A Genève ils vont manifester pour l'égalité avec les bêtes

SpécismeLes antispécistes souhaitent «un vrai débat de fond sur notre rapport aux animaux»

François Jacquet milite pour l’émancipation des animaux
au nom du principe éthique d’égalité.

François Jacquet milite pour l’émancipation des animaux au nom du principe éthique d’égalité. Image: Olivier Vogelsang

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Pas de bestialité dans l’air, ni de vindicte extrémiste, les antispécistes sont venus parler sagement de leur cause. Leur cri de guerre reste inéluctablement le même, «Pour l’égalité animale», nom de leur association suisse (PEA) créée il y a plus d’un an. Ces inébranlables défenseurs des droits des animaux ont décidé de manifester pacifiquement pour promouvoir leurs idées. Le 22 août, une marche mondiale pour la fin du spécisme se tiendra dans les rues de la Cité de Calvin, mais aussi à Toronto, à Montréal ou encore à Los Angeles.

«Le mot spécisme est calqué sur les termes «racisme» et «sexisme». Ce terme peu connu désigne la discrimination sur la base de l’espèce, éclaire François Jaquet. Seules les discriminations basées sur un caractère arbitraire sont injustes.» Ce doctorant en philosophie à l’Université de Genève entame un discours épineux, qui pourrait choquer certains: «Nous traitons les animaux différemment des humains sur la seule considération qu’ils appartiennent à une autre espèce et qu’ils n’ont pas les mêmes capacités cognitives. Mais les handicapés, vieillards ou séniles ont moins de capacités cognitives que certains animaux.» Le ton est donné.

Pas d’instrumentalisation

Au-delà de la philosophie, les antispécistes ont des attentes concrètes. «Nous cherchons à soulever un débat de fond sur notre rapport aux animaux et faire entendre nos revendications politiques. Il faut prendre le spécisme au sérieux, insiste Yves Bonnardel. Nous demandons des changements: abolir le statut de propriété de l’animal; mettre fin à la chasse, la pêche, l’élevage, à l’abattage, et même supprimer la consommation de viande!» Pour ce fervent défenseur de nos congénères non dotés du langage, il est aussi impératif de changer la recherche scientifique et l’expérimentation animale dès lors qu’elle serait intolérable sur des humains. Il propose entre autres de différencier les êtres vivants sensibles des autres. Du spécisme chez les antispécistes?

Des questions restent en suspens. Quel statut juridique pour l’animal s’il n’est plus objet de propriété? Anushavan Sarukhanyan imagine quelques pistes: «On pourrait créer de nouvelles infractions pénales pour commencer, comme la répression de l’instrumentalisation des animaux, sans abolir leur statut actuel. Enfin, on pourrait requalifier les propriétaires de gardiens ou tuteurs pour représenter les droits et intérêts de leurs bêtes.» La brèche est ouverte, reste à savoir jusqu’à quel point ce discours touchera le public suisse. Un premier indice sera la fréquentation à la marche de samedi. Les organisateurs n’avancent aucun chiffre.

«Un peu contradictoire»

Dans le monde agricole, le mouvement énerve. Le conseiller national Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suisse des paysans, proteste: «Chacun doit pouvoir exprimer son opinion, mais je ne partage pas du tout la leur.» Le PLR fribourgeois déplore les motivations utopiques des antispécistes. «Il est indispensable de différencier les animaux domestiques des animaux de rente. Je trouve le discours des militants un peu contradictoire. Comment pourrions-nous imaginer supprimer la chasse? Que fait-on de la régulation des espèces?» s’insurge-t-il. Selon lui, la loi suisse est déjà très sévère. «On peut toujours améliorer les choses, mais notre politique agricole tient déjà compte du bien-être des animaux pour l’élevage et l’abattage, poursuit-il. Nous attachons par exemple de l’importance aux espaces ouverts pour les vaches laitières, et nous accordons un grand respect vis-à-vis de la protection des ressources naturelles.»

Et si l’on devait changer nos habitudes alimentaires? Jacques Bourgeois se montre catégorique sur ce point: «Chacun est libre de choisir ce qu’il veut manger, et de ne pas se priver d’un bon coup de couteau dans de la viande. J’aimerais entendre leurs arguments sur la couverture des besoins protéiques si on supprimait la viande de notre consommation.» C’est dit, le politicien ne sera pas le premier à bouleverser les étages de son frigo pour rejoindre la cause des anti-spécistes. (TDG)

Créé: 18.08.2015, 21h38

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