A 27 et 40 ans, Leticia et Leslie ont fait leur rentrée scolaire

Enseignement Mamans célibataires, employés ou jeunes en rupture ont repris les cours au Collège pour adultes, «l’école de la deuxième chance».

Leticia, 27 ans, et Leslie, 40 ans, suivent le cursus pour obtenir la maturité, en deux ou trois ans.

Leticia, 27 ans, et Leslie, 40 ans, suivent le cursus pour obtenir la maturité, en deux ou trois ans. Image: L. GUIRAUD/S. IUNCKER-GOMEZ

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La semaine passée, c’était la rentrée scolaire. Leticia et Leslie ont elles aussi repris le chemin de l’école. Particularité: elles ont respectivement 27 et 40 ans. Elles font partie des 620 élèves du Collège pour adultes Alice-Rivaz (Copad). Comme elles, ils sont de plus en plus nombreux à reprendre des études (lire l’encadré). Des motivés qui travaillent d’arrache-pied pour concilier études, famille, voire emploi. Et s’offrir un autre avenir.

«Pour mon avenir et le sien»

Un avenir qui corresponde à ses aspirations, c’est ce qui porte Leticia de Freitas. «C’est inconcevable pour moi de faire un métier que je n’aime pas. Je rêve d’être enseignante au primaire. Or sans le certificat de maturité, c’est impossible. Alors j’ai repris l’école.»

Cette Brésilienne arrive à Genève à 14 ans, sans parler français. Elle s’accroche et entre au Collège à 17 ans. «En 4e année, je suis tombée enceinte. Ma grossesse était compliquée, je devais être alitée. J’ai donc dû interrompre mes études, à trois mois des examens…» Elle rejoint ensuite le père de son enfant en Finlande avant de revenir à Genève un an plus tard. «Peu après, à 23 ans, j’ai tenté de reprendre mes études, au Copad. J’ai tenu plusieurs mois mais, avec mon fils et mon emploi à 100%, c’était invivable.»

Pas question pourtant d’abandonner. Pendant deux ans, la jeune femme enchaîne les petits boulots et met de l’argent de côté. «L’an passé, j’avais finalement assez d’économies pour me relancer dans les études.» Elle intègre le dispositif pour obtenir la maturité gymnasiale en deux ans (elle a pu faire comptabiliser une partie de ses acquis). Un rythme intensif, de 16 h 45 à 21 h, cinq jours par semaine, en plus des devoirs. Pour payer la nounou – «il n’y a pas de crèche ni de maman de jour à ces heures-là» – elle déménage dans un appartement plus petit, fait une croix sur les loisirs. «J’ai tenté d’obtenir des aides, mais il n’y a pas de bourse pour ce type d’études. Et il n’y a pas de structure de garde pour les enfants au Copad, ce serait pourtant nécessaire.» Et de relever qu’il y a «heureusement» une belle entraide entre les étudiants, «et les profs s’investissent énormément pour nous».

Jeudi, Leticia a donc fait sa rentrée. Son fils aussi, pour la première fois. Lorsqu’il finit l’école, à 16 h, sa maman, elle, entre en classe. «On ne se verra pas beaucoup, c’est vrai… mais c’est pour mon avenir et le sien.»

«Me redonner des objectifs»

Leslie, 40 ans, a elle aussi un parcours atypique. En troisième année du Collège, elle tombe enceinte à 17 ans et interrompt ses études. La communauté religieuse à laquelle elle appartient alors l’incite à faire adopter sa fille à l’étranger. «J’aurais évidemment voulu la garder. Mais je me suis retrouvée seule, livrée à moi-même. Une famille d’accueil pouvait lui offrir de meilleures conditions de vie. Ça a été un traumatisme. Mais je vais bientôt enfin la voir car elle vient en Suisse! Ce sera une délivrance. Elle a aujourd’hui 21 ans…»

Après la mise en adoption, Leslie enchaîne les emplois, se forme sur le tas, dans les assurances et études d’avocats, chez Swiss. A 22 ans, elle donne naissance à son fils, qu’elle doit élever seule deux ans plus tard. Mais, en 2012, elle craque. «Je ne pouvais juste plus.» Elle est prise en charge par l’AI. «Ça m’a aidée à me reconstruire. Et puis, un jour, j’ai eu besoin de me redonner des objectifs. J’ai donc décidé de reprendre mes études. C’était aussi une manière de boucler la boucle.»

Ainsi, dix-huit ans après avoir quitté les bancs du Collège, elle retourne en classe pour passer sa matu en trois ans. Il faut s’organiser, se discipliner, affronter les remarques du fils à qui elle manque. «C’était aussi particulier de se retrouver avec des jeunes de 20 ans. On s’entendait vraiment bien, même s’il y avait parfois un décalage, ils parlaient de sorties quand je cherchais comment concilier rôle de mère et devoirs d’étudiante!»

L’année propédeutique se termine avec succès, «5,6 de moyenne!» Mais alors qu’elle entre en première année, son père tombe malade et ne quitte plus son lit d’hôpital. Elle passe plus de temps à son chevet qu’en cours. «J’ai fini par décrocher…»

«Je le fais pour la bataille»

Deux ans plus tard, la battante retourne au front, à 39 ans. «J’ai mis de côté mes loisirs, abandonné le hip-hop et le chant.» Elle ajoute: «Mon fils de 16 ans me dit parfois: «A quoi ça sert tout ça, pourquoi tu vas pas bosser plutôt?» Je lui explique que le diplôme n’est pas une fin en soi. Je le fais pour la bataille que ça représente. C’est un cheminement, qui m’amène à grandir.»

Et de relever combien le Copad est une «aubaine», «une école qui donne une deuxième chance». Et après la matu? «J’aimerais étudier la psychologie, notamment pour soutenir d’autres jeunes filles qui ont vécu la même expérience que moi, pour leur expliquer qu’elles ont le droit d’avoir le choix.» (TDG)

Créé: 03.09.2017, 21h16

«La formation pour adultes a le vent en poupe!»

Le Collège pour adultes Alice-Rivaz (Copad) n’est pas une école comme les autres. La moyenne d’âge de ses 620 élèves avoisine les 27 ans, les cours ont lieu le soir et le samedi. Il propose plusieurs formations, dont l’obtention de la maturité gymnasiale. C’est le cursus le plus fréquenté, avec 230 étudiants l’an passé. Selon le niveau de l’étudiant et ses études antérieures, le programme s’étale sur deux à quatre ans.
Ce Collège propose également le dispositif «passerelle Dubs», initié par l’ancienne présidente de la Confédération Ruth Dreifuss.
Il permet aux détenteurs d’une maturité professionnelle ou d’une maturité spécialisée d’entrer à l’Université (alors que ces titres seuls n’ouvrent que les portes des Hautes Ecoles spécialisées, professionnelles et pédagogiques). Les inscriptions augmentent chaque année (140 en 2016).

Enfin, le Copad offre une formation en culture générale, nécessaire à l’obtention d’un Certificat fédéral de capacité (CFC) ou, pour ceux qui visent le premier stade de qualification, d’une attestation fédérale de formation professionnelle (AFP). «Ce programme est placé sous l'égide de l’Office pour l’orientation et la formation professionnelle et continue. Il est destiné prioritairement aux personnes qui exercent une activité à Genève, avec une certaine expérience et qui possèdent parfois une certification de leur pays d’origine mais pas de diplôme suisse», explique Christophe Hauser, directeur du Copad. Alors que de nombreux employeurs exigent un titre suisse, ce dispositif permet
à l’employé d’acquérir les compétences générales relatives à un niveau de qualification de CFC/AFP. L’an passé, plus de 270 candidats ont suivi ce programme, dont les effectifs sont en augmentation constante. «La formation pour adultes
a le vent en poupe!» résume le directeur. Comment expliquer cet engouement? «Aujourd’hui, sans diplôme, on est perdu. Et on change très souvent de métier, il devient de plus en plus rare de commencer dans une profession et d’y rester jusqu’à la retraite.» Christophe Hauser tient à relever que le Copad n’est pas seulement une école qui délivre un diplôme. «Il a une fonction de réintégration sociale et professionnelle pour des personnes qui ont rencontré des problèmes scolaires, professionnels ou
de santé et qui ont envie de reprendre leur vie en main grâce à une formation.»

L’école fêtera ses 55 ans le 16 septembre. Pour l’occasion, indique Christophe Hauser – qui est entré au Copad comme enseignant en 1988 – «nous avons loué des cars et nous emmenons les usagers de l’école, anciens et actuels, à Rivaz, au bord du Léman, pour un repas et des animations».

«La formation pour adultes a le vent en poupe!»

Le Collège pour adultes Alice Rivaz (Copad) n’est pas une école comme les autres. La moyenne d’âge de ses 620 élèves avoisine les 27 ans, les cours ont lieu le soir et le samedi. Il propose plusieurs formations, dont l’obtention de la maturité gymnasiale. C’est le cursus le plus fréquenté, avec 230 étudiants l’an passé. Selon le niveau de l’étudiant et ses études antérieures, le programme s’étale sur deux à quatre ans. Ce collège propose également le dispositif «passerelle Dubs», initié par l’ancienne présidente de la Confédération Ruth Dreifuss. Il permet aux détenteurs d’une maturité professionnelle ou d'une maturité spécialisée d’entrer à l’Université (alors que ces titres seuls n’ouvrent que les portes des Hautes écoles spécialisées, professionnelles et pédagogiques). Les inscriptions augmentent chaque année (140 en 2016).
Enfin, le Copad offre une formation en culture générale, nécessaire à l’obtention d’un Certificat fédéral de capacité (CFC) ou, pour ceux qui visent le premier stade de qualification, d’une attestation fédérale de formation professionnelle (AFP). «Ce programme est placé sous l'égide de l'Office pour l’orientation et la formation professionnelle et continue. Il est destiné prioritairement aux personnes qui exercent une activité à Genève avec une certaine expérience et qui possèdent parfois une certification de leur pays d’origine mais pas de diplôme suisse», explique Christophe Hauser, directeur du Copad. Alors que de nombreux employeurs exigent un titre suisse, ce dispositif permet à l’employé d'acquérir les compétences générales relatives à un niveau de qualification de CFC/AFP. Plus de 270 candidats ont suivi ce programme l’an passé, dont les effectifs sont en augmentation constante. «La formation pour adultes a le vent en poupe!» résume le directeur. Comment expliquer cet engouement? «Aujourd’hui, sans diplôme, on est perdu. Et on change très souvent de métier, il devient de plus en plus rare de commencer dans une profession et d’y rester jusqu’à la retraite.» Christophe Hauser tient à relever que le Copad n’est pas seulement une école qui délivre un diplôme. «Il a une fonction de réintégration sociale et professionnelle pour des personnes qui ont rencontré des problèmes scolaires, professionnels ou de santé et qui ont envie de reprendre leur vie en main grâce à une formation.»

L’école fêtera ses 55 ans le 16 septembre. Pour l’occasion, indique Christophe Hauser - qui est entré au Copad comme enseignant en 1988 –, «nous avons loué des cars et nous emmenons les usagers de l’école, anciens et actuels, à Rivaz, au bord du Léman, pour un repas et des animations».

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