12 m2 contre 12 h de services

LogementL’Uni lance un nouveau projet: elle propose aux particuliers d’offrir une chambre aux étudiants contre de petites prestations.

Image: James Marshall

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Payer sa chambre d’étudiant grâce à des services rendus: c’est le concept du nouveau projet 1 h/1 m2 de l’Université de Genève. Des particuliers mettent gratuitement à disposition un hébergement et pour chaque mètre carré du bien à disposition, l’étudiant met une heure de son temps à disposition du logeur. En tondant la pelouse, en accompagnant un senior au parc, en faisant du baby-sitting, en conversant en espagnol, entre autres (Lire ici des témoignages). C’est une première pour l’Université, qui vient d’ouvrir les inscriptions.

«A la rentrée, près de 600 étudiants se sont retrouvés sans logement. Et selon l’Office cantonal de la statistique, près de 13 300 personnes vivent seules dans un 4 ou 5 pièces. J’ai pensé qu’il y avait quelque chose à faire pour d’un côté aider les étudiants et de l’autre lutter contre l’isolement social. En mettant en corrélation deux problèmes, on aboutit à une partie de solution!» Sabine Estier Thévenoz, du Bureau des logements de l’Université de Genève, est à l’origine du projet 1 h/1 m2. «Ce concept existe déjà en Allemagne depuis 2009 et j’ai effectué une étude de faisabilité pour le transposer à Genève. L’Université a pu concrétiser ce projet grâce au partenariat avec Pro Senectute, ainsi qu’avec la Fondation BNP Paribas qui offre le financement.»

Sortir le chien et jouer aux échecs

Concrètement, 1 h/1 m2, c’est d’abord un logeur qui possède une chambre de libre et qui souhaite la mettre à disposition gratuitement. L’Université vise en majorité des seniors, mais ça peut être aussi une personne avec handicap, des familles avec jeunes enfants. Pour une chambre de 12 m2, l’étudiant offrira une aide 12 h par mois ou 3 h par semaine. Quels services peut-on lui demander? La palette est large: aide informatique, ménage, courses, baby-sitting, accompagner en balade, jouer aux échecs, sortir le chien…

«Parmi les personnes qui ont déjà manifesté leur intérêt, l’une souhaite héberger un étudiant de la Haute Ecole d’art et de design pour un coaching scolaire pour leur adolescente, raconte Sabine Estier Thévenoz. Une autre – une dame âgée – souhaite entre autres de l’aide pour aller promener son chien.» La responsable précise: «Il n’est pas question de demander à l’étudiant de prodiguer des soins, il n’est pas qualifié pour cela.» Le jeune devra tout de même délier un peu sa bourse pour les charges – 5 fr. par mois et par mètre carré – et pour une caution de 500 fr.

Une convention et un suivi précis

L’Université prend en main toute la procédure. Elle se charge d’étudier les candidatures de logeurs et d’étudiants, effectue des entretiens afin de détailler les conditions de mise à disposition de la chambre et l’aide souhaitée. Ensuite, logeur et logé scellent leur cohabitation en signant une convention d’hébergement. Ils s’engagent pour une année académique.

Et si le courant ne passe pas? «Un point de situation est organisé après quelques semaines et s’il y a un problème, une médiation est organisée. Dans le cas où la situation ne s’améliore pas, la cohabitation pourrait prendre fin.»

Pour Sabine Estier Thévenoz, ce concept bénéficie autant aux étudiants qu’à leurs logeurs. «Nous sommes dans une logique d’échange. L’étudiant obtient un logement à moindres frais, des personnes seules se sentent utiles en mettant à disposition leur espace, et des liens se tissent entre logeur et logé. Ce serait même un plus pour la santé: des études récentes montrent que l’isolement social est un facteur d’accroissement de maladies.»

Enfin, ajoute-t-elle, cela permet d’offrir du logement sans avoir à construire un nouveau bâtiment.

Objectif: 30 chambres à la rentrée

La recherche de particuliers disposés à offrir une chambre a démarré il y a quelques semaines. Trois personnes sont déjà formellement engagées, cinq autres ont manifesté leur intérêt. Sabine Estier Thévenoz ambitionne d’atteindre les 30 chambres pour la rentrée et souhaite parvenir à terme à 130, «1% des 130 000 personnes qui vivent seules dans un 4 ou 5 pièces, cela ne paraît pas irréalisable!»

En Allemagne, près de 26 universités proposent ce concept, indique la chargée de projet. Il est également implanté en Belgique et en France. «A Zurich, Pro Senectute a mis en place un tel modèle, mais sans le soutien de l’Université, seulement une dizaine de chambres par an sont ainsi mises à disposition. Une entreprise s’est lancée dans ce créneau à Rolle, là encore sans la participation de l’Université.» Sabine Estier Thévenoz est convaincue que l’implication de l’Université peut encourager et rassurer les personnes qui hésiteraient à franchir le pas.

A Genève, les chambres seront mises à disposition à la rentrée 2016. Plus d’informations sur www.unige.ch/logement


«C’est du 50-50, on est tous gagnant!»

Trois personnes sont déjà formellement engagées dans le projet 1 h/1 m2 pour la rentrée 2016, cinq autres ont manifesté un intérêt. Lucia, 93 ans, est séduite par le concept mais elle n’a pas encore arrêté sa décision. «Je suis très ouverte à accueillir des gens chez moi mais je dois encore bien y réfléchir, ce n’est pas rien d’avoir soudain quelqu’un chez soi tous les jours!» Surtout, la nonagénaire ne veut pas de quelqu’un «qui soit tout le temps sur mon dos!» Qu’envisagerait-elle comme service à demander à l’étudiante — Lucia préférerait une fille —? L’accompagner en promenade — pour prévenir tout risque de chute — et éventuellement au cinéma, et simplement pour quelques discussions. «Mais seulement si la personne est intéressante!»

Alice, 45 ans, est également intéressée par le projet 1 h/1 m2. Elle habite dans une maison avec ses deux enfants. «Je trouve ce principe intéressant, c’est comme du troc, tout ne tourne pas autour de l’argent! Cela correspond à mes valeurs et ça permet à un étudiant de se loger à moindres frais.» De quels services a-t-elle besoin? «Le service c’est que l’étudiant ou l’étudiante s’intègre dans la famille! Je n’ai pas besoin de me décharger, seulement d’un petit plus. Par exemple, une aide pour des tâches comme cuisiner une fois par semaine, aider dans le jardin, participer au ménage. Mais je n’attends pas de l’étudiant qu’il nettoie tout de fond en comble, on ne fait pas de l’esclavage! Alice a précisé quelques règles: «L’étudiant peut partager nos espaces communs. Mais j’aimerais quelqu’un qui puisse s’absenter de la maison le week-end pour qu’on se retrouve en famille.»

Elena, 58 ans, et son fils de 22 ans, ont pris un peu d’avance: ils sont les premiers à mettre en pratique le projet car Timo, étudiant en droit de Göttingen, est arrivé il y a un mois à Genève sans avoir trouvé de logement. Il se trouvait dans une situation d’urgence et Elena a accepté de l’accueillir pour son semestre ici. Pourquoi? «Par intérêt pour autrui! J’aime accueillir des personnes chez moi ça me permet de voyager sans me déplacer.» L’étudiant de 22 ans lui «doit» environ 3 h de services par semaine. Il l’aide ponctuellement pour les tâches ménagères «mais je n’attends pas un rendement professionnel, il faut faire preuve de souplesse», pour faire un peu de jardinage, entre autres.

Elena précise aussi que la présence de l’étudiant lui permet d’améliorer son allemand. «J’ai édicté une règle: je parle en allemand et il me corrige, lui parle en français et je le corrige. C’est du 50-50, on est tous gagnant!» Elle ajoute: «D’autre part, il s’intéresse beaucoup à la politique, cela donne lieu à de nombreux échanges très intéressants.» La cohabitation est organisée «comme une colocation», «on partage souvent le petit-déjeuner mais sinon chacun a ses horaires». Elena a simplement posé une exigence: «Quand je suis installée au salon, j’aime avoir ma tranquillité. Donc quand j’y suis, j’ai demandé de pouvoir rester seule.»

Haut de la page

Créé: 02.03.2016, 19h11

Offres de logements

L’Université offre différents types de logements, d’une simple chambre à un studio. Son Bureau des logements gère 629 lits au total. Ils sont répartis dans dix résidences, situées au centre-ville, aux Acacias, à Vernier, à Carouge et Bernex. Les loyers varient, essentiellement selon la taille du bien proposé, et selon sa proximité avec le centre-ville. Pour une chambre, les loyers varient entre 350fr. et 545fr. (électricité, chauffage et accès Internet compris). Pour un studio, il faut compter entre 480fr. et 750fr. par mois.
A cette offre, il faut ajouter les 850 places de la Cité universitaire de Genève à Champel, les 120 chambres du Centre universitaire protestant réparties sur deux sites à Plainpalais, et les 630 chambres que gère la Ciguë — coopérative indépendante de logements pour étudiants. Celle-ci prévoit par ailleurs 70 lits dans le futur écoquartier des Vergers à Meyrin pour l’automne 2017, et elle a lancé deux autres projets qui comptabilisent environ 140 nouvelles chambres pour l’horizon 2023.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

C'est le week-end: restez chez vous!
Plus...