Anne Lanfranchi: les émotions à fleur de clown

PortraitIl y a exactement vingt ans, elle intègre l’équipe de clowns de l’association Hôpiclowns Genève.

Pour la photo, Anne Lanfranchi a apporté son nez rouge. L’occasion de découvrir les traits de Sidonie.

Pour la photo, Anne Lanfranchi a apporté son nez rouge. L’occasion de découvrir les traits de Sidonie. Image: Pierre Abensur

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Anne Lanfranchi est clown. Pas de ceux qui foulent la sciure des cirques. Elle, ou plutôt son personnage Sidonie, parcourt les couloirs des services pédiatriques de l’Hôpital. Rien ne la destinait pourtant à se retrouver avec un nez rouge. «Je n’avais pas une vocation particulière à faire ce métier lorsque j’étais enfant. J’ai même commencé par un apprentissage de dessinatrice en machines et j’ai travaillé un an et demi au CERN.» Mais à 25 ans, elle change de voie et devient éducatrice.

Comment le théâtre et le monde des clowns entrent dans sa vie? Cela reste un mystère, même pour elle. Une seule certitude: c’est une révélation pour la personne introvertie qu’elle était. Anne suit alors des cours en Suisse et en France puis enseigne le théâtre aux enfants et adolescents des Pâquis. Elle se produit également en spectacle à Genève.

C’est en 1996, il y a exactement vingt ans, qu’elle intègre l’équipe de clowns de l’association Hôpiclowns Genève, qui vient d’éclore. Dans le bureau où elle endosse aujourd’hui aussi le rôle de directrice, aucune trace de Sidonie. Pas de déguisements sur une chaise, pas de couleurs flashy au mur ou d’accessoires aux quatre coins de la pièce. Aucune trace ou presque… Parce que là où il y a Anne, il y a Sidonie. «L’origine de ce personnage, c’est moi. Le clown s’inspire de mes qualités, de mes défauts, et il en joue. Je suis par exemple plutôt maladroite dans la vie, alors j’ai donné cette maladresse à mon clown. J’aime jouer de ce que je suis.»

Saisir au vol les émotions

Côtoyer des enfants malades n’est pas sans conséquences. Si c’est Sidonie qui arpente l’Hôpital, Anne reconnaît que certaines histoires la marquent. «Je m’attache forcément aux familles et cela ne disparaît pas quand je retire mon nez», glisse-t-elle. Ces histoires, elle les partage avec les autres clowns pour garder un équilibre.

Car faire rire à l’Hôpital est un défi quotidien. Il ne s’agit pas de banaliser ou minimiser les drames, mais de ne pas les laisser prendre tout l’espace, raconte-t-elle. «Quand je rentre en civil dans l’Hôpital, je suis moins à l’aise que lorsque je suis en clown. Je prends la douleur en peine figure. Quand je suis Sidonie, je ressens les émotions, mais je suis dans le jeu, je peux en faire quelque chose, créer une rupture. Face à une personne stressée, cela peut être au moyen d’une simple phrase.» Pour l’exemple, l’expression d’Anne change, prend les traits de Sidonie. Sa voix douce et posée devient plus animée, elle s’emplit d’une énergie différente et lance avec bienveillance à un personnage imaginaire: «Wouah… vos chaussures… j’adore!» Et ça marche…

De multiples histoires de vie

Si Hôpiclowns occupe aujourd’hui une place prépondérante dans ses activités, Anne Lanfranchi travaille encore comme éducatrice à Solidarité Femmes Genève. «Ces deux activités se complètent, je rencontre d’autres personnes, d’autres histoires, mais je recherche finalement la même chose: une petite place pour le sourire face aux difficultés de la vie.»

Ce que Sidonie apporte à Anne? Un autre regard sur le monde. «Elle m’aide à prendre du recul dans ma propre vie.» Ce regard, elle le partage avec sa fille de 18 ans, adoptée au Népal en 2003. Un autre pan de la vie d’Anne, «une belle et incroyable histoire d’adaptation. Ma fille s’intéresse aux clowns, mais elle étudie la danse. D’une certaine façon, nous nous retrouvons sur le terrain de la scène et dans le rapport au public.»

Certains rencontrent Anne, d’autres Sidonie. Des deux émane le même brin de magie. Celui qui peut déclencher un sourire quand il paraît impossible. Anne confie ainsi la phrase qu’elle aime le plus entendre chez les autres: «Je ne pensais pas rire aujourd’hui.» (TDG)

Créé: 06.10.2016, 20h35

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