Un baby-boom ou des divorces?

CoronavirusLe confinement peut être compliqué à gérer au sein du foyer. L’avis de spécialistes.

Image: Le dessin par Hermann

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Un baby-boom ou une vague de divorces. Les rumeurs vont bon train sur les conséquences potentielles de cette période de semi-confinement à laquelle sont soumis les Genevois depuis le début de la semaine. Une chose est certaine: se retrouver soudainement à plusieurs dans un espace restreint à longueur de journée n’a rien d’évident, pour personne. Quels comportements cette situation exceptionnelle peut-elle générer? Comment vivre au mieux ce repli forcé? Des psychologues prodiguent leurs conseils.

Les spécialistes sont unanimes: la crise sanitaire que nous traversons génère un fort taux d’anxiété au sein de la population. «Nous devons stopper presque net ce qui nous nourrit au quotidien, résume la praticienne Manuela Rosner. Nos habitudes qui nous rassurent et qui nous guident quotidiennement sont chamboulées. Nous n’avons plus le temps de penser à ce qui nous arrive. Nous devons agir en fonction de ce qui nous est dicté. Cela est évidemment très déstabilisant.»

Pour le psychologue Philip Jaffé, ces restrictions imposées vont à l’encontre de nos modes de vie actuels. «Nous vivons dans une société du zapping, détaille le médecin. En temps normal, nous courons d’un lieu à un autre. Nous ne sommes plus habitués à gérer une intimité sociale importante.»

Quid de la sexualité? Les spécialistes sondés croient peu au baby-boom. «Les pensées angoissantes ne sont pas très érogènes et plutôt susceptibles de faire baisser la libido», relève Nicolas Leuba, sexologue. Sa collègue Laurence Dispaux partage ce constat. Elle observe cependant que certains couples, par peur de la solitude et dans un instinct de survie, peuvent «réagir par une recherche de tendresse ou de sensations».

Des gens «plus irritables»

Si les effets de ce semi-confinement dépendent fortement de l’espace à disposition et de la réponse au stress de chacun, les psychologues s’attendent globalement à une augmentation des tensions dans les foyers. «Les distances physiques et psychiques qui participent à la régulation des relations interpersonnelles sont réduites, note le clinicien Nicolas Leuba. Les gens sont plus irritables, le risque de conflit s’avère par conséquent plus important.»

Philip Jaffé ajoute: «Avec la proximité, on intègre davantage de détails sur les autres. On peut être agacé par des petits défauts qu’on ne remarque pas d’habitude mais qui prennent d’un coup une autre dimension.» Par exemple? «Des odeurs, des maniaqueries, des sautes d’humeur, des sifflements ou des chantonnements.»

Pour réduire le stress, à chacun ses méthodes. «Dans le meilleur de cas, on constate une forme d’acceptation de la situation, observe Guido Bondolfi, médecin-chef de service de psychiatrie de liaison et d’intervention de crise aux Hôpitaux universitaires genevois. Les personnes s’adaptent à la nouvelle donne et en profitent pour faire d’autres activités, comme lire ou prendre du temps pour elles.»

La réponse s’avère différente chez des individus anxieux: «Leur sentiment de peur peut être renforcé et certains troubles exacerbés. On voit alors une augmentation des ruminations, des pensées angoissantes, des troubles du sommeil, des virages dépressifs, voire des attaques de panique.» Pour le psychologue Jean-Luc Boss, une personne qui a l’habitude de boire de l’alcool ou prendre des anxiolytiques risque ainsi d’augmenter sa consommation. Il doute en revanche que le contexte crée de nouvelles dépendances.

En tant que thérapeute de couples, Laurence Dispaux identifie deux domaines spécifiques où les attitudes ont tendance à se polariser: la gestion des émotions et l’organisation générale du foyer. «On observe deux stratégies dans la gestion des émotions, notamment face à l’angoisse: l’expression et l’évitement, explique la clinicienne. Dans un couple, on trouve fréquemment une personne qui a besoin de beaucoup verbaliser son inquiétude et une autre qui rationalise à l’extrême la situation dans une forme de déni en utilisant des formules telles que «un jour après l’autre» ou «on ne va pas s’arrêter de vivre».

Si ces dynamiques sont présentes en temps normal, elles s’accentuent avec le stress. «Un des membres du couple peut devenir harcelant, par exemple sur les mesures d’hygiène à respecter, tandis que l’autre va avoir tendance à minimiser les risques, à se renfermer, voire à ridiculiser son ou sa partenaire.»

Ces extrêmes se répercutent également dans la planification de la vie familiale. Laurence Dispaux remarque que dans un couple, l’un veut souvent organiser en amont les activités de la semaine alors que l’autre préfère improviser au quotidien. «Le risque de mésentente est donc important», note la psychologue.

Sommes-nous donc tous condamnés à vivre plusieurs semaines de crises existentielles, conjugales et familiales, en plus d’une crise sanitaire? Les spécialistes sondés se veulent rassurants. «Si on ne peut pas changer le contexte, nous pouvons agir sur notre manière d’accueillir cette nouvelle situation», insiste Guido Bondolfi. Tous les spécialistes notent ainsi qu’il est primordial de mettre en place certaines règles. Ils insistent sur la notion de territoires et de rythmes.

S’imposer des rythmes

«Il faut reproduire notre emploi du temps extérieur entre quatre murs», résume Philip Jaffé. Concrètement cela veut dire aménager des espaces et des temps pour chaque activité. «Il faut que chacun ait un coin à lui et que les autres n’empiètent pas sur son territoire, détaille le psychothérapeute. Il est également important de définir des temps ensemble et des temps séparés; des moments d’apprentissage et de détente pour les enfants. Cela n’implique pas forcément d’instaurer une récréation entre 9h30 et 10h.»

«Remettre un cadre clair, avec des règles de vie claires, de nouvelles habitudes, amène plus de calme et de sérénité», confirme Manuel Rosner. Philip Jaffé souligne par ailleurs l’importance de garder des liens avec l’extérieur à l’aide des nouvelles technologies. «Après quelques semaines, nous risquons tous de souffrir d’isolement.»

De son côté, Laurence Dispaux conseille aux couples aux fonctionnements divergents «de se passer le relais». C’est-à-dire? «Se calquer sur le modèle de l’un ou de l’autre selon les moments de la journée afin de répondre aux besoins de chacun. Les conjoints peuvent par exemple se laisser le matin pour verbaliser leurs craintes puis décider de ne plus en parler l’après-midi. Idem pour l’organisation familiale avec des activités plus structurées durant une partie de la journée et une certaine liberté laissée le reste du temps.»

Créé: 21.03.2020, 09h44

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