Antonio Hodgers, un débutant prometteur qui irrite l’Asloca

Bilan du Conseil d’Etat (3/8)L’écologiste en charge du logement a passé sa première année au Conseil d’Etat sans anicroche. Mais les attentes sont fortes.

Image: Laurent Guiraud

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Une année. C’est trop court pour résoudre la crise du logement qui frappe Genève. A moins d’un miracle, et personne ne l’attend. Autant dire que les premiers pas d’Antonio Hodgers sont jugés à l’aune de cette limite. C’est plutôt sur la manière que sur les résultats proprement dits que nos interlocuteurs jaugent l’écologiste, l’un des plus jeunes magistrats du Conseil d’Etat.

Antonio Hodgers a pour lui le charme et les avantages de son âge. Sur ce point-là, il ratisse large. «Il est vif, rapide et il a l’intelligence du consensus, s’étonne le député MCG Ronald Zacharias. Je suis agréablement surpris.» Sa collègue de l’UDC, Christina Meissner, ne tarit pas d’éloge non plus. «Je nourris beaucoup d’espoirs pour ce jeune homme, j’en suis fan!» Ce qui lui plaît, c’est «son envie de construire ensemble, de manière concertée».

«Combattre le taureau»

Plusieurs interlocuteurs louent sa capacité d’écoute, sa volonté de trouver des solutions consensuelles et pragmatiques, ainsi que sa bonne compréhension des dossiers. Même si on estime qu’il écoute trop ses hauts fonctionnaires.

Ces compliments, on les trouve plutôt chez les députés. Ailleurs, on se montre plus réservé. Christophe Aumeunier, secrétaire général de la Chambre immobilière, déplore «sa difficulté à écouter les partenaires historiques du logement. Il a réussi à mettre sur les pattes arrière aussi bien la Chambre immobilière que l’Asloca». Le magistrat serait parfois «cassant», «impertinent». Un élu communal lâche: «Il est argentin, il veut descendre dans l’arène pour combattre le taureau.»

Avocat à l’Asloca et député socialiste, Christian Dandrès est très remonté: «Je ne suis pas satisfait. Ce n’est pas pour cela qu’on l’a élu.» Les reproches? «Antonio Hodgers ne se bat pas contre les attaques de la droite qui veulent démanteler les lois de protection des locataires, et notamment la LDTR. Il a même parfois soutenu ces modifications qui ne font que favoriser la rente foncière. Il a trop tendance à aller dans le sens des milieux immobiliers et n’est pas assez ferme sur certains principes.»

Autre source de mécontentement: le projet Praille-Acacias-Vernets (PAV). Dans la foulée de son prédécesseur radical François Longchamp, l’écologiste veut réduire le nombre de logements sociaux, fruit d’un accord politique, au motif que les opérations ne sont pas rentables. «Ces déclarations ont très mal passé, relève la socialiste Carole-Anne Kast, du Rassemblement pour une politique sociale du logement. Au lieu de réunir les partenaires de l’accord, il veut passer en force.»

Premier succès

Le PAV lui a pourtant permis de signer l’un de ses premiers succès en trouvant un accord avec les communes sur le financement des infrastructures. «Le projet était enlisé, il a réussi à le sortir de l’ornière», souligne le député Vert Mathias Buschbeck. Ce dernier loue aussi, et il n’est pas le seul, sa gestion sur les Grands-Esserts à Veyrier ou le grand déclassement sur le site de l’Etang à Vernier.

Antonio Hodgers veut être un magistrat «constructeur», mais le chemin est encore long. Forcé par la Confédération à densifier au maximum, confronté aux propriétaires de villas, face à une droite décomplexée et une gauche intransigeante au Grand Conseil, sa marge de manœuvre est étroite. «C’est d’autant plus difficile qu’il est minoritaire au Conseil d’Etat, relève Carole-Anne Kast. Mais il devrait mieux préparer sa ligne médiane.» Une critique que formule aussi le député PLR Benoît Genecand. «Sa stratégie globale n’est pas claire, difficile donc de lui donner pour l’heure un satisfecit.» Un point plus concret: le promoteur Patrick Pillet reconnaît les efforts faits en matière d’autorisations de construire. «Elles ont été nettement accélérées.»

La crise des SIG

Le magistrat est aussi en charge de l’énergie. A peine élu, il a dû s’atteler à la crise des éoliennes qui a éclaté aux Services industriels de Genève (SIG). Alors que le directeur général des SIG avait démissionné et que des cadres étaient mis sous enquête, il a fallu assainir la situation. En mai, il a nommé le libéral Michel Balestra à la présidence. Dans la foulée, alors que la décision du précédent gouvernement de revendre les parts des SIG dans leur partenaire Ennova avait échoué, Antonio Hodgers a pris l’option inverse, celle de racheter la totalité de l’entreprise tessinoise. Le calme est revenu au sein de la régie, même si l’affaire n’est pas terminée.

En matière de politique énergétique, le magistrat a repris les dossiers déjà lancés, comme le programme de prospection géothermique. Il a aussi décidé de passer la vitesse supérieure dans l’assainissement énergétique du patrimoine bâti. Les propriétaires peu diligents ont été récemment rappelés à leurs obligations, et des sanctions pourraient suivre. (TDG)

Créé: 15.12.2014, 20h01

2015: les enjeux

Antonio Hodgers va partir au front en 2015 avec un sujet chaud: il veut réduire le nombre de logements sociaux à la Praille, tout en augmentant la part de logements par rapport aux emplois. Motifs: la répartition actuelle, fruit d’un accord politique, ne permet pas de financer les opérations. Cette répartition, il veut la modifier en la soumettant au peuple. Le magistrat veut aussi créer une fondation pour le logement et devra trouver des fonds pour la capitaliser. C.B.

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