Alisa Host sur la route, à pied et à plume

RencontreLa Genevoise de 27 ans publie le récit de son périple de deux mois sur le chemin de Compostelle. Un voyage qui a changé sa vie.

Alisa Host.

Alisa Host. Image: Olivier Vogelsang

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On lui sert la main, et ses deux coquillages nous font de l’œil. L’un est doré, pendu à son cou. L’autre est bleu, tatoué sur son avant-bras. S’il présente les mêmes contours que celui de la station-service Shell, le symbole du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle sera aisément reconnu par les pèlerins. «Quelqu’un m’avait dit un jour, cela ne sert à rien de réfléchir pendant que tu marches, c’est à la fin que tout devient limpide», nous raconte Alisa Host, sourire aux lèvres. La Genevoise publie le récit de ses deux mois d’aventure en solitaire jusqu’à Santiago, La voie des cœurs nomades, qu’elle dédicace ce jeudi 26 novembre à Payot.

Du haut de ses 27 ans, la jeune femme a déjà touché à beaucoup de domaines. A 19 ans, elle crée une maquette de la ville de Genève, qui lui vaut l’attention de la presse. Peu après, elle rejoint la régie publicitaire HP média. «Je voulais être graphiste, mais le patron a trouvé que je me vendais si bien qu’il m’a engagée en tant que commerciale…» Elle y reste cinq ans, laissant complètement de côté la peinture et les performances artistiques auxquelles elle s’essayait plus jeune. En été 2013, le vide artistique dans sa vie devient trop pesant. Elle démissionne: «Avant, je pensais qu’avoir deux mois dans une vie pour marcher, c’était impossible, on a un loyer à payer, un job à conserver, etc. » Malgré ses craintes, elle fait le pas, et les suivants, sur les 1600 kilomètres de marche de Puy-en-Velay jusqu’à Santiago de Compostela, le trajet qu’elle a choisi. Son budget? 10 euros par jour, pour dormir et manger. «Quand on a trop de confort, on n’en profite plus. C’est pourquoi je choisissais toujours les gîtes les plus ruraux et cuisinais tous les soirs mon repas. N’avoir d’autres préoccupations que de trouver un toit, de la nourriture et de soigner ses blessures, ça écarte beaucoup de soucis superflus. »

Très enthousiaste au début, notamment grâce à la rencontre de nombreux autres pèlerins, elle connaît un grand moment de doute 12 jours avant la fin de son parcours: «En Espagne, j’avais une infection au talon et un début de tendinite. J’ai ensuite trébuché sur mes lacets et chuté face contre terre, mon sac de 15 kilos sur le dos. J’ai eu le nez fêlé et des bouts de peau arrachés. Je ne suis pas croyante, mais j’y ai vu une épreuve du destin: j’ai toujours eu la phobie d’être défigurée. J’ai hésité à abandonner là. Mais guérir sur le chemin c’est tout de même plus enthousiasmant que guérir seule chez soi sans avoir terminé et sans savoir quoi faire de sa vie. J’ai fini le pèlerinage le visage bandé, sans dire un mot, sans plus me lier à personne. Il fallait encore traverser la montagne, il faisait très froid, les vêtements ne séchaient pas dans les gîtes, c’était l’horreur! Mais de l’autre côté, enfin, le soleil est apparu. Je suis arrivée à Santiago fin octobre, le jour de mes 25 ans. » A-t-elle eu la révélation qu’elle attendait? «Oui. En rentrant à Genève, j’ai directement pensé que j’aimerais travailler dans la transmission. Depuis, je suis à mon compte et je donne des cours d’anglais et de français. En deux ans, j’ai récupéré le niveau de vie matérielle que j’avais lorsque je travaillais dans la publicité.»

Dans le livre, les personnages se rencontrent, se croisent, s’attendent ou non, se retrouvent par hasard. Et en vrai? «Sur le chemin, on appartient à la grande famille des pèlerins. On garde des liens très forts avec les gens que l’on rencontre. Certains sont mes meilleurs amis aujourd’hui, on s’écrit tous les jours sur What’s App. » Quant à l’idée du livre, elle a germé plus tard: «Sur le chemin, j’écrivais chaque jour de petites notes factuelles. Bien après mon retour, j’ai repris ce carnet de bord et en ai fait de longs mails à mes parents, pour leur raconter ce que j’avais vécu et pourquoi. J’ai étoffé ces textes de souvenirs et d’émotions. » Et de cette correspondance est né son ouvrage.

Note: «La voie des cœurs nomades» Ed. Plan Vert, 345 p. Dédicace à Payot Rive gauche jeu 26 de 18 h à 19 h 30

Créé: 25.11.2015, 11h07

Bio express

1988 Naissance à Meyrin, le 27 octobre.

2007 Création d’une maquette géante de la ville de Genève, qui lui vaut un article dans Le Matin Bleu.

2008 Co-fondation d’un collectif de performances «The bigger pineapple».

2010 Elle réussit le concours d’entrée de la HEAD à Genève.

2013 Après cinq ans chez HP media, Alisa démissionne et part deux mois sur le chemin de Compostelle. A son retour, elle lance ses propres cours de langues.

2014 Participation à une expo collective à Miami, en Louisiane et au Texas.

2015 Sortie de La voie des cœurs nomades.

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