La foule aux Bastions chante à l’unisson, sauf son hymne

Fête du 1er AoûtComme un parc d’attractions à l’ancienne, entre jeux d’hier et mots d’aujourd’hui. Récit au ras de la pelouse patriotique.

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Un animateur à la voix vitaminée fait des annonces en boucle pour rappeler aux gens les moments forts du programme en cours. Il a du boulot, car les activités ludiques s’enchaînent au rythme d’un parc d’attractions à l’ancienne. «C’est votre fête, profitez-en», lance-t-il au micro en maniant le pluriel patriotique.

Un 1er Août aux Bastions, donc, ce lundi après-midi. L’allée centrale a des allures de vogue, on a dressé des tables sous les platanes, les gens sont venus en familles déclinables sur trois générations, les plus jeunes ont pris d’assaut les pelouses comme un jour de promos enfantines. Le mur de grimpe affiche complet, les lutteurs à la culotte avalent de la sciure de bois et les pompiers volontaires assurent le spectacle avec leur seau pompe au procédé vintage. Un moyen d’extinction vieux comme Hérode qui suscite des vocations précoces chez les enfants. Ces tireurs de bidons hilares valent tous les discours.

Les voici, les discours, précédés de trois coups de canon à faire pleurer dans les poussettes. «Je veux rentrer à la maison», lâche une tête blonde au troisième coup tiré de la Treille. Le maire de Genève, Guillaume Barazzone, entame son allocution dans une odeur de poudre. D’abord des mots de circonstance qui sonnent étonnamment justes, relancés par des questions d’aujourd’hui qui n’ont rien de rhétoriques. «Pourquoi, lorsque l’on a la vie devant soi, choisit-on de disparaître et de semer la mort? En tant que jeune magistrat, je m’interroge.» Sa réponse est moins philosophique: «Les extrémistes en veulent à notre mode de vie. Nous devons être intraitables. Avec eux, le temps de l’angélisme est terminé.»

La suite est plus politique, la fin est plus détendue: «Si les Genevois devaient être Suisses allemands, alors ils seraient certainement Bâlois.» Le conseiller d’Etat du canton de Bâle-Ville, Lukas Engelberger, acquiesce dans un français limpide. Il est venu avec sa clique de fifres et tambours – l’excellence musicale formée à l’école du carnaval – et son lot de comparaisons qui rapprochent. Sauf une: «Nous, on fête chaque année notre équipe de foot, championne suisse; vous, vous avez les Fêtes de Genève…» On frise l’incident sportif. Quant à l’hymne national, il se chante dans une ligue inférieure. On doit tendre l’oreille: un murmure sur la pelouse sans soutien officiel. C’est mou et notre maire ne pipe strophe.

Il est plus à l’aise en tenue de pompier. A 20 h 59, le voilà qui approche une torche de la structure de bois embaumant l’essence. Le feu de joie s’embrase avant de s’effondrer dix minutes plus tard. La foule le boude bientôt, histoire de trouver une place devant le mur des Réformateurs. Le ciel s’assombrit, les marches sont noires de monde. Le mapping peut débuter. Sur une musique electro, les ombres de Calvin and co s’agitent. Les silhouettes du quatuor se détachent sur fond blanc. Leurs visages prennent vie. A leurs côtés, d’étranges draps fantômes se soulèvent pour laisser apparaître des vestiges antiques. Puis, une géométrie colorée anime la scène. Le spectateur se sent aspiré par la paroi de pierre. Un «Post Tenebras Lux» lumineux s’affiche en guise de mot «Fin». «Original», «trop court» ou «pas assez irrévérencieux», les avis sont mitigés. (TDG)

Créé: 01.08.2016, 21h07

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