Plus de 80 Romandes débarquent sur Wikipédia

Egalité homme-femme La Fondation Emilie Gourd et le Service égalité de l’Université de Genève veulent combler l’inégalité de genre sur la plate-forme en ligne.

Une vingtaine de participants au projet «Biographies femmes suisses» se sont réunis à Genève.

Une vingtaine de participants au projet «Biographies femmes suisses» se sont réunis à Genève. Image: DR

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Gabrielle Perret-Gentil, Germaine Duparc ou encore Marguerite Champendal. Trois Genevoises qui ont marqué leur époque. Pour preuve, on leur a attribué le nom d’une rue ou d’une crèche. Mais malgré cette reconnaissance, ces pionnières étaient jusqu’à peu absentes de l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Un oubli? Non, une conséquence de l’inégalité de genre sur la plate-forme, répondent les féministes. «Plus de 80% des contributeurs sont des hommes, explique Natacha Rault, du Service égalité de l’Université de Genève. Ils écrivent donc davantage sur des personnages et des sujets masculins.»

Ce chiffre paru dans un article du New York Times en 2011 a alerté les féministes. La Fondation Emilie Gourd et le Service égalité de l’Université de Genève se sont alors chargés d’une double mission: former des femmes à l’écriture en ligne à travers une série d’ateliers gratuits et créer des pages sur des figures féminines romandes qui manquent à l’appel. Le projet intitulé «Biographies femmes suisses» lancé en automne s’est clôturé cette semaine. Au total, 82 Romandes ont ainsi fait leur apparition sur Wikipédia.

La difficulté des sources

Laurence fait partie de la centaine de participantes au projet. Elle a choisi de s’intéresser à Giselle Rufer Delance, une entrepreneure suisse et «femme de caractère». «Je pensais que ce serait facile mais en réalité cela m’a pris du temps et était assez compliqué», confie-t-elle. Parmi les difficultés qu’elle évoque: la citation des sources.

Pour rédiger la biographie de la septuagénaire, Laurence a lu les quelques livres qui lui ont été consacrés et a rencontré la principale intéressée. «Elle m’a montré ses diplômes et m’a parlé du métier de ses parents. Je la crois, mais aucune de ces informations n’est disponible en ligne, je ne peux donc pas sourcer ce que j’écris», explique-t-elle.

Pour Natacha Rault, le problème vient du fait que les femmes sont moins médiatisées que les hommes. Par conséquent, peu de sources secondaires à leur sujet – articles de journaux, sites Internet ou ouvrages de spécialistes – sont disponibles sur la Toile.

Ce manque de références est d’autant plus problématique que c’est précisément ce critère qui est déterminant dans l’attribution d’une page Wikipédia. «Selon les principes fixés par la communauté de l’encyclopédie en ligne, il faut au minimum deux sources secondaires pour qu’une personne mérite un article, précise la chargée de projet au Service égalité. Mais il faudrait peut-être réfléchir à abaisser ce critère pour les femmes car il en élimine beaucoup, et parfois des célèbres.»

Gabrielle Perret-Gentil, gynécologue obstétricienne genevoise pionnière du droit à l’avortement, a failli ainsi ne pas avoir de page, faute de référence numérique. «Il y a très peu de chose écrite sur elle, note Liliane, sa biographe. Du coup, j’ai utilisé un livre rédigé par son fils mais c’est un membre de la famille, ce n’est pas très objectif.» Brigitte Mantilleri, responsable du Service égalité, souligne alors l’importance de documenter et archiver le travail de certaines femmes de leur vivant.

Réactions parfois violentes

Autre difficulté relevée par les nouvelles contributrices: les commentaires et modifications des internautes. Un des six ateliers dispensés aux participantes était d’ailleurs consacré à cette problématique. «Les réactions peuvent être parfois assez violentes», prévient Natacha Rault.

La rédactrice qui signe sous le pseudonyme de Ditesleaveclesourire en a fait l’expérience. Pour tordre le cou à certains clichés, cette participante a décidé de développer dans son article davantage les réalisations professionnelles de la personnalité choisie – Andrea Pfeifer, scientifique et cheffe d’entreprise – que son parcours familial. Mal lui en a pris. «Lorsque je l’ai mis en ligne, j’ai eu énormément de réactions d’internautes qui m’ont sabré des informations, l’article était très neutre pourtant, je n’ai pas compris.» Natacha Rault précise que «la bonne pratique veut qu’on discute avec l’auteur avant de modifier son texte.»

(TDG)

Créé: 30.06.2016, 18h03

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