Andreas Meyer: «J’ai compris que les Grottes étaient intouchables»

Extension de CornavinAndreas Meyer, le patron des CFF, salue le développement ferroviaire à Genève. Même si c’est très compliqué

Les Grottes sont un symbole fort et, reconnaît Andreas Meyer, le patron des CFF, on ne peut pas envisager une solution en surface qui les touche.

Les Grottes sont un symbole fort et, reconnaît Andreas Meyer, le patron des CFF, on ne peut pas envisager une solution en surface qui les touche. Image: Steeve Iuncker-Gomez/Tribune de Genève

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Pour les CFF, Genève représente un énorme chantier. La construction de la ligne Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (CEVA) va permettre la mise en service en 2019 du Léman Express. Plusieurs projets immobiliers sont à l’étude. L’extension de la gare représente, elle, un chantier à 1,6 milliard de francs. Andreas Meyer, directeur des CFF, était lundi à Genève pour signer la convention qui entérine ce projet. Il nous donne sa vision de l’avenir du rail.

A quoi pensez-vous quand vous arrivez à la gare Cornavin?

La première fois que j’y suis venu en tant que directeur des CFF, j’avais honte tant la gare n’était pas agréable. Désormais, après sa rénovation, pour moi, c’est la plus belle de Suisse.

Le Léman Express est attendu pour 2019. Ça tient toujours?

J’ai vu les équipes ce matin; 57% du travail ont été accomplis. Nous tenons les délais.

Les rames seront suisses et françaises. Idem pour le personnel. Est-ce compliqué?

Le Léman Express est un des projets les plus complexes, notamment en raison de son caractère transfrontalier. Je regrette que la Suisse et la France ne se soient pas mises d’accord sur une flotte unique, qui aurait été plus simple à gérer. Nous allons créer une société commune où les CFF seront majoritaires à 60%. Il y a énormément d’aspects à régler et pour lesquels nous n’avons pas encore de réponse. Aurons-nous un système d’information à la clientèle compatible? Quel sera le statut des employés?

Des cheminots français en grève, cela vous fait-il peur?

Il faut que les conditions de travail offrent de part et d’autre une flexibilité et une fiabilité qui nous permettent de gérer nos lignes de manière optimale. Les mécanos suisses travailleront sous régime suisse. Je vais proposer à Guillaume Pépy, directeur de la SNCF, de nommer un responsable unique pour la mise en service du Léman Express.

Comment allez-vous convaincre les Genevois de prendre le RER?

Le Léman Express offrira un vrai plus par rapport à la situation actuelle. J’ai quelques fois essayé d’aller de Cornavin aux Eaux-Vives: c’est la galère. Le RER pourra aussi profiter des nouvelles gares, qui seront des lieux très attractifs, avec des logements, des bureaux et de centres de formation. Les Genevois seront très vite convaincus. Nous attendons 50 000 voyageurs par jour.

Genève a réussi à imposer sa solution d’extension de la gare en souterrain. On a senti une irritation des CFF, habitués à imposer leurs solutions en seigneurs.

Des seigneurs? Non, nous sommes plutôt des serviteurs. Il est vrai que j’étais inquiet car nous devions trouver une solution rapidement. Mais j’ai dû réaliser que les Grottes étaient un symbole fort et qu’on ne pouvait pas envisager une solution en surface qui les touche.

Connaissez-vous le quartier?

Je l’ai visité un jour…

Et?

J’ai proposé que les CFF offrent des logements ailleurs. Les autorités et la population ont refusé. Il faut le respecter.

La gare sera agrandie en 2031 plutôt qu’en 2025. Ennuyeux?

Ce qui compte, ce sont nos clients. Les capacités vont manquer après 2025. Nous ferons le maximum pour réduire les désagréments.

Quels sont les développements futurs du rail à Genève?

D’ici à 2030, nous allons investir 5,5 milliards de francs sur l’arc lémanique. Il faudra alors observer comment les transports publics évoluent avant de lancer d’autres projets. Les nouvelles technologies vont modifier la mobilité. Il faudra évaluer les besoins et le rôle que joueront les transports physiques dans un monde de plus en plus virtuel.

Cela veut dire qu’on ne répond plus à la demande croissante?

Il faut répondre aux besoins. Mais d’une manière générale, il faudra penser aux conséquences financières pour les clients et en particulier la relation prix-prestations. Les pouvoirs publics financent deux tiers des coûts totaux d’exploitation et de maintenance de la voie ferrée, et ces efforts vont augmenter après 2020. Jusqu’où? Si les collectivités limitent leurs dépenses, cela pourrait se répercuter sur le client. Pour limiter cela, les CFF doivent aussi réduire leurs coûts. C’est pourquoi nous avons lancé le programme d’économies Railfit 20/30.

Que faites-vous contre la menace terroriste?

J’ai toujours défendu une police des transports, qui plus est armée. C’est le cas aujourd’hui. Nous avons 260 agents et nous sensibilisons le personnel. Pour le reste, je pense que le plus efficace est de donner des moyens préventifs aux services de renseignements fédéraux.

Va-t-on limiter l’accès aux trains ou aux quais?

Non. Limiter l’accès, c’est déjà une contradiction avec l’idée de transports publics. Et installer des barrières à tous les accès de toutes les gares coûterait très cher, sans offrir de garantie.

Vous venez d’introduire le SwissPass. Satisfaits?

J’ai accompagné le contrôleur ce matin depuis Berne et j’ai constaté que cette nouvelle carte fonctionne bien. Mieux que ce qu’en ont dit les médias en tout cas, même s’il y a des détails à optimiser. Le SwissPass va permettre à toutes les entreprises de transport d’offrir des services plus simples et harmonisés. Plus tard, je peux m’imaginer qu’on puisse créer petit à petit des abonnements sur mesure. Par exemple, un abonnement général valable dans l’arc lémanique avec les transports locaux inclus.

Le transport de chlore inquiète les cantons. Que faites-vous?

Depuis quatre ans, j’ai visité nos clients pour les inciter à produire du chlore sur place. Nous avons déjà obtenu des résultats à Bâle. C’est un pas en avant: éviter de le transporter lorsque c’est possible. Mais certaines marchandises dangereuses ne peuvent être transportées que sur le rail. Qui reste le mode de transport le plus sûr.

Comment voyez-vous l’avenir des CFF?

La concurrence devient de plus en plus vive entre les différents moyens de transport. Avec les nouvelles technologies, on peut aujourd’hui comparer le temps de voyage, le prix et le confort. Et l’offre s’agrandit avec les voitures automatisées et les vélos à louer. Dans dix ans, les CFF pourront peut-être proposer des voyages porte à porte, en comprenant tous ces moyens de transport. Ce serait une immense opportunité pour nous. Nous avons les compétences pour cela et une bonne réputation. (TDG)

Créé: 09.12.2015, 08h50

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