La RTS pousse des seniors vers la sortie

MédiasQuinze retraites anticipées forcées créent le malaise à la Tour de la télévision. «On aurait pu faire autrement», estime le Syndicat suisse des mass media.

Image: Steeve Iuncker-Gomez

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«Après plus de trente ans de maison, ça fait mal, ne cache pas Nicolas Burgy. Je ne m'y attendais pas du tout!» À tout juste 61 ans, le journaliste de la RTS vient d'apprendre qu'il faisait partie d'une charrette de quinze personnes devant partir en retraite anticipée. Obligée de faire des économies avec la baisse de la redevance et la fuite des annonceurs, la RTS cherche logiquement à réduire ses coûts. Mais fallait-il une nouvelle fois que ce soit des employés seniors après des décennies d'engagement qui soient visés, comme l'a appris la «Tribune de Genève»?


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«Même si je connais les difficultés économiques actuelles, j'ai été très surpris par la brutalité de cette décision et la façon dont on me l'a annoncée. Cela est d'autant plus surprenant que l'année qui démarre sera particulièrement dense dans le domaine des sports.» Ayant rejoint cette rubrique il y a une dizaine d'années, Nicolas Burgy a notamment monté un Café des sports interactif. Avant cela, le journaliste s'était toutefois surtout fait connaître comme créateur, producteur et présentateur d'émissions, dont un talk-show.

«Je suis inquiet pour l'avenir»

Une rubrique des sports qui est doublement touchée, avec le départ forcé d'un autre collaborateur. Responsable des sports, Massimo Lorenzi qualifie cette mesure d'extrêmement douloureuse «au niveau professionnel certes, mais aussi au niveau humain. Ce sont deux collègues appréciés qui faisaient du bon travail qui sont touchés.» Le cadre de la RTS ajoute que la direction a pris ses responsabilités face à une forte réduction des moyens et de la publicité: «Plutôt que de licencier, elle a opté pour des retraites anticipées. Entre ces deux maux, je préfère que ce soit des collaborateurs proches de la retraite qui doivent s'en aller plutôt que l'on vire des journalistes de 45 ou 50 ans dans un milieu aussi sinistré que le nôtre. Je suis inquiet pour l'avenir...»

La RTS avait déjà annoncé des économies fin septembre. «Tout est entrepris pour éviter les licenciements notamment à la faveur de départs naturels», annonçait à l'époque Sophie Balbo, porte-parole de la RTS. Aujourd'hui, quinze personnes sont mises en retraite anticipée forcée et neuf postes vacants sont supprimés. «À cause de la chute des revenus publicitaires principalement, la RTS doit couper cette année 14,3 millions de francs, explique la porte-parole. Le personnel représente 50% du budget. Si l’on avait réalisé les économies au prorata, nous aurions coupé 60 postes. Au lieu de quoi nous en supprimons trois fois moins (22,8), dont une partie importante sont des postes vacants (9,4). Dans le souci de ne pas procéder à des licenciements, surtout dans un marché des médias en crise, nous procédons à 13,4 retraites anticipées. Ainsi, nous préservons l’emploi à long terme.»

Les économies sur le personnel représentent 11% du montant total des économies alors que les charges du personnel représentent globalement 50% du budget de la RTS, ajoute Sophie Balbo: «Avec les départs à la retraite anticipée, on économise environ 1,6 million de francs. Les départs en retraite anticipée ne sont pas remplacés, donc les postes sont économisés.»

«De gros salaires...»

Les personnes remerciées, elles, ne comprennent pas ces sanctions forcées. «La RTS aurait d'abord pu demander s'il y avait des partants volontaires, souligne l'un d'eux. L'ambiance est tellement mauvaise à la Tour que d'autres auraient été prêts à s'en aller avec un bon plan social.» Peur à la RTS? Ce journaliste préfère en tout cas garder l'anonymat pour constater que «l'on s'est surtout débarrassé de certaines personnalités ayant de gros salaires...»

Une rengaine à la mode qui ne touche évidemment pas que la RTS, mais qui n'en reste pas moins critiquable, selon Valérie Perrin, secrétaire régionale du syndicat suisse des mass media (SSM): «Le plan social en vigueur, négocié en 2015 pour une première vague d’une quarantaine de postes supprimés à la RTS, offre des prestations intéressantes selon la situation personnelle des collaborateurs.» Mis en place en 2016, ce plan propose des mesures de mise à la retraite anticipée pour les collaborateurs de 58 ans et plus; ils disposent d’un délai de réflexion de quarante jours.»

«Mais nous plaidions que l’on ne force pas les gens à partir et que l’on épargne les employés dont les avoirs du deuxième pilier sont insuffisants, notamment les collaborateurs à temps partiel, poursuit Valérie Perrin. La retraite anticipée imposée est vécue aussi durement qu’un licenciement. Et c’est ce sur quoi le processus débouche en cas de désaccord.»

La RTS aurait pu faire autrement, selon le SSM. «Lors d’une vaste consultation du personnel en janvier 2019, on avait constaté que 250 personnes environ avaient entre 60 et 64 ans, et étaient donc dans la cible des retraites anticipées, indique Valérie Perrin. La RTS aurait pu s’interdire de contraindre des gens à la sortie en demandant qui était intéressé par une telle perspective. Avec le risque, il est vrai, de perdre de très bons éléments. Il en va de la responsabilité d’une entreprise du service public financé par la redevance.»

Mais sur quels critères s'est basée la RTS pour choisir les personnes à envoyer en retraite anticipée? «Les critères liés à l’âge et à la situation personnelle de chacun ont été pris en compte, le choix n’était pas motivé par la qualité du travail, conclut Sophie Balbo. Nous avons bien conscience que pour ces collègues, c’est une mesure difficile car elle anticipe le terme de leur carrière, qui a souvent été longue au sein de la radio et de la télévision, et d’une entreprise à laquelle elles et ils sont très attachés.»

Créé: 07.02.2020, 18h31

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