A Genève, des historiens fans de séries comme «Game of Thrones»

UnigeLa Maison de l'histoire s'est fait une spécialité de l'étude des séries télévisées. Elle a analysé Game of Thrones mais aussi Zorro, ou Kaamelott.

Chaque automne, l'Université de Genève organise un cycle de conférences sur les séries TV décryptées par des historiens. Deux tomes, consacrées aux saisons 1 et 2 ont été en outre publiées.

Chaque automne, l'Université de Genève organise un cycle de conférences sur les séries TV décryptées par des historiens. Deux tomes, consacrées aux saisons 1 et 2 ont été en outre publiées. Image: www.unige.ch/thehistorians

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L'Université de Genève a publié deux tomes «Saison 1 et 2» de ses décryptages érudits des séries télévisées. Après sa Web série consacrée à Kaamelott, la Maison des historiens a sorti chez Georg Éditeur «The Historians» un premier volume dans lequel cinq séries sont passées au crible par des universitaires genevois. Dans la Saison 1, Kaamelott voisine avec «Vikings», «Les Tudors», «The Knick» et «Masters of Sex». Dans la Saison 2, les cours publics «The Historians» traitent des séries «Rome», «Walking dead», «Zorro», «Penny Dreadful». Malheureusement, la série «Game of Thrones» qui a fait l'objet d'une conférence la même année (2017) ne figure pas au sommaire de ce deuxième livre. La Saison 3 consacrée aux séries «Bates Motel», «Taboo», «Mindhunters», «Ku’damm 56 »(Berlin 56), «Narcos», «Versailles» et «Indian Summers» devrait suivre après les conférences données l'automne dernier. Une Web série coproduite par« RTS découverte» et La Souris verte donne la parole à nos historiens de l'Unige.

Dans la «Saison 1»

Dans la première saison, on découvre que la série de «short», des épisodes courts, absurdes et jouant d'anachronismes «Kaamelott», inspirée de la geste des chevaliers de la table ronde par l'humoriste Alexandre Astier, est plus proche de son inspiration historique médiévale que «Vikings» de ce que l'on sait aujourd'hui de ces navigateurs du Nord qui pillèrent et s'installèrent dans les royaumes de l'actuelle Grande-Bretagne ou de France.

L'humour de la série, et c'est là la performance, souligne parfois des traits des romans médiévaux de la légende arthurienne, dont le plus célèbre est celui de Chrétien de Troyes. Quand le rire naît de la perplexité des chevaliers quant à la nature du Graal, objet de leur quête, Astier fait allusion par l'humour aux débats réels qui ont eu lieu sur la nature du Graal. Il traite également de la chute de l'Empire romain et de l'occupation du Royaume de Bretagne jusqu'au mur d'Hadrien. Mais le plus savoureux est le personnage de Perceval, décrit comme un parfait benêt dans la série. Or, Chrétien de Troyes le décrit bien comme ignorant. La phrase «C'est pas faux» est ainsi le gimmick du personnage.

En revanche, la série «Vikings »qui ressemble tant à l'image que l'on se fait de ces guerriers venus du Nord, n'a guère de substrat historique. Les auteurs soulignent que de nombreuses références de la série sont tirées de l'Edda, un texte du XIIIe siècle, en décalage donc avec une histoire qui se déroule au VIIIe siècle. Les scénaristes de la série seraient donc coupables de mythographie plus encore que d'anachronisme.

A propos des Tudors, nos historiens citent leurs collègues britanniques qui critiquèrent la vision américaine de l'histoire d'Angleterre, qui provoque une distorsion. Mais leur indulgence est grande quant à la dramatisation nécessaire de scénaristes soucieux d'accrocher le télespectateur. L'un des plus critiques, David Starkey, auteur de documentaire historique sur la période a pourfendu à sa sortie, «l'ignorance des faits historiques» dans cette série, voire son «arrogance». La presse, elle, qualifiait sur un ton humoristique la série de «Sex and the Tudors» ou de «Six desperate housewives of Henri VIII» en référence à la série «Desperate housewives».

Dans leur tentative de sauver la série, nos historiens voient dans la multiplication des scènes sexuels, une parabole sur la puissance et la domination du roi, et dans l'affaiblissement de sa virilité au cours des trois saisons, la métaphore de son vieillissement qui n'apparaît pas autrement à l'écran, sinon par la présence de la maladie ou du handicap. L'analyse des scènes de sexe est encore plus poussée par la suite avec un décryptage lacanien de l'onanisme du roi...

Enfin, les auteurs s'intéressent au portrait fait de deux reines, Anne Boleyn et Katherine. Une fois encore, c'est la référence aux sources documentaires historiques qui ont inspiré la série, qui donne des clés. Enfin, des erreurs historiques sont soulignées comme le fait que Charles Quint parle dans la série avec un fort accent espagnol alors qu'il était de langue française ou la présence de la coupole de la basilique Saint-Pierre qui a été achevée que postérieurement dans une scène à Rome.

L'article de «The Historians» s'applique ensuite à traiter de la «figure» du roi. Notamment parce que la production a choisi un acteur au physique avenant, loin de l'image du monarque. Il n'est pas roux, est plus petit, et son corps glabre correspond plus aux standards de notre époque qu'à ceux du XVIe siècle. Cependant, les auteurs trouvent intéressant que l'image que l'on a dans l'imaginaire collectif, celui d'un roi vieux, barbu, obèse, soit remise en cause. Car oui, Henri VIII a aussi été jeune et beau, comme le rapporte des ambassadeurs vénitiens, qui le trouvent, à 29 ans, plus beau que le roi de France, François 1er.

Dans la «Saison 2»

La Saison 2 s'ouvre sur «Penny dreadful», littéralement «le sou de l'horreur». Son titre s'inspire en effet de feuilletons imprimés coutant un petit penny et visant une clientèle de jeunes gens de la classe ouvrière britannique. Ces histoires se déroulent dans le dédale du Londres des pauvres, celui où rôde Jack L'éventreur. Un des feuilletons qui inspire la série, c'est «Les mystères de Londres», lui-même inspiré des Mystères de Paris, le roman d'Eugène Sue. Le loup-garou de la série, une figure de la littérature fantastique, ou le «Barbier diabolique» sont également tirés de ces petits périodiques.

Avec the «Walking dead», on pouvait se demander ce que des historiens diraient sur cette histoire mettant en scène des morts-vivants. Cette fois, ce sont les représentations de la mort en Occident qui sont convoquées. On fait ici le parallèle entre les scènes de Danse macabre, nombreuses au Moyen-Age mais aussi des «transis», des gisants représentés non dans leurs plus beaux atours mais dans l'effrayante image d'un corps en putréfactions et l'image des morts-vivants de la série. On peut aussi citer les vanités, ces peintures montrant une tête de mort, pour rappeler aux hommes, qu'ils sont tous mortels. Et bien-sûr, les zombies de la religion syncrétique vaudoue en Haïti qui fascinèrent en Occident dés le XVIIe siècle.

Avec« Rome», on est plus près de l'histoire en tant que telle, au temps des guerres civiles romaines. Les historiens genevois soulignent le minutieux travail de la production sur les décors, les costumes et la vie quotidienne à Rome, capitale de l'Empire.

À propos de «Zorro», le second volume de« The Historians» rappelle la figure du bandit d'honneur médiéval comme Robin des Bois pour montrer qu'il est souvent un aristocrate spolié, qui ne supporte pas l'oppression des pauvres et qui est nostalgique du bon roi, alors qu'il vit sous le joug d'un régime dur.

«The Historians», Saison 1 et 2, Les séries TV décryptées par les historiens, Université de Genève, Georg Editeur, 2017. En vente dans les librairies genevoises.

Créé: 15.04.2019, 12h05

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