Polluée, la vallée de l’Arve guette le train avec anxiété

Haute-SavoieLes associations doutent que le Léman Express puisse soulager une région au réseau ferré obsolète. Confrontation.

L'arrêt en gare à La Roche-sur-Foron.

L'arrêt en gare à La Roche-sur-Foron. Image: LUCIEN FORTUNATI/ARCHIVES

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«Cela fait cent ans que vous ne faites que des routes», accuse une dame dans le public. «La Haute-Savoie veut-elle vraiment abandonner sa politique du tout-routier?» enchaîne un homme, s’excusant de son élocution: il se remet à peine d’un accident cardiovasculaire qu’il attribue à l’air vicié de la région. Vendredi, la tension était palpable lors d’un débat organisé à Saint-Pierre-en-Faucigny par des associations haut-savoyardes pour évoquer l’avenir du chemin de fer dans la vallée de l’Arve, en proie à une pollution chronique.

À un an du déploiement du réseau régional Léman Express, grâce à la mise en service du tronçon CEVA, le doute est permis quant aux miracles qu’on peut en attendre. «On a dit aux gens que le CEVA leur sauverait la vie, mais il y aura des déçus, prévient Jean-Bernard Lemoine, président de l’association Asurail. Le démarrage se fera dans de mauvaises conditions et il est trop tard pour entreprendre de grands travaux.»

Le rôle anecdotique du train

L’essor de l’offre ferroviaire, sans engagement plus précis, fait partie des mesures inscrites dans un nouveau plan de protection de l’atmosphère (PPA), soumis à l’enquête publique cet hiver. L’objectif est de réduire de moitié une surmortalité, évaluée à 85 décès précoces par an, due à l’air vicié qui empoisonne la vallée. On cite un excès de particules fines, en partie lié au chauffage au bois qui prévaut dans la région, et des oxydes d’azote dus aux transports. Le transit international n’est pas seul en cause. La vallée connaît chaque jour 90 000 déplacements motorisés internes et 40 000 autres en lien avec la frontière genevoise. La part du chemin de fer est ridicule: 1% des mouvements.

Dès décembre 2019, le Léman Express doit proposer un train par heure entre Genève et Annecy et un convoi direct toutes les deux heures avec Saint-Gervais, dans la vallée de l’Arve, avec d’autres possibilités grâce à des correspondances, parfois assurées par car. En période de pointe, on promet une cadence à la demi-heure. Les temps de parcours ne font pas rêver: de Cornavin à Saint-Gervais, comptez une heure et 44 minutes.

Impossible de faire mieux pour le moment. Tout le réseau ferré haut-savoyard est formé de voies uniques que se partagent les deux sens de circulation. Ce qui n’est pas forcément rédhibitoire: le trafic régional entre Genève et Coppet s’effectue aussi sur une seule voie, avec des points de croisement. Mais en Haute-Savoie, la situation est aggravée par la désuétude de l’équipement. La ligne de la vallée de l’Arve et celle d’Annecy sont équipées, dès leur divergence à La Roche-sur-Foron, d’une signalisation manuelle. Un héritage des années 50 qui limite fortement leur capacité.

«Avec une cadence à la demi-heure, ça coincera au moindre grain de sable, il faudra prier pour que ça fonctionne», prédit un cheminot dans l’assistance. La signalisation automatisée est «une urgence absolue», juge Eric Fournier, vice-président de l’Exécutif d’Auvergne-Rhône-Alpes et maire de Chamonix. C’est «un vrai sujet» mais «pas vendable politiquement car cela ne se voit pas», selon Damien Caraboeuf, représentant de la SNCF. Reste que la modernisation, devisée à une grosse centaine de millions d’euros, est envisagée, à terme. On parle de 2027, on rêve d’une anticipation dès 2023.

Un abandon séculaire

Les autorités n’ont pourtant pas été inactives. À coups de centaines de millions d’euros, on a supprimé des passages à niveau et on a allongé et rehaussé les quais de 18 gares. On veut les doter de parkings relais, mais tout ne sera pas prêt à temps. L’entreprise est ardue, notamment parce que la SNCF rechigne à céder du terrain.

Mais il y a du mieux, selon Martial Saddier, député de la haute vallée de l’Arve: «Il y a dix ans, on ne parvenait pas à savoir, entre SNCF Mobilités et SNCF Réseau, qui possédait quoi.» Et le membre de l’Assemblée nationale de conclure: «Pendant près d’un siècle, rien ou presque n’a été investi sur le réseau haut-savoyard. Personne ici n’est responsable de sa conception.» Laquelle date de la fin du XIXe siècle.

Créé: 10.12.2018, 16h46

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