Passer au contenu principal

120 000 francs pour favoriser la livraison de plats à domicile

Le Département du développement économique a approché les acteurs de la commande de repas en ligne pour intégrer au plus vite les restaurateurs qui en font la demande.

«La livraison ne compensera sans doute pas l’absence de fréquentation sur place mais l’heure n’est pas au debriefing.»
«La livraison ne compensera sans doute pas l’absence de fréquentation sur place mais l’heure n’est pas au debriefing.»
Steeve Iuncker-Gomez

«Vous verrez, à partir de lundi, tout le monde va commencer à commander au restaurant, car on va tous en avoir assez de nos réserves de pâtes Barilla». Andrea Tassitro croit dur comme fer au changement des habitudes de consommation alimentaire. Le cofondateur de Foodetective, une plateforme qui met en relation restaurateurs et clients, compte quelque 500 entreprises affiliées dans le canton de Genève, dont près de la moitié seraient arrivées dans le courant de la semaine. Green Zebra, le Café Léo, les burgers de Road Runner, Panino Giusto, Sushi Time, autant d'enseignes qui se tournent vers un horizon numérique pour survivre. Même des chocolatiers s'y mettent, pas encore de boulangeries. Mais qui sait?

Il faut dire que l'offre de ce site est particulièrement avantageuse: contrairement à la plupart de ses concurrents, qui ponctionnent un commission de 30 à 40 % sur chaque transaction, Foodetective propose un modèle d'abonnement à 33 francs par mois, sans commission. «Pour un restaurant qui est en train de mourir, un tel prélèvement n’aiderait pas, poursuit Andrea Tassitro. On compte sur le nombre d'abonnés pour compenser». Selon lui, l’avantage de ne pas prélever de commission se répercute sur les menus, dont les prix ne sont pas majorés. «Pour une portion de frites du fast food Five Guys, elle sera à 9 francs sur Uber Eats alors qu’elle est à 6,50 francs sur place, illustre-t-il. Chez nous il n’y a pas cet inconvénient.» L’entrepreneur met aussi en avant sa rapidité: «en passant par nous un restaurant peut-être digitalisé en dix minutes par le gérant lui-même en toute autonomie, alors qu'il faut compter deux ou trois jours sur d'autres sites qui réservent ce travail à leurs propres équipes.» Ainsi Foodetective n'assure pas non plus le service de livraison, qui peut être délégué aux serveurs titulaires d'un permis de conduire.

«L’augmente du nombre de commandes dépasse certainement les 60 %»

Le dispositif de numérisation accélérée pour les établissements, à l’initiative du Département du développement économique (DDE), chapeauté par le conseiller d’Etat Pierre Maudet, est notamment rendu possible par Smood, une entreprise genevoise numéro 1 de la livraison à domicile en Suisse romande. Aucun frais de livraison ne sera facturé aux clients dans un rayon de 3 kilomètres autour du restaurant choisi. L’entreprise affirme avoir distribué masques, gants et gels hydroalcooliques à ses livreurs et faire déposer les paquets sur le palier pour éviter tout contact direct. Seul le prépaiement permet de se passer des manipulations induites par l’argent liquide et les appareils à cartes. Selon Bastien Heer, responsable du marketing chez Smood, plus de 300 enseignes genevoises ont rejoint les rangs cette dernière semaine. «L’augmente du nombre de commandes dépasse certainement les 60 %, indique-t-il. Le trafic sur les pages des restaurants a augmenté de 270 % et celui sur les pages de notre offre Migros de 1200 %.» Pas question pour le moment de supprimer les commissions. «C’est notre seule manière de tourner, mais nous rémunérons les restaurateurs deux fois par mois à présent, au lieu d’une fois auparavant.» Il remarque deux changements d’habitude chez les clients: plus de commandes au déjeuner, «car les gens font du télétravail et n’ont pas le temps de cuisiner», et des commandes passées beaucoup plus tôt en soirée, «les bars sont fermés donc il n’y a plus le décalage dû aux apéritifs».

Une enveloppe de 100 000 francs a été dégagée par le DDE pour financer l’intégration des menus aux plateformes électroniques. Le processus implique de faire appel à des spécialistes chargés de mettre en ligne l'assortiment de plats, ainsi que le salaire de photographes pour illustrer le catalogue de mets. C’est la société des cafetiers restaurateurs qui sera chargé d’en assurer la répartition, par tranches. «Notre société y contribuera en ajoutant 20 000 francs, annonce Laurent Terlinchamp, son président. On veut toucher ceux qui n’ont rien mis en place, souvent car ils n’en avaient pas besoin pour augmenter leur chiffre d’affaires, et qui se retrouvent aujourd’hui dans le désarroi avec une obligation de fermeture. La livraison ne compensera sans doute pas l’absence de fréquentation sur place mais l’heure n’est pas au debriefing, il s’agit d’assurer la survie.» Toutes les cartes ne sont pas adaptables telles quelles à l’emporter. «Une cuisine minute, gastronomique, avec un soufflé chaud ce n’est pas possible. C’est l’occasion de mettre des plats qui ne sont pas d’habitude à la carte, en temps de crise il faut être inventifs».

Uber Eats a également communiqué sur un certain nombre de mesures, comme la rémunération quotidienne et non plus hebdomadaire des restaurateurs, l’inscription accélérée et sans frais des nouveaux partenaires et la gratuité des frais de livraison jusqu’au 31 mars.

Toutes ces dispositions ne suffisent pas toujours à convaincre. Angelo, le gérant du restaurant Scaramù, s’est inscrit sans activer son compte pour le moment. «Ça ne nous convient pas de rester ouverts, de payer trois employés pour faire 30 pizzas par jour. Les commandes à emporter, cela représente mille francs par mois ici. Je fais quoi avec mille francs? Chez moi, c’est une cuisine gourmet, pas à l’emporter.»

La démarche ne semble pas non plus au goût du syndicat Unia, qui demande à ce que l'on soutienne les livreurs plutôt que les plateformes. «Il n’est pas admissible qu’une mesure de crise profite essentiellement à des plateformes qui ne respectent ni les conditions de travail, ni les conditions de sécurité des livreurs, avance le syndicaliste Umberto Bandiera dans un communiqué». Selon lui, seule la livraison de plats préparés aux personnes vulnérables est admissible. Il transmet le témoignage d'un employé d'Eats.ch et Uber Eats, selon lequel «« Nous n’avons aucun outil ni consignes pour nettoyer nos sacs avec lequel nous sillonnons tout le canton, en permanence en contact avec des clients ». Unia met aussi en lumière le fait que «de nombreuses cuisines de restaurants sont beaucoup trop exiguës pour garantir une distance entre collègues de deux mètres. Tout comme la manipulation d’ustensiles en commun sans possibilité de se laver toujours les mains. Une chaîne comme Mc Donald’s a tiré les conséquences de l’application des règles de l’OFSP: elle a fermé y compris ses drive in et son service take away».

Par ailleurs, une démarche de partenariat entre les taxis genevois et le commerce de détail de manière plus générale est en cours de finalisation pour renforcer les capacités de livraison à domicile.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.