Six ans de prison pour une bagarre et un avion dérouté

Athènes Un Onésien a été jugé en Grèce pour avoir mis en danger les passagers d’un vol Genève-Charm el-Cheikh.

Le pilote de l’appareil Air Edelweiss a été interrogé dans le cadre de la procédure. 
PHOTO D’ILLUSTRATION

Le pilote de l’appareil Air Edelweiss a été interrogé dans le cadre de la procédure. PHOTO D’ILLUSTRATION Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Un Genevois qui a provoqué une bagarre dans un avion écope aujourd’hui de six ans de prison. Cette histoire incroyable a été jugée mercredi à Athènes, selon nos renseignements. Il y a dix ans, cet habitant d’Onex, convoqué par le Tribunal criminel grec, s’en est pris à des passagers et au pilote d’avion du vol Air Edelweiss Genève-Charm el-Cheikh. Ce dernier a dû effectuer un atterrissage d’urgence sur Athènes. Par crainte d’un détournement, l’appareil a même été escorté par deux avions militaires grecs.

Absent durant son procès

Le procès a été expéditif. Douze minutes, relèvent les avocats du prévenu, un Onésien de 38 ans. Le jour des faits, M. – au long passé de toxicomane, selon une expertise des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) en 2013 – et son amie comptaient passer Nouvel-An les pieds dans l’eau de la mer Rouge en Egypte. Mais à Cointrin, le couple se dispute. Le conflit se prolonge lors de l’embarquement. M. a trop bu. «Trois bières à l’aéroport et trois ou quatre whisky-coca», selon lui. C’est donc dans cet état d’ivresse qu’il quitte le tarmac genevois. «Après une heure de vol, il a invectivé son amie, témoigne le pilote durant la procédure. Ma cheffe de cabine m’a dit qu’il avait tapé cette personne et une passagère.»

Pour apaiser les esprits, la compagne de M. est déplacée en classe business. Qu’à cela ne tienne, M. la rejoint et recommence de plus belle. Un autre passager reçoit un coup au passage. «Pour un pilote, la question de savoir s’il faut ou non intervenir (ndlr: personnellement) contre un passager agressif est délicate», témoigne le pilote. Ce dernier décide d’aller discuter avec M. en lui exposant trois possibilités: «arrêter le cirque», se faire interpeller à la première escale en Egypte ou enfin atterrir d’urgence dans le premier aéroport, avec à la clé une arrestation qui «lui coûterait cher».

«Je t’égorgerai»

M. n’en a cure: «Tu peux atterrir où tu veux, ça m’est égal je te donne 120 000 fr.» Après cette fanfaronnade, il donne un coup de poing au pilote. Qui regagne rapidement le cockpit. La situation s’envenime davantage entre M. et les passagers: «C’était l’enfer», dixit la cheffe de cabine. L’avion atterrit en Grèce. M., qui a dû en découdre avec des voyageurs, a la tête ensanglantée. Il menace le pilote en tentant de lui donner un coup de pied: «Une fois que je serai de retour en Suisse, je viendrai chez toi et je t’égorgerai.»

Le pilote se souvient des passagers effrayés durant ce vol: «Le contrôle aérien craignait un détournement d’avion. Si le passager était parvenu à m’assommer et si le copilote avait un problème médical, il n’y aurait eu personne pour procéder à l’atterrissage.» A son arrivée à l’aéroport Elefthérios-Vénizélos, M. a été mis en détention provisoire durant près d’une semaine. Il a ainsi passé le jour de l’an 2007 à l’ombre.

A l’occasion de son procès, après moult audiences ajournées, cet Onésien ne s’est pas présenté devant les juges grecs. C’est son défenseur genevois, Me Nicola Meier, qui a fait le déplacement au Palais de Justice d’Athènes, secondé par un confrère gréco-genevois, Romanos Skandamis. Contacté, Me Meier nous confirme que son client vient d’écoper de six ans de prison: «En réalité, il s’agissait d’une audience d’appel, précise l’avocat. Mon client avait été condamné par défaut en 2013 à 6 ans et 9 mois. Il était incapable de se présenter jusqu’alors car il était en prison à Genève pour d’autres faits. S’il n’est pas venu aujourd’hui, c’est que son régime de libération conditionnelle ne le permet toujours pas.»

En effet, M. a un lourd passé pénal puisqu’il a été sanctionné treize fois à Genève pour des cambriolages, un brigandage et des violations à la loi sur la circulation routière. A plusieurs reprises, les peines ont été suspendues au profit d’un traitement, tant les problèmes de dépendances de M. sont graves.

Le droit grec, qui se rapproche du droit international en matière d’aviation, relève trois degrés de gravité. Le passager qui ne répond pas aux injonctions du personnel risque une peine maximale de six mois; s’il trouble l’ordre dans l’avion, par exemple en se bagarrant, il encourt une peine d’un an. Mais si les voyageurs sont mis en danger, le plafond passe à vingt ans.

Durant l’audience d’hier, la défense a soutenu que les passagers n’ont pas été mis en danger. Que M. ne se souvient pas de s’en être pris à un pilote et qu’il n’en a jamais eu l’intention. Enfin, les avocats genevois se sont étonnés du fait que dans cette procédure, M. n’a été entendu que brièvement à Athènes par la police après les faits. «Puis, plus rien, note Me Meier. Mis à part le pilote, la justice n’a entendu personne. Pas même le prévenu, qui n’a jamais bénéficié d’un procès équitable.» Enfin, Me Meier rappelle au final que personne, parmi les 113 voyageurs et le personnel, «n’a porté plainte contre M., démontrant ainsi qu’aucun d’entre eux ne s’est senti en danger. La compagnie, elle, n’a jamais envoyé de facture au prévenu. Il est absurde de vouloir juger un alcoolique comme un terroriste. C’est le minibar qu’il voulait descendre, pas l’avion.»

Le Tribunal grec, lui, constate que des infractions commises par M. sont désormais prescrites, soit le fait de désobéir au personnel et de troubler le vol. Cela a conduit hier à un «rabais» de peine de 9 mois. Restait à trancher la mise en danger des passagers. Elle a été établie par les juges, qui ont donc fixé la peine à six ans.

«La justice grecque est à l’image de sa dette, déplore Me Meier. Nous allons faire appel devant la Cour suprême grecque. Si elle confirme la sanction et que la Grèce demande à la Suisse de l’exécuter, nous nous y opposerons, car tous les droits fondamentaux de M. ont été violés durant cette procédure. Au besoin, nous saisirons la Cour européenne des droits de l’homme.»

Qui paie les frais?

Le porte-parole d’Air Edelweiss ne souhaite pas faire de commentaire. Porte-parole de Swiss (qui a racheté Air Edelweiss en 2008), Meike Fuhlrott ne s’exprime pas sur le cas particulier de M.: «Concernant les frais engendrés par la mauvaise conduite d’un passager qui a pour suite un retard ou une annulation de vol, nous nous réservons en effet le droit d’entreprendre des démarches juridiques et de facturer les frais au passager.» Mais de manière globale, combien coûte en général un épisode du genre? Des assurances couvrent-elles ce risque? «Nous ne communiquons pas de chiffres à ce sujet. Enfin, il n’y a pas d’assurance qui couvrirait de manière forfaitaire tous les frais liés à une escale non planifiée. C’est au cas par cas que nous regardons avec les assurances si certains éléments sont éventuellement couverts.»

Créé: 14.06.2017, 19h08

L’alcool est l’ennemi numéro un des compagnies

Un rapport de l’International Air Transport publié en 2014 relève que l’alcool est l’ennemi numéro 1 des compagnies aériennes. L’étude portant sur 240 compagnies (soit 84% du trafic mondial) constate une hausse des incivilités en vol. Quelque 500 incidents ont impliqué des voyageurs en 2007 contre 8000 en 2013! «L’ivresse, qui résulte en grande partie de la consommation d’alcool avant l’embarquement, se classe parmi les facteurs principaux de ces incidents», selon le document. Du passager ivre au pirate de l’air, les cas ne manquent pas. En 2011, l’acteur Gérard Depardieu a fait scandale en urinant dans la cabine de vol Paris-Dublin. La même année, Ivana Trump, ex-femme du président américain, excédée par le bruit des enfants, a insulté les parents avant d’être priée de quitter l’avion. Le comédien David Hasselhoff se voit régulièrement refuser l’accès à l’avion lorsqu’il force un peu trop sur la bouteille. L’incident le plus récent lié à Genève remonte à 2014. Un copilote d’un vol Ethiopian Airlines reliant Addis-Abbeba à Rome a détourné son avion vers Genève pour demander l’asile en Suisse. L’appareil a dû être escorté à l’époque par des avions militaires français. Le détournement a été aussi utilisé comme une arme politique. Ce fut le cas dès 1968, avec les militants propalestiniens soucieux de médiatiser leur cause. D’autres détournements, comme ceux du 11 septembre à New York, avaient comme but en revanche de commettre un attentat.
F.M.

Articles en relation

Crash du F/A 18 en 2015: le pilote risque 3 ans de prison

Aviation militaire Editorial Les causes du crash d’un F/A-18 dans le Doubs en 2015 ont été élucidées. Le pilote n’avait pas respecté les procédures. Il est sous le coup d’une enquête ordinaire. Plus...

Un vol évacué après une conversation suspecte

Terrorisme Un avion d'EasyJet a atterri d'urgence en raison d'une conversation et d'un bagage jugés suspects, samedi soir, en Allemagne. Trois hommes ont été interpellés. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les Genevois se ruent sur les masques
Plus...