La rade s’apprête à vivre un déménagement inédit

GenèveDès la fin de l’année, des centaines d'embarcations changeront de place d'amarrage. But de la manoeuvre: libérer les quais de la Rive Gauche.

Emeka Buxo, garde port genevois, inspecte les places d'amarrage.

Emeka Buxo, garde port genevois, inspecte les places d'amarrage. Image: Magali Girardin

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Dès la fin de l’année, les Genevois assisteront à une migration hors du commun. Des centaines de bateaux changeront de place d’amarrage. Cette rocade lacustre, inédite par son ampleur, permettra de libérer les quais de la Rive gauche. Une condition essentielle à un futur réaménagement de la rade, dont les lignes directrices seront présentées, selon nos informations, au début de septembre par les autorités municipales et cantonales.

Les propriétaires des 230 embarcations amarrées en aval du Jet d’eau ont été les premiers à être informés de ce déménagement géant. Ils viennent de recevoir une missive de la capitainerie cantonale leur demandant leurs souhaits quant au futur emplacement de leur bateau.

Les voiliers au Port-Noir

Leurs vœux seront pris en compte dans la mesure du possible, mais la stratégie générale est d’ores et déjà définie: les bateaux dotés de longues quilles (environ 110 voiliers) seront installés dans le nouveau centre actuellement en construction au Port noir, dont la profondeur est de cinq mètres. Les embarcations à fond plat, de type bateaux à moteur, seront quant à elles relogées dans un des 22 autres ports que le Canton possède.


Lire aussi notre éditorial: Enfin du mouvement dans la rade!


Mais comment trouveront-elles de la place dans ces structures pleines à craquer? «Afin de libérer de l’espace pour ces nouveaux venus, des voiliers installés dans ces différentes infrastructures seront à leur tour déplacés au Port-Noir», indique le responsable de la capitainerie Donald Buchet.

Ce mouvement devrait débuter à la fin de 2020. Il sera précédé par le déplacement de tous les dériveurs installés sur terre le long du quai Gustave Ador. Ces 220 embarcations quitteront le bitume à la fin de l’année déjà. Elles gagneront la future plateforme pour dériveurs qui verra le jour dans le nouveau port de l’État.

En pratiquant de la sorte, l’État espère réaliser des économies. «En déplaçant les bateaux qui disposent de longues quilles au Port-Noir, qui sera de plus équipé de l’électricité, nous éviterons de devoir draguer régulièrement d’autres ports qui s’envasent régulièrement», indique Alexandre Wisard, responsable du Service du lac, de la renaturation des cours d’eau et de la pêche (SLRP). «À titre d’exemple, celui de Céligny a dû être désenvasé ce printemps. Ça nous a coûté 340 000 francs et ce type de manœuvre doit être effectuée tous les dix ans environ. Imaginez les économies que l’on peut faire!»

Liste d’attente

Au-delà des aspects financiers, cette rocade devrait également permettre de gagner quelques places en ajustant mieux les bateaux à la taille des emplacements. Une légère amélioration devrait donc être perceptible, même si elle ne suffira de loin pas à combler les demandes. Aujourd’hui, 700 personnes sont toujours en attente afin d’obtenir d’une place d’amarrage. Cette année, seules 19 ont pu être rétribuées. «Le temps d’attente est d’environ dix à quinze ans, estime Donald Buchet. Ce chiffre a même poussé un Genevois à inscrire son fils de six mois sur la liste!»

Cette situation pourrait toutefois encore s’améliorer légèrement grâce à l’agrandissement conséquent du port de La Nautique, qui devrait s’achever d’ici au mois de mai prochain. Le club privé comptera alors 440 places supplémentaires, louées pour une durée de trente-cinq ans. Si ces dernières ont d’ores et déjà trouvé preneur, elles pourraient permettre de libérer quelques places dans les ports de l’État ce printemps.

Faible utilisation

Cette migration nautique sans précédent devrait s’achever à l’horizon 2021. Elle sera suivie par le déménagement des pêcheurs professionnels et des entreprises nautiques situés sur ce même quai. Pour la suite, l’État n’envisage pas de réaliser des places supplémentaires en construisant d’autres nouveaux ports afin de pallier la demande croissante de places d’amarrage et à la hausse importante de gros yachts sur le lac. «Il faut d’abord essayer de faire en sorte que les bateaux qui sont sur nos places soient correctement entretenus et sortent régulièrement sur le lac» (lire relance), indique Alexandre Wisard. Car le taux d’utilisation des embarcations genevoises reste très faible, à l’instar du reste du monde. Deux à trois jours par année en moyenne.


Vingt-deux ports et 6000 places

Lundi matin, Emeka Buxo s’apprête à partir pour sa tournée d’inspection. Du haut de son mètre nonante, cet ancien champion suisse de ski nautique est un des trois gardes ports du canton. Responsable du secteur Rive gauche, il gère les ports genevois de Collonges, la Belotte, la savonnière, Corsier, Anières et Hermance. Au programme de sa matinée, l’inspection des ports et des rives. «La base de mon travail c’est de parler avec les usagers du lac, de les connaître et de faire en sorte que l’atmosphère unique qui règne dans ce milieu perdure. Ici on se dit tous bonjour, on se respecte. On sait qu’à tout moment on peut avoir besoin les uns des autres.»

Sur le lac, l’ancien pilote de la CGN connaît tout le monde. Des propriétaires de bateaux aux riches détenteurs de villas bordant le lac en passant par les pêcheurs et les plongeurs. Il surveille l’état des rives, garde un œil sur les arbres à tailler et sur le hamac noir qui pend au milieu du figuier de Genève plage, gère les conflits de voisinage entre locataires de places et s’assure que les embarcations situées soient en état de naviguer (dans le cas contraire un propriétaire peut perdre sa place d’amarrage). «On doit savoir tout ce qui se passe sur le lac et sur les rives. C’est une chance inouïe de pouvoir être sur l’eau tous les jours, mais il ne faut pas oublier que notre travail comporte également de nombreuses heures de bureau.»

Au total, huit personnes travaillent à la capitainerie cantonale, un service unique en Suisse (dans le reste du pays ce sont les Communes qui gèrent les places de bateau). Elles gèrent 6000 places de bateaux (4500 à l’eau et 1500 à terre), plus de 2000 bouées, chaînes et corps-morts, s’occupent des changements de propriétaires de bateaux (en moyenne, un bateau et demi est vendu chaque jour à Genève) et surveillent l’entretien des rives du lac et du Rhône. «Nous sommes également en charge du centre nautique de Genève-Plage et participons à tous les grands travaux qui sont réalisés sur le lac, ajoute Emeka. Avec la construction de la plage des Eaux-Vives, du nouveau port et les aménagements d’accès à l’eau au quai de Cologny (projets portés par le SLRP), on n’a pas le temps de s’ennuyer!»

Créé: 14.08.2019, 07h05

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Mutualisation

Afin de remédier au problème de manque de places d’amarrage, une des solutions évoquée est la mutualisation des bateaux. «De plus en plus de gens achètent des embarcations en copropriété ou créent une association pour en acquérir une à plusieurs. Ça permet de partager les coûts ainsi que le travail d’entretien», indique Emmanuel Le Godeq, patron de l’école de voile Marins d’eau douce. Autre piste: la location de bateaux. Une activité qui s’est développée timidement ces dernières années. À ce stade, cinq entités proposent ce type de service à Genève, disposant au total de 70 bateaux à louer. Si plusieurs acteurs seraient tentés de développer ce secteur, ils se heurtent également à la problématique du manque de places d’amarrage. Car pour l’instant, aucun régime particulier n’existe pour ces entreprises. Elles doivent s’inscrire sur la liste d’attente au même titre que les privés.
C.Z.B.

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