A 25 ans, il part conquérir le monde avec un aimant

Sécurité informatique En quelques mois, le Genevois Laurent Etienne a vendu 25'000 caches pour webcam. Portrait.

Le dispositif est simple (installé sur le haut de l’écran de son concepteur): l’aimant rond coulisse sur un rail et permet de couvrir l'objectif.

Le dispositif est simple (installé sur le haut de l’écran de son concepteur): l’aimant rond coulisse sur un rail et permet de couvrir l'objectif. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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La rencontre est déconcertante. Il y a d’abord Laurent Etienne, 25 ans, discours de chef d’entreprise parti à la conquête du monde sans même une part d’hésitation. Puis, l’objet mystérieux qu’il commercialise: un aimant rond coulissant sur un rail oblong. On retire la pellicule et le voici prêt à être collé devant la webcam de l’ordinateur, de la tablette ou du téléphone portable. Et puis? Tel un cache devant le judas, il se referme devant la caméra et protège du hacker indiscret. C’est tout. «Aujourd’hui, il existe des dizaines de programmes qui permettent en quelques clics de prendre le contrôle de votre caméra et de visionner les images si vous ne vous protégez pas, justifie Laurent Etienne. Pas besoin d’être un professionnel, j’ai essayé et réussi. Aucun logiciel n’offre de garantie; il faut empêcher physiquement le vol des images.»

On connaissait le post-it ou le bout de scotch placé devant le mouchard, le Genevois, lui, a conçu un dispositif «en dur». Il n’est pas le premier, d’autres fabricants font cela et le Web en regorge à la commande. Mais l’aplomb du jeune entrepreneur lui fait dire qu’il a inventé «le meilleur». Le plus fin du moins (0,7 millimètre), permettant de fermer l’ordinateur portable sans encombre.

Un employeur? Jamais!

Avouons-le: ce qui a attiré notre curiosité, ce sont les chiffres. Présentée depuis janvier sur la plate-forme américaine de financement participatif Kickstarter, la «privacy cover» du Genevois a déjà reçu des promesses d’achat de 6500 clients éparpillés sur la planète, engagés à acquérir 25 000 pièces à 15 dollars l’unité. La société anonyme n’est pas encore créée que les rentrées dépassent les 200 000 dollars. Les caches amovibles sont fabriqués, presque prêts à être livrés avant l’été, et le brevetage est en cours, assure Laurent Etienne.

Tout paraît si simple, si soudain. «L’idée m’est venue il y a trois ans», raconte le concepteur dans un «bar lounge» du centre-ville. Depuis, il n’a fait que penser, dessiner, améliorer son produit. Pour cela, il a appris en autodidacte à maîtriser les rudiments d’un logiciel 3D destiné aux ingénieurs. A ce moment-là, le Genevois mène des études de management international aux Etats-Unis. Désormais diplômé, il se consacre pleinement à son entreprise, lui qui ne peut concevoir son avenir au service d’un employeur. «J’ai essayé de comprendre notre époque, ce que les gens consomment et comment l’exploiter.»

D’accord, mais le chemin est encore long car il faut trouver celui qui va fabriquer le cache et son support. «Au départ, je cherchais un fabricant de pièces métalliques. Après six mois, j’ai compris qu’il me fallait en fait un spécialiste de l’aimant. Je l’ai trouvé aux Etats-Unis», dit-il. Quand les tractations démarrent, il se met en tête de produire un objet de 0,5 millimètre d’épaisseur. Les ingénieurs lui signifient que ce n’est matériellement pas possible. Un accord est alors trouvé pour réaliser deux pièces ultralégères qui mesureront finalement, l’une sur l’autre, 0,7 millimètre d’épaisseur. La firme américaine peut alors mettre en branle l’usine qu’elle possède en Chine.

Les dangers du hacking

Désormais, Laurent Etienne gère son affaire depuis le bureau qu’il emprunte à sa mère à Genève. Pour cela, il a également reçu l’aide d’investisseurs à hauteur de 12 000 francs. «Des amis m’ont aidé. Mais pas mes proches, ils n’ont jamais vraiment cru en mon projet. Il faut le dire ça, les parents démotivent trop souvent les jeunes quand ils ont une idée de start-up», lâche-t-il.

On tâte l’objet. Un gadget de plus? «La plupart de mes clients ne savent pas encore qu’ils en ont besoin», répond avec une assurance inébranlable l’entrepreneur en listant les dangers du hacking, du voyeurisme à l’espionnage industriel, en passant par le vol de données bancaires. Jusqu’où ira-t-il? Il y a quelques années, Laurent Etienne avait tenté de vendre de la Petite Arvine à New York, sans succès. Désormais, il apprend et garde ce sourire en coin qui ne trahit aucun doute: «J’ai d’autres projets, mais c’est secret. Dans ce domaine, les idées sont vite volées.»


Faut-il vraiment couvrir sa webcam?

Qu’est-ce que le fondateur de Facebook Marc Zuckerberg, le lanceur d’alerte Edward Snowden et le patron du FBI James B. Comey ont en commun? Des informations à tenir secrètes, raison pour laquelle ils ont tous été vus avec du ruban adhésif couvrant les caméras et micros de leur ordinateur. Et nous alors, simples anonymes connectés, doit-on faire de même? «Pour tout un chacun, je n’y vois pas une utilité essentielle car on n’a pas encore vu de piratage de masse de téléphones», répond Alexis Pfefferle, associé gérant de la société Heptagone digital risk management & security. En revanche, ceux qui pourraient être sujets à l’espionnage par des Etats ou des entreprises ont tout intérêt à laisser leur téléphone hors de portée de voix et de vue lorsque des sujets confidentiels sont abordés. Les autres ne doivent pas pour autant baisser la garde, notamment face aux pièces jointes d’e-mails louches ou SMS qui les invitent à cliquer.

Ainsi, le risque zéro n’existe pas. Il dépend aussi du matériel concerné, poursuit le spécialiste de la sécurité informatique. Si le piratage de la caméra d’un ordinateur est relativement aisé, grâce notamment à des logiciels accessibles en ligne, la prise de contrôle d’un téléphone portable est moins fréquente puisqu’elle ne peut se faire sans avoir physiquement accès à l’objet. «Et les derniers modèles sont plus performants en matière de sécurité, ils doivent forcément être jailbrackés (ndlr: manœuvre technique pour le débridage)», relève Alexis Pfefferle.

Quoi qu’il en soit, l’expert ne manque pas de rappeler «l’environnement anxiogène actuel et la psychose ambiante». Un environnement propice à la vente de matériel de sécurité, assurément «un bon créneau». (TDG)

Créé: 06.04.2017, 17h56

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