Moillesulaz, son tram, sa place et son devis dépassé

ChantierEn cinq ans, les travaux ont vu leur évaluation passer de 8,3 à 19,2 millions de francs. Décorticage d’un surcoût de 130%.

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Un lieu humide planté de saules. C’est l’une des étymologies possibles du lieu-dit Moillesulaz, à la frontière franco-genevoise. Mais cette vision bucolique détonne avec le visage actuel du site qui est en plein chantier. Dans un paysage bétonné, on s’y meut comme on peut, en slalomant sur des parcours provisoires, hérissés de mats. Ils supportent une toiture qui préfigure le vaste couvert prévu pour abriter, d’ici à l’an prochain, la nouvelle douane et une double station de tramways.

La ligne 12 continuera d’y avoir son terminus. À ses côtés, on trouvera un arrêt pour la nouvelle ligne 17 qui, franchissant la frontière, ralliera Annemasse. Le réaménagement de Moillesulaz constitue la seule contribution genevoise à ce développement du réseau de tramways: le chantier qui se déroule en France, éventrant les chaussées de Gaillard et Ambilly, est financé par les collectivités françaises, par un subside de la Confédération à la première étape de cette extension (de la frontière au cœur d’Annemasse) et par un coup de pouce européen. Berne ayant refusé son aide à la seconde étape (du centre d’Annemasse au Perrier), 9 des 28 millions d’euros du devis de cette nouvelle extension restent à trouver et les Français espèrent un geste de Genève qui, jusqu’ici, fait la sourde oreille.

Chacun ses soucis

Il faut dire que le Canton a ses propres soucis. Dans un rapport transmis en octobre aux députés, l’État annonce que la facture de la réfection de Moillesulaz a pris l’ascenseur. En 2012 et 2013, lors de débats sur la loi relative au réseau de transports publics, un devis de 8,34 millions de francs avait été évoqué et même annexé à la législation. Or la facture du projet en cours de réalisation est désormais devisée à 19,2 millions: c'est plus du double (+130%).

La fâcheuse nouvelle est due, lit-on dans le rapport, «à un élargissement du périmètre du projet et à la nécessaire reconstruction du bâtiment des douanes non prévue initialement pour un montant d’environ 5 millions de francs». Avait-on donc oublié la douane? Ce serait ballot. Faisant obstacle au nouveau tracé ferroviaire transfrontalier, les édifices douaniers tant suisses que français, âgés d’une trentaine d’années, ont été rasés l’an dernier.

Lors de l’étude de faisabilité, en 2010, de multiples interrogations subsistaient, explique le Département des infrastructures. «Au fur et à mesure de l’évolution du projet, il est apparu que l’ancien bâtiment des douanes ne pouvait plus être conservé à son emplacement à cause de l’emprise ferroviaire pour le terminus et des largeurs des voies de circulation», expose-t-il. On ignorait alors aussi si les gabelous suisses effectueraient à Moillesulaz des contrôles fixes ou volants et s’ils maintiendraient des opérations de dédouanement. Depuis lors, il est apparu «que les douanes avaient toujours besoin d’un bâtiment complet accompagné d’un couvert». Ces certitudes ont un prix: ajoutez 5,3 millions à la note.

Les surcoûts s’empilent

En 2010, le tracé ferroviaire était soumis à d’autres points d’interrogation. On ignorait si tous les trams circulant sur cet axe poursuivraient leur chemin vers la France (tel ne sera finalement pas le cas) et, donc, s’il fallait maintenir un terminus à Moillesulaz. La forme que prendrait l’éventuel terminus dépendait des véhicules utilisés: les vieux trams monodirectionnels qui desservent encore la ligne nécessitent une boucle pour rebrousser chemin, à la différence des engins bidirectionnels qui se satisfont d’un aiguillage entre deux voies parallèles.

D’autres décisions encore ont alourdi la facture de 4,2 millions: création d’un giratoire à l’issue suisse de la douane, élargissement du pont sur le Foron, qui marque la frontière. Adjoignez 1,4 million pour la réfection de l’alimentation électrique du réseau TPG dès Chêne-Bourg et vous voilà avec un surcoût total de 10,9 millions.

Maigre consolation: le Canton ne règle pas seul la note, Berne ayant accepté en 2012 de cofinancer le projet dans le cadre du deuxième projet d’agglomération. Cette aide couvre d’habitude 40% des frais. Mais, s’agissant de réfections routières, Berne a pris en compte des montants forfaitaires, jaugés en fonction de la fréquentation des lieux. Pour Moillesulaz, le coût est estimé à 2,25 millions. C’est chiche, alors que le prix réel est plus élevé de 753%! D’où un appui fédéral réduit à un chétif 0,9 million alors que Genève en espérait 3,34, ce qui, sur la base du devis initial, n’aurait laissé que 5 millions à sa charge. Or, coup de pouce fédéral déduit, le contribuable genevois devra finalement allonger 18,3 millions. Sauf mauvaise surprise, bien sûr. (TDG)

Créé: 19.11.2018, 19h20

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