En 2014, l’arrimage à droite du MCG s’est renforcé

PolitiqueL’examen des votes nominaux révèle une convergence croissante entre le MCG et la droite.

L’examen des 52 votes nominaux enregistrés au parlement durant 2014 indique que dans 85% des cas, le MCG a voté comme l’UDC.

L’examen des 52 votes nominaux enregistrés au parlement durant 2014 indique que dans 85% des cas, le MCG a voté comme l’UDC. Image: Lucien Fortunati

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Le Mouvement citoyens genevois (MCG) a mis la barre à droite l’an passé. C’est ce qu’indique l’examen des 52 votes nominaux enregistrés au parlement cantonal durant l’année 2014. Des votes demandés par les députés à des occasions importantes ou symboliques.

Ainsi, dans 85% des cas, le MCG a voté comme l’UDC, dont il constituait, lors de sa fondation en 2005, une scission. C’est une hausse très nette par rapport aux législatures précédentes, comme le démontre une étude publiée par les politologues Pascal Sciarini et Basile Dacorogna (lire ci-dessous) portant sur les 600 votes nominaux enregistrés entre 2006 et 2013. Durant la première législature (2006-2009), les deux partis votaient ensemble dans seulement 29% des cas; puis dans 55% des cas entre 2009 et 2013.

Rapprochement avec l’UDC

Cette évolution rapproche aussi le MCG du reste du camp bourgeois. Alors que la convergence tournait autour de 30% entre 2005 et 2013, elle atteint aujourd’hui 67% avec le PLR et 50% avec le PDC. L’évolution est remarquable pour un parti qui se présente volontiers en rupture avec les partis traditionnels et aligné ni sur la gauche ni sur la droite.

Comment expliquer ce rapprochement? D’une part, l’alliance électorale MCG-UDC, inaugurée en 2011 après des années de conflit, a atteint sa vitesse de croisière. Cette normalisation est symbolisée au niveau fédéral par l’association, cet automne, du conseiller national et président du MCG Roger Golay au groupe parlementaire UDC.

D’autre part au niveau local, les sujets d’alliance se sont élargis. La convergence, qui s’établissait auparavant sur les thèmes de sécurité, mobilité, impôts et sur le rejet des Bilatérales, s’est étendue aux conflits sociaux au sein du secteur public (rejet de proposition s’opposant au dumping salarial à Cointrin, condamnation de la grève des TPG) et au logement. «Nous gardons un désaccord avec l’UDC sur le social et la fonction publique», précise Roger Golay.

Côté logement, l’évolution du MCG est liée au rôle du député, avocat et propriétaire Ronald Zacharias. Mais elle est aussi défendue par le président d’honneur Eric Stauffer qui a déclaré la guerre à l’association des locataires (Asloca) et veut anéantir la Loi sur les démolitions, transformations et rénovations.

Ronald Zacharias se défend d’être à l’origine de la droitisation de son parti. Il précise: «Mes projets, notamment celui sur l’accession à la propriété des locataires, ou celui sur la reconversion des locaux commerciaux en logements, sont sociaux-démocrates. Il faut percer le voile du mensonge entourant cette gauche qui ne défend pas les intérêts de ceux qu’elle prétend défendre.»

La nouvelle politique du MCG n’est pas passée inaperçue à l’extérieur et à l’intérieur du parti. Au MCG, certains craignent que son attractivité en souffre. «Nous ne devons pas devenir un parti de droite de plus, prévient le député et ancien socialiste Daniel Sormanni. Ce n’est pas facile, car on se dit ni à gauche ni à droite, mais on est bien quelque part. Et sur le logement, il y a effectivement beaucoup de votes à droite.»

Président inquiet

Roger Golay observe aussi cette évolution, notamment sur les questions de logement, mais assure que des correctifs ont été pris: «J’ai demandé à Ronald Zacharias de modérer ses positions, même si je les trouve intéressantes.» En décembre, il a aussi «recadré le parti» lors des débats sur le budget. Paradoxe, cela a fait passer le parti de gauche à droite, de l’opposition à la collaboration. Puis, en Commission des finances, Eric Stauffer est passé du rejet du budget avec la gauche au soutien avec l’Entente. A noter: le MCG soutenait en parallèle le versement d’une annuité complète aux fonctionnaires, comme Ensemble à Gauche.

Accueil mitigé hors parti

Hors MCG, l’arrimage à droite est accueilli diversement. Pour le PS, les Verts et le PDC, le roi est nu: «Le MCG ne peut plus cacher qu’il est un parti d’extrême droite, anti-immigration avec l’UDC, ou qui vire à droite sur d’autres sujets, tel le logement. Il défend de plus en plus les intérêts de ses propres élites et de moins en moins celui des petites gens», souligne le député PDC Vincent Maitre. «Le poids du MCG l’a contraint à sortir du bois», relève le PLR Ivan Slatkine, qui se félicite du vote de ce parti sur le budget. Mais les nouveaux partenaires du MCG, dont l’UDC, se montrent prudents. Car le caractère fantasque du MCG empêche les jugements définitifs.


«La principale menace du MCG, c’est l’UDC»

Coauteur d’une étude sur les votes du MCG entre 2006 et 2013, le politologue Pascal Sciarini, professeur au Département de science politique et relations internationales de l’Université de Genève (Unige), répond à nos questions.

Pascal Sciarini, le MCG vote de plus en plus avec l’UDC, cela vous étonne?

Oui et non. Non, car c’est la tendance que nous avons déjà relevée dans notre recherche qui portait sur les législatures précédentes. En même temps, cette convergence de positions est problématique pour ce parti qui aura plus de peine à se profiler face à l’UDC ou au PLR. Cette droitisation, dans laquelle la nouvelle composition de la députation MCG joue vraisemblablement un rôle, est très intéressante. Dans la littérature, on distingue deux grands types de partis populistes de droite: le premier est principalement néolibéral, opposé aux impôts et conservateur. Le second est chauvin et social, comme par exemple le Rassemblement Bleu Marine en France, annexe du Front national. A Genève, le MCG suit le chemin inverse du Front, en passant de la deuxième catégorie à la première, délaissant ainsi son profil original.

Et en quoi est-ce un problème?

Le principal problème porte sur la différenciation avec les autres partis. Quel est l’intérêt de voter MCG quand le MCG devient un parti comme un autre? Aujourd’hui, principalement, il ne lui reste plus que la problématique des frontaliers pour se différencier. Lors des campagnes électorales, c’est probablement suffisant. Au niveau parlementaire, beaucoup moins.

Comment expliquer le succès du MCG dans les communes pauvres alors que le parti, avec les promoteurs immobiliers, lime dans le social ou s’attaque à la LDTR?

Les gens ne votent pas forcément selon leurs intérêts économiques. En Suisse, la classe ouvrière et les personnes âgées votent UDC, qui représente leurs intérêts culturels ou identitaires, mais pas leurs intérêts économiques ou sociaux. On peut d’ailleurs imaginer que même si le MCG abandonnait ses positions sociales, il continuerait d’attirer par ses positions identitaires. Mais le problème pour lui serait alors de se différencier de l’UDC, car ces deux partis chassent sur les mêmes terres.

L’un va-t-il finir par avaler l’autre?

A terme, la fusion serait une solution logique.

Propos recueillis par M.BN (TDG)

Créé: 18.01.2015, 18h21

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Qui défend quoi?

Le MCG compte 1350 membres. Quelles sont les tendances en son sein? Rassemblé par son rejet commun des frontaliers, son «souci d’une économie forte, de la sécurité et du social», comme le résume son président Roger Golay, le MCG est un parti divers, pour ne pas dire contradictoire. Au Grand Conseil, sa droite est représentée par les députés Eric Stauffer et Ronald Zacharias, dont les positions sont pratiquement indistinguables de celles de l’aile économique du PLR ou de l’UDC. Il existe un petit groupe plus «social» regroupant des députés comme Daniel Sormanni, Sandro Pistis ou Marie-Thérèse Engelberts. La direction du parti — soit les députés vice-présidents Pascal Spuhler, Carlos Medeiros, très proche d’Eric Stauffer, et Jean-François Girardet — sont plutôt en médiation. Quant au conseiller d’Etat Mauro Poggia, il s’occupe de son département.

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