1995: La première exoplanète est découverte à Genève

J'y étaisIl y a vingt ans, Michel Mayor et Didier Queloz identifiaient la première planète extrasolaire.

L’astrophysicien Michel Mayor a découvert 51 Pegasi b, en 1995. Modeste, il met en avant le travail d’équipe.

L’astrophysicien Michel Mayor a découvert 51 Pegasi b, en 1995. Modeste, il met en avant le travail d’équipe. Image: SEBASTIEN FEVAL

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«Avec cet anniversaire, c’est un peu la folie, sourit Michel Mayor. Des journalistes du monde entier veulent me voir. Tenez, hier encore j’ai passé cinq heures avec une télé grecque.» L’engouement est à la hauteur de l’événement: historique.

Retour en arrière. Il y a presque vingt ans, le 6 octobre 1995, Michel Mayor et Didier Queloz se rendent à une Conférence scientifique, à Florence. Sur l’estrade, les deux chercheurs de l’Observatoire de Genève annoncent au monde une nouvelle qui va bouleverser notre manière de voir l’univers: «Nous avons découvert la première planète située en dehors de notre système solaire. Elle s’appelle 51 Pegasi b», disent en substance les deux scientifiques. Stupeur dans la salle. «A l’époque, rappelle Michel Mayor, personne ne savait si les exoplanètes existaient ou non. Des astronomes aussi prestigieux que Paul Butler et Geoffrey Marcy, aux Etats-Unis, ou les Canadiens Bruce Campbell et Gordon A. H. Walker les cherchaient dans le ciel depuis des années… sans les trouver.»

Dans ce contexte, l’annonce des Genevois suscite un déferlement médiatique incroyable: «Je recevais des piles de fax, provenant des médias du monde entier», se remémore Michel Mayor. Côté scientifique: «Certains collègues n’y croyaient pas du tout. D’autres disaient, c’est quand même bizarre ces résultats.» Et pourtant: comme le confirmera plus tard Geoffrey Marcy, 51 Pegasi b est bien une exoplanète. La première.

Mais comment l’Observatoire de Genève est-il parvenu à doubler ses concurrents dans cette course? «C’est une longue histoire, raconte Michel Mayor. Tout commence à la fin des années 60. Je faisais alors ma thèse de doctorat sur la dynamique des galaxies. Mes résultats étaient intéressants, mais purement théoriques. Aussi, mon doctorat en poche, j’ai voulu savoir si la réalité rejoignait la théorie.»

Problème: à l’époque, il n’existe aucun appareil capable de prouver ses hypothèses. La solution vient d’une rencontre imprévue. «Lors d’une conférence à Cambridge, je parlais avec l’astrophysicien anglais Roger Griffin, que je ne connaissais pas. Il m’a expliqué qu’il mettait au point un nouveau type de spectrographe pour la mesure des vitesses radiales stellaires. Ça a été un flash. Je me suis dit: c’est ça qu’il me faut! De retour à Genève, j’ai demandé à mon directeur l’autorisation de travailler dans cette direction. Il m’a souri gentiment. Au départ, personne n’y croyait vraiment.»

Pas de quoi décourager le scientifique. Sur le modèle de la machine de Griffin, il construit un nouvel instrument, avec l’opticien français André Baranne et le Genevois Jean-Luc Poncet. Baptisé Coravel, cet appareil est installé en 1977 sur un télescope d’un mètre de diamètre, à l’Observatoire de Haute-Provence. «Ce fut une révolution. Avec cet appareil, nous avons pu partir dans de nouvelles directions. Mais nous étions encore loin de songer aux exoplanètes. Notre idée était de tester un modèle dynamique de la Voie lactée. Et de toute manière, avec une résolution de 300 mètres par seconde, Coravel n’était pas assez puissant pour trouver une planète extrasolaire.»

Pour y parvenir, il faudra attendre la machine suivante: le spectrographe Elodie (alias super-Coravel) est mis en service en 1993, sur un télescope de 2 m de diamètre en Haute-Provence. Avec lui la précision des mesures fait un bon de géant (15 m/s) et les résultats ne tardent pas à venir: à la fin de 1994, Michel Mayor et Didier Queloz repèrent un objet stellaire faisant le tour de son étoile en 4,2 jours. Une exoplanète? «Nous y pensions bien sûr, mais nous étions surtout perplexes, se rappelle l’astrophysicien. A ce moment-là, nous n’étions pas certains qu’une géante gazeuse puisse se trouver aussi proche de son étoile sans se désintégrer. C’est un peu comme si Jupiter prenait la place de Mercure dans le système solaire. Malgré l’excitation, nous avons donc décidé de ne rien révéler et de poursuivre nos observations.»

En juillet 1995, les scientifiques n’ont plus aucun doute: ils viennent de découvrir la première exoplanète et le révèlent à la terre entière en octobre. Puis leurs résultats sont publiés en novembre dans la prestigieuse revue Nature. «Nous avons alors été pris dans un tourbillon médiatique, auquel nous n’étions pas préparés. Je pensais que cela passerait après quelques mois. Mais non. Ça continue encore aujourd’hui!»

Depuis, près de 2000 exoplanètes ont été identifiées. «C’est devenu un business», résume l’astrophysicien. Dans quel but? «Nous avons appris que l’univers présente une incroyable diversité. Des grosses planètes et des petites, tournant dans un sens ou dans l’autre, dans des systèmes avec une ou plusieurs étoiles… L’objectif, maintenant, c’est de trouver une planète jumelle de la Terre.» Un rêve qui pourrait aboutir grâce à Espresso: ce spectrographe, actuellement en construction à l’Observatoire de Genève, entrera en service en 2016 ou 2017. (TDG)

Créé: 28.08.2015, 17h11

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