Rouler à plusieurs vous ouvrira la voie express

MobilitéDes pistes seront réservées au covoiturage dès lundi à la douane de Thônex-Vallard. On tente ainsi d’augmenter l’occupation des véhicules pour réduire leur nombre.

La pratique consiste à réserver une voie aux véhicules transportant au moins deux occupants, afin de promouvoir les joies du covoiturage.

La pratique consiste à réserver une voie aux véhicules transportant au moins deux occupants, afin de promouvoir les joies du covoiturage. Image: GEORGES CABRERA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Si vous voulez passer la douane plus vite, ne la franchissez pas seul. Ainsi peut se résumer la méthode qui sera testée durant un an dès lundi à Thônex-Vallard. Expliquée jeudi aux médias, elle consiste à réserver une voie aux véhicules transportant au moins deux occupants, afin de promouvoir les joies du covoiturage.

Si cette pratique compte déjà des adeptes dans la région (lire ci-contre), ils restent rares. En avril, une étude de la Haute École de gestion évoquait un phénomène «très anecdotique», caractérisant 2,3% des déplacements.

Le concept fait pourtant consensus: tant les défenseurs des transports motorisés que ceux de la mobilité douce appuient l’expérience de Thônex-Vallard. «Le taux de remplissage des véhicules, qui n’est que d’environ 1,1 personne en Suisse, constitue un levier pour réduire l’emprise des voitures sur l’espace public», observe Lisa Mazzone, présidente de la section genevoise de l’Association Transports et Environnement, qui parle de «premier pas positif». «Mieux occupées, les voitures venant de France seront moins nombreuses, espère François Membrez, président genevois du Touring Club Suisse. Le trafic sera plus fluide en ville.»

Une troisième voie s’ouvre

Dans la pratique, une troisième piste d’accès à la douane sera ouverte aux seuls véhicules occupés par deux personnes ou plus. Elle remplacera l’actuelle voie dite des frontaliers. Le dispositif sera en place en direction de la Suisse de 6 h à 9 h du matin et de 15 h 30 à 18 h 30 en sens inverse.

À ce poste de douane, on compte de 17 000 à 22 000 véhicules par jour, et pouvant atteindre 1600 voitures en une heure de pointe. L’occupation moyenne est égale à celle observée en Suisse: 1,1 personne par habitacle. Seuls 11% des véhicules comptent au moins deux occupants. Avec une voie dédiée, leur gain de temps devrait atteindre 33%.

Panneaux presque pareils

La mise en place du projet a nécessité une intense collaboration transfrontalière, impliquant les capitales des deux pays en raison de la signalisation. Résultat des courses: les deux pays arboreront des panneaux assez semblables, mais pas totalement. La divergence ne semble toutefois pas franchement insurmontable puisque c’est le logo helvétique qui trône sur le panneau déjà dressé du côté français de la douane, sans qu’on n’ait trouvé personne jeudi pour parvenir à expliquer cette incongruité.

A-t-on beaucoup investi? «L’expérience est peu chère et si ça ne marche pas, on peut revenir en arrière sans catastrophe financière», rassure Chrystelle Charat, cheffe de projet à la Direction genevoise des transports. Lancer le concept à Bardonnex aurait en revanche coûté cher: créer une nouvelle voie aurait nécessité d’élargir le viaduc menant à cette douane côté français. En cas de succès, le modèle pourrait faire des émules dans les deux pays. Et la jauge donnant droit au passage prioritaire pourrait être relevée à trois occupants ou davantage: on y va petit à petit. Le tout n’étant qu’une recette parmi beaucoup d’autres pour répondre aux défis que la mobilité pose à la région.

La carotte et le bâton

Autre différence franco-suisse: le traitement réservé aux contrevenants. Après une période de sensibilisation, la gendarmerie française les punira par des amendes de 22 euros, alors qu’aucune sanction ne sera infligée sur sol suisse durant l’année d’essai. Mais attention! Les voies étant transnationales, tout abus pourra être réprimé sur sol français.

Voilà pour le bâton. Mais il y a aussi la carotte. L’opérateur autoroutier français ATMB offre jusqu’au 31 mars 2019 des réductions à ses abonnés qui se mettent au covoiturage via les applications Klaxit ou Movici. Une cinquantaine de nouveaux disciples ont déjà été recrutés en une quinzaine de jours. Le covoiturage ne joue-t-il pas contre les intérêts d’ATMB? «Nos clients attendent de la fluidité, un plus fort respect de l’environnement et une façon de se déplacer dans l’air du temps», professe Florian Grange, responsable de l’innovation et du développement chez le concessionnaire.

Ici et ailleurs

L’expérimentation genevoise est une première en cela qu’elle est transnationale. En revanche, les voies dédiées au covoiturage existent depuis les années 1970 aux États-Unis et ont essaimé en Amérique du Nord en profitant de ses larges gabarits autoroutiers. L’Union européenne a aussi favorisé ces dispositifs dès les années 1990. On en trouve à Madrid, Salzbourg ou Leeds.

Plus près de chez nous, le Genevois français ébauche des lignes de covoiturage avec arrêts, une sorte d’auto-stop organisé. Ce concept expérimental pourrait être lancé en fin d’année sur une trajectoire entre Viry et Genève. (TDG)

Créé: 04.10.2018, 18h25

«Être seul au volant de sa voiture, c’est une aberration»

Ils sont peu nombreux, éparpillés, parfois à des centaines de kilomètres. On retrouve leurs annonces sur les applications en ligne ou sur des groupes formés sur les réseaux sociaux. Les covoitureurs se divisent surtout en deux catégories: ceux qui partagent leurs trajets quotidiens et ceux qui recherchent ou proposent un siège dans un véhicule de manière occasionnelle.
Du fait de l’éclatement géographique, la France voisine paraît beaucoup plus active en matière de covoiturage que la Suisse romande. Il n’empêche, le site e-covoiturage.ch met en relation chauffeurs et passagers depuis près de quinze ans de ce côté de la frontière. Notaire de profession dans le canton de Vaud, son créateur a d’emblée brandi l’argument écologique. «Être seul au volant de sa voiture, c’est une aberration», continue de penser Jean-François Wahlen. Son site compte aujourd’hui 31 000 inscrits, proposant 1500 trajets à partager en permanence.

Fabio Lehmann, lui, n’a pas eu besoin d’intermédiaire. Genevois, employé à l’Université de Lausanne, il partage les trajets quotidiens en voiture avec un autre Genevois, lui aussi salarié dans la capitale vaudoise, depuis près de deux ans. «On s’est connus au travail, on a décidé de faire les trajets ensemble et maintenant on est amis», raconte-t-il. Quand l’un prend sa voiture, l’autre laisse la sienne au parking. Les frais diminuent et le voyage se révèle «plus sympathique». Ici, l’amitié permet d’éviter les comptes d’épicier et de s’alterner au volant de manière spontanée et équilibrée. En revanche, le système fonctionne surtout grâce aux horaires à la carte des deux salariés. «Mais si l’un de nous deux a une réunion tardive ou un imprévu, l’autre doit forcément patienter», relève Fabio Lehmann.

Reste que la plupart des covoitureurs le sont devenus grâce aux sites spécialisés. Un coup d’œil rapide permet de constater combien le trajet entre Annecy et Genève est prisé. C’est que les transports publics sont lacunaires entre les deux villes, distantes d’une quarantaine de kilomètres. Tarif: entre 4 et 7 euros pour prendre place dans la voiture d’un conducteur qui évite de supporter seul les coûts du trajet.

Enfin, les habitants de certaines régions s’organisent pour des trajets bien spécifiques. Créatrice du groupe Facebook dédié au covoiturage entre la vallée du Mont-Blanc et l’aéroport de Genève, Leslie Lorin constate combien les frais de parking, auxquels s’ajoute le prix de la vignette autoroutière, peuvent se révéler prohibitifs. «En partageant nos trajets, nous avons un plus large choix de transport, d’horaire et de budget», dit-elle. Luca Di Stefano

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Khashoggi, l'Arabie saoudite et le Yémen
Plus...