«À 13 ans, je faisais du patin à roulettes avec Johnny au Jardin anglais»

TémoignageFrançois Schürmann fut l’ami d’enfance d’un certain Jean-Philippe Smet, quand celui-ci est venu habiter à Genève, en 1956.

François Schürmann a retrouvé une photo où il pose avec Johnny et une carte postale que lui avait envoyé la star.

François Schürmann a retrouvé une photo où il pose avec Johnny et une carte postale que lui avait envoyé la star. Image: Laurent Guiraud

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«Lorsque je me suis réveillé ce mercredi matin, à 7 h 15, j’ai entendu une chanson de Johnny à la radio, sur France Inter. C’était assez inhabituel et je me suis tout de suite dit: «Ça y est, il est mort…» Dans son appartement des Eaux-Vives, François Schürmann laisse poindre son émotion. Un ami d’enfance vient de le quitter. Et pas n’importe lequel! Même s’ils s’étaient perdus de vue, Johnny Hallyday et lui, les souvenirs remontent à la surface.

«Nous sommes nés la même année, en 1943. Je l’ai connu lorsqu’il est venu habiter à Genève, en 1956, avec ses cousins, les Halliday, et sa tante. Ils étaient à l’Hôtel de la Cigogne, tenu par mon père. Je crois qu’il n’allait pas à l’école, il suivait des cours par correspondance. Moi, j’étais en école privée à la Châtaigneraie. On se voyait le week-end. On allait se balader ou faire du patin à roulettes au Jardin anglais.»

Carte postale d’Acapulco

Sur la table de son salon, François Schürmann a posé quelques photos où il pose avec Johnny à la Cigogne, lorsqu’ils avaient une vingtaine d’années. Il exhibe aussi une carte postale datée d’octobre 1963. «Elle est signée de Johnny et m’est adressée, place Longemalle. Il me l’avait envoyée d’Acapulco.» Le texte? «Bien le bonjour à tous et une grosse bise à Christine. Ami-ami.» François Schürmann précise: «Christine, c’est ma sœur. Elle a quatre ans de moins que nous. Johnny l’aimait bien. À l’époque, évidemment, il n’était pas connu, on l’appelait Jean-Philippe. Il faisait un peu partie de notre famille.»

Je ne sais plus si je l’appelais Johnny ou Jean-Philippe, mais ça n’a pas d’importance. Je garde surtout le souvenir d’un homme d’une grande gentillesse. François Schürmann

Ancien professeur d’histoire aujourd’hui à la retraite, le Genevois se rappelle des premières notes de guitare du futur artiste. En quelle année? «Je ne me souviens plus exactement, mais ce dont je suis sûr, c’est que c’était à la Cigogne, au 1er étage, dans la salle de réunion. Johnny jouait du Gilbert Bécaud. J’entends encore deux titres, Le marchand de ballons et Frou-frou. Mais il ne chantait pas encore, il grattait seulement la guitare. Il prenait des cours au Conservatoire, je crois.»

De Jean-Philippe à Johnny

Si les dates se mélangent parfois, des images demeurent bien présentes dans la mémoire de François Schürmann. Jean-Philippe Smet a quitté Genève, et c’est Johnny Hallyday qui revient à la Cigogne. «Je l’ai d’abord vu à la télé, puis sur scène, à la salle de la Réformation. Elle n’existe plus aujourd’hui. Johnny avait chanté trois chansons en ouverture de la vedette du jour, Petula Clark.»

Autre souvenir, mémorable celui-là: «Une fois, je l’ai accompagné en tournée. Il y avait eu un premier concert à Genève, puis le lendemain à Lausanne, avant une troisième destination en Suisse. C’était épuisant! Entre les répétitions, le concert, les dîners, il fallait suivre. Et après, il sortait et ne revenait jamais avant 4 h ou 5 h du matin. Et toujours accompagné!»

Autre voyage avec la star à Courchevel, station savoyarde déjà huppée à l’époque. «C’est Johnny qui m’a demandé de l’accompagner là-bas. On a fait la fête en compagnie de Guy Bedos et Sophie Daumier. On a peu dormi et beaucoup bu», glisse François Schürmann, sourire en coin.

«C’est lui qui payait tout»

Lors de ses premiers passages au bout du lac, Johnny est encore sage, assure notre interlocuteur. «Quand il revenait de son concert, il mangeait à l’hôtel avec sa tante, une dame avec un petit chapeau et un petit sac…»

Puis, le succès aidant, les tablées à la Cigogne réunissent de plus en plus de monde autour de la star. «Et c’est lui qui payait tout, Johnny avait le cœur sur la main.» Sur une photo, on le voit en compagnie, notamment, de Sylvie Vartan. «Dans les années 60, elle faisait la première partie de ses concerts», confie François Schürmann. Avant d’ajouter. «Il y avait du monde dans l’hôtel, mais aussi devant! À tel point qu’un jour, mon père a dit à Johnny de ne plus venir à la Cigogne, parce que c’était l’émeute dès qu’il apparaissait!»

Repas à Paris

Puis les deux copains d’enfance se sont petit à petit perdus de vue. «Je suis allé à l’un de ses concerts à l’Olympia, il m’avait invité, se souvient le Genevois. C’était durant mes années d’université, fin 60 ou début 70. Je suis resté deux ou trois jours à Paris, j’ai mangé une fois avec lui.» Pas trace de regret ni de nostalgie. «On a discuté de tout, sauf de chansons.»

Au fait, François Schürmann l’appelait Johnny ou Jean-Philippe? «Je suis incapable de m’en souvenir. Et au fond, ça n’a pas d’importance. Je garde surtout de lui le souvenir d’un homme d’une très grande gentillesse.»

(TDG)

Créé: 06.12.2017, 19h08

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