«10% de temporaires sur les chantiers? Impossible»

TravailLes communes et les syndicats vont trop loin, estime Nicolas Rufener, secrétaire général de la Fédération des métiers du bâtiment.

Chantier de la Route des Nations.

Chantier de la Route des Nations. Image: Lucien Fortunati

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Genève sera-t-il le premier canton à limiter la part d’intérimaires sur les chantiers publics? Pour l’heure, une tentative de régulation cantonale est bloquée en justice suite à un recours de Swissstaffing, la faîtière des agences intérimaires. Si les communes tentent elles aussi d’instaurer leurs propres règles, elles se voient à leur tour visées par des recours en justice (notre édition du 30 août).

Entre le texte cantonal fixant la limite à 20% de travailleurs temporaires et les 10% exigés par les syndicats, Nicolas Rufener, secrétaire général de la Fédération des métiers du bâtiment (FMB), reconnaît certains abus. Mais il déplore que des accords «à différents degrés fragilisent la position genevoise». Entretien.

L’accord cantonal visant à limiter le travail temporaire sur les chantiers publics fait l’objet d’un recours en justice. Craignez-vous que tout tombe à l’eau?
Le risque existe, oui. La modification du règlement cantonal sur la passation des marchés publics, pour laquelle le Conseil d’État et les partenaires sociaux ont négocié durant deux ans, n’est pas parfaite, mais elle a l’avantage de permettre de lutter contre les abus tout en garantissant la fluidité des chantiers. Elle fixe à 20% la limite, avec des dérogations possibles. Imposer un plafond de 10% de main-d’œuvre temporaire, comme l’exigent les syndicats, c’est impossible. C’est ignorer les pressions monumentales des maîtres d’ouvrage sur les entreprises genevoises.

Pourtant, la faîtière de l’intérim attaque non seulement les communes, mais également l’accord cantonal à 20%.
C’est de bonne guerre, mais je suis convaincu que 20% est une part raisonnable qui n’entrave pas la liberté économique. Avant de formuler son recours, Swiss-staffing est venu nous demander notre soutien: nous avons refusé. Maintenant, je constate que chacun veut proposer sa solution: 10% dans les communes, 15% aux Services industriels de Genève (SIG)… Ces accords à différents degrés fragilisent la position genevoise. Tout cela est juridiquement incertain.

Les communes fixent des règles pour les chantiers où elles opèrent en maître d’ouvrage: où est le problème?
Les municipalités ont signé des accords uniquement avec les syndicats, cela ne va pas et nous allons demander à les rencontrer. Le tripartisme doit être au cœur du dialogue social. Par ailleurs, les 10% exigés sont trop difficiles à tenir eu égard aux réalités – absences, demandes imprévues, etc. – sur les chantiers à Genève. Il y a quinze ans, nous travaillions de concert avec les syndicats. Ce n’est plus le cas, ils ont arrêté de négocier et bloquent les chantiers. Je peine à comprendre cette attitude vindicative.

Pourtant, plusieurs cas (chantier du Bureau international du travail, Nouvelle Comédie) ont montré des abus dans le secteur…
Nous sommes conscients de ces abus et nous soutenons que le modèle doit être contrôlé. Le recours à une main-d’œuvre temporaire doit rester une soupape, il ne peut être un modèle économique, au risque de mettre fin aux entreprises structurées. En revanche, les patrons ont fait des concessions pour aboutir à l’accord cantonal, pas les syndicats, qui continuent d’exiger 10%. Si on prend l’exemple du BIT, la solution cantonale nous aurait permis de cadrer le recours aux intérimaires.

L’activisme genevois n’est-il pas vain puisque les règles sont fixées au niveau fédéral?
La convention collective du gros œuvre se négocie à Zurich, c’est vrai. Mais certaines dispositions peuvent être négociées localement. Genève a toujours été plus sensible et responsable que ses voisins, malgré une pression très forte: je rappelle que 25 à 30% des marchés sont adjugés hors du canton.

Est-ce ce qui explique l’effervescence de la question alors que les autres cantons (hormis le Tessin) n’en parlent pas?
En réalité, la thématique du travail temporaire n’est pas à l’ordre du jour. Ce sont en fait des syndicalistes exclusivement qui mènent ces actions. Les travailleurs s’en fichent: jamais ils ne bloqueront un chantier pour cette raison. Ce qu’ils veulent, ce sont de bonnes conditions de travail. D’ailleurs, ils bénéficient des excellentes conditions de la branche dans laquelle ils effectuent leur mission.

Reste que mardi, les syndicats ont appelé à une grève des maçons…
Bloquer des chantiers, mettre le feu à des tonneaux devant les entreprises, c’est disproportionné. Je ne comprends pas une telle violence alors que des négociations sont en cours au niveau national et surtout que les travailleurs sont couverts par une convention collective moderne et généreuse. Le verbiage reste violent entre les parties, mais en réalité un accord n’est pas loin.

(TDG)

Créé: 06.09.2018, 21h37

Nicolas Rufener, secrétaire général de la Fédération des métiers du bâtiment. (Image: Lucien Fortunati)

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