciens documents remontent aux années soixante, quand Grisélidis se trouve encore en Allemagne. «Dès les années septante, elle a commencé à militer pour les droits des prostituées, faisant même des apparitions en public. Elle photocopiait tout et constituait des dossiers qu’elle distribuait parfois à ses clients.» Des livres provenant de sa propre bibliothèque enrichissent celle d’Aspasie, déjà bien fournie.

Le véto du Conseil d'État

De son vivant, la péripatéticienne avait d’ailleurs eu l’idée de créer un centre de documentation sur la prostitution, «histoire de dire au monde la réalité de ce métier», relève Marianne Schweizer. C’est désormais chose faite. Mais il a bien failli ne jamais voir le jour!

En 2009 en effet, le Centre Grisélidis Réal, qui possède déjà tous les documents non triés, pense avoir trouvé le financement nécessaire par le biais de la Loterie Romande, prête à lui allouer 150 000 francs. Mais le Conseil d’État s’y oppose et le projet capote.

Il renaît en 2016, grâce notamment à la générosité des Fondations Jan Michalski et de la Famille Sandoz. L’an dernier, des spécialistes se sont attelés au fastidieux travail d’archivage et de conservation. Aspasie espère désormais pouvoir engager un documentaliste, afin de répondre au mieux aux demandes du public. (TDG)

Créé: 29.03.2019, 07h06

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