«Avec 5,7% de hausse, Genève bat un record»

RéactionLe conseiller d’Etat Mauro Poggia appelle au sursaut des cantons qui contribuent davantage qu’ils ne coûtent

Le conseiller d’Etat Mauro Poggia. Photo d'illustration.

Le conseiller d’Etat Mauro Poggia. Photo d'illustration. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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«Les primes n’ont jamais autant augmenté. Avec 5,7% de hausse, Genève bat un record.» Un record révoltant, à entendre Mauro Poggia. Le conseiller d’Etat responsable de la Santé rappelle que ces dernières années, le canton a vu ses primes croître davantage que les coûts de la santé. Cela devrait se reproduire en 2016, avec une une hausse probable des coûts de 2,5% à 3,5%. Estimant que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) «ne fait pas son travail», il prône une solution cantonale.

Dans votre blog, vous condamnez l’OFSP qui n'a "pas fait son travail de gendarme". Qu’aurait-il dû faire?

Dans le passé, l’OFSP devait simplement vérifier que les primes étaient suffisantes pour éviter l’insolvabilité des caisses. Depuis janvier 2016, l’entrée en vigueur de la Loi sur la surveillance de l’assurance-maladie lui permet de contrôler que les primes sont justes. Non seulement il ne le fait pas, mais il octroie davantage aux assureurs que ce qu’ils ont demandé! A Genève, les caisses réclamaient en moyenne une hausse de 5,3% pour les adultes. L’OFSP les fait monter à 5,7%. Mutuel Assurance, à laquelle 25% des Genevois sont affiliés, demandait 7,5%. Elle obtient 8,5%.

Comment l’expliquer?

Apparemment, les réserves ont fondu. Ce ne sont pas les Genevois qui les ont mangées, puisque les primes ont augmenté davantage que les coûts (voir ci-dessous). Entre 1996 et 2013, neuf cantons, dont le nôtre, ont payé davantage que ce qu’ils devaient: en tout, 1,6 milliard de trop, dont on nous rembourse seulement 800 millions.

Et cela est en train de recommencer…

Oui, la nouvelle loi ne change rien. L’OFSP ne fait pas son travail et engage la responsabilité de la Confédération. Si on nous refait le coup de 1996-2013, nous réclamerons ce qui aura été payé indûment. Peut-être que l’OFSP manque de fonctionnaires pour être efficace. Mais il pourrait au moins exiger que, dans la comptabilité, des réserves soient attribuées à chaque canton. Afin de voir où les réserves fondent et qui vient les renflouer.

Dans l’état, que pouvez-vous conseiller aux assurés?

Le pauvre gibier n’a pas d’autre choix que de fuir le chasseur, en quittant sa caisse pour une autre, moins chère. Le système est tellement pervers qu’en essayant d’atténuer ses effets, on contribue à renforcer le problème. La migration d’une caisse à l’autre génère en effet des hausses de primes, la caisse moins chère devant in fine relever ses primes pour constituer des réserves pour ses nouveaux assurés.

Chaque année, les Genevois râlent, mais en vain. Que faire à long terme?

Il faut régler le problème une fois pour toutes. On ne peut pas avoir des primes cantonales et des réserves nationales. Soit nous fixons des primes nationales – et dans ce cas, vous verrez une levée de boucliers en Suisse alémanique – soit nous laissons les cantons décider de leur sort. Le changement ne viendra pas du parlement, clairement à droite. J’appelle les ministres de la Santé à soutenir une initiative fédérale permettant de créer une caisse de compensation cantonale ou supracantonale. Gouvernée par des représentants des assurés, des autorités cantonales et des prestataires de soins, cette caisse fixerait le montant des primes. En cas de trop-perçu, l’argent servirait pour l’an suivant. Si au contraire les primes ne suffisaient pas, le canton se porterait garant.

Reste qu’à Genève, les coûts augmentent plus qu’ailleurs.

Oui. Genève a un hôpital universitaire, où les salaires sont 10 à 15% supérieurs à ceux des autres cantons et une densité médicale qui incite à la consommation. C’est clairement l’ambulatoire – en cabinet privé et à l’hôpital – qui fait grimper les coûts.

(TDG)

Créé: 26.09.2016, 19h25

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L’ASSUAS réclame une assurance cantonale

«Encore une fois, on nous inflige une hausse de primes, sans aucune transparence sur ses raisons», déplore Jean-Paul Derouette, président de l’Association suisse des assurés (ASSUAS) pour la région romande. «Des hausses scandaleuses», ont vite réagi hier le PDC et le MCG par le biais de communiqués.

La pilule est d’autant plus difficile à avaler que la spirale infernale semble sans fin. «Depuis 1997, on n’a pas cessé de subir des hausses, constate le représentant de l’ASSUAS. Alors que la prime maladie moyenne s’élevait, à l’époque, à environ 220?francs, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) la prévoit à 480?francs en 2017 à Genève.» Et selon la caisse maladie et la franchise choisies, l’assurance de base pourrait grimper jusqu’à 750?francs!

Des chiffres qui irritent Jean-Paul Derouette: «Quand on a voté la LAMal, il était stipulé qu’on ne devait pas dépasser les 10% du budget familial. Or, ce plafond explose.» Confirmation avec l’exemple d’une famille de deux enfants dont le revenu des parents s’élève à 11?000?francs (5500?francs chacun, somme qui ne permet pas de bénéficier de subside): «Avec une prime moyenne de 480?francs par adulte et une prime de 200?francs par enfant, on atteint un montant total de 1360?francs, soit nettement plus que les 10% du budget familial.» D’autant plus désolant pour les familles que «ce sont les enfants et les jeunes adultes qui seront les plus pénalisés», ajoute Jean-Paul Derouette.

Pour tenter de remédier à ce malaise, le Parti socialiste a déposé en 2009 un projet de loi prévoyant des subsides pour tous les assurés dont la prime maladie dépasse 8% de leur revenu imposable. Un projet «toujours bloqué en Commission des affaires sociales», regrette le PS.

Le fer de lance de l’ASSUAS ne voit, lui, qu’une solution pour «freiner cette explosion opaque: se doter d’une assurance-maladie cantonale pour apprécier exactement les coûts de la santé. On pourrait alors ambitionner des primes mensuelles oscillant entre 300 et 350?francs. Finissons-en avec ce système à la sauce suisse, qui a totalement failli, et recentrons le mécanisme sur Genève!» Jean-Paul Derouette réclame enfin «150 millions qui restent à rembourser aux Genevois sur les 220 millions promis: où sont passés ces millions qui nous sont dus?» Laurence Bézaguet

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