A la Coop et sur les chantiers, les jeunes font converger la lutte

Grève du climatEn marge de la manifestation, des élèves ont rencontré des travailleurs pour échanger et élargir le mouvement.

Vendredi matin, neuf étudiants se sont rendus sur un chantier aux Charmilles pour échanger avec les ouvriers.

Vendredi matin, neuf étudiants se sont rendus sur un chantier aux Charmilles pour échanger avec les ouvriers. Image: Georges Cabrera

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Pour bon nombre de jeunes, la journée de mobilisation de vendredi ne se limitait pas à faire grève et à manifester: certains ont organisé des activités dans leurs établissements et plusieurs dizaines d’autres sont allés à la rencontre de travailleurs sur le terrain de l’industrie, du tertiaire et du bâtiment. «Ces employés n’ont pas la possibilité de nous rejoindre dans la rue car on ne peut pas faire grève pour motifs politiques en Suisse», explique Enora, collégienne et membre du comité du mouvement des jeunes genevois pour le climat.

Les élèves sont donc allés à leur rencontre. Aux Hôpitaux universitaires de Genève, chez Rolex, à la Coop et sur un chantier aux Charmilles, le tout organisé avec le syndicat Unia. «Il dispose de contacts et d’un réseau que nous ne possédons pas», souligne Enora. Pour autant, la démarche du jour n’est pas syndicale et le mouvement se revendique toujours «apartisan». «On instaure simplement des collaborations.» Ces rencontres ne donnent pas non plus dans la moralisation. On ne vient ni reprocher d’utiliser sa voiture ou ni conseiller de manger bio. «On n’est pas des donneurs de leçons, d’ailleurs vu mon mode de vie je ne me le permettrais pas!» relate Hadrien, élève de 19 ans à au Collège Candolle.

«Il faut devenir une force capable de toucher patronat et industries»

Leur but tient en une phrase: créer un dialogue, faire converger les luttes et élargir le mouvement. Charles, en 2e année de droit à l’Université, soutient que «sans convergence, le mouvement finira par s’essouffler. Il faut devenir une force capable de toucher le patronat et les industries.» Solal, 16 ans, à l’image de ses camarades, est lucide: «Si les jeunes sont une force, ils ne sont pas un levier suffisant pour changer le système. Nous avons besoin des travailleurs.» Et de citer mai 68 en guise d’illustration.

À 9 h 15, à la Coop de Blandonnet, le gérant a informé les employés et accepté d’ouvrir la salle de pause à trois élèves. L’accueil est bienveillant mais autour de la machine à café, on répond souvent poliment ne pas avoir le temps. Les élèves le comprennent, «ils n’ont que 15 minutes de pause alors ils veulent en profiter».

Se rassembler face à un «même ennemi»

Une autre délégation de jeunes s’est rendue sur le chantier des Charmilles. Il est midi, dans le baraquement cuisine on tombe le casque et on allume la gazinière. «Ça consiste en quoi votre truc?» demande un ouvrier aux neuf élèves présents. La discussion s’engage par petits groupes, entre une casserole qui frémit et des volutes de merguez. Sous les chasubles, il y a d’abord quelques haussements d’épaules. «C’est bien ce que vous faites les gars. Mais ça ne suffit pas pour changer les mentalités.» Un autre relève: «Il a fallu deux générations pour que le recyclage devienne un réflexe. Alors imaginez pour changer tout le système!» Si les voix sont fatalistes, elles sont aussi honnêtes: «Les gens, ici, ce sont les factures qui les préoccupent, pas le climat. On se bat davantage pour nos salaires que pour notre planète.» Certains sont plus optimistes et engagés. «Les consciences sont en train de changer. La fin du monde et nos fins de mois, c’est pareil!»

Le débat est nourri, les arguments pertinents, les échanges constructifs. On parle de décroissance, de taxe carbone en France, du recyclage sur les chantiers à Genève. Les élèves veulent montrer que tous peuvent se rassembler sous des revendications communes, face à un «même ennemi». «Le réchauffement climatique et vos problèmes de conditions de travail ont la même source: la course au profit et la croissance effrénée.» Un chef de chantier acquiesce avant de fustiger l’inaction des gouvernements. «On voit qu’ils ne veulent pas changer le système, sinon le kérosène serait plus lourdement taxé, entre autres exemples. Et tant que les industries ne gagnent pas d’argent à changer, elles ne bougeront pas.»

Après près d’une heure sur place, il est temps de quitter le chantier. Un ouvrier souriant lance en se tenant le ventre: «Il y a un climat intérieur qui a faim, au revoir et merci les jeunes!» (TDG)

Créé: 15.03.2019, 19h00

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