La France voisine mise sur l’auto-stop à la bernoise

La solutionUn nouveau type de covoiturage sera expérimenté dès l'an prochain sur l'axe Valleiry-Viry-Bernex, puis sur d'autres parcours du Grand Genève.

Le système constitue une version améliorée de l’auto-stop. DR

Le système constitue une version améliorée de l’auto-stop. DR

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Avec leur sens légendaire du compromis, les Suisses semblent avoir trouvé le juste milieu entre la spontanéité de l’auto-stop et la complexité technologique des applications de covoiturage. Étrenné en Suisse alémanique par un concepteur bernois, le système Taxito s’exporte, s’apprêtant à gagner la région genevoise. Une première ligne devrait être inaugurée en février ou en mars, reliant Valleiry à Bernex via Viry.

Le développement du covoiturage est l’une des cartes que les partenaires français du Grand Genève ont résolu de jouer pour réduire la pression du trafic sur les petites douanes du sud du canton, notamment Soral. Pour rappel, les autorités genevoises avaient menacé de laisser fermés ces passages frontaliers durant l’heure de pointe du matin si des solutions n’étaient pas trouvées pour juguler les flux pendulaires (lire ci-contre).

Mode d’emploi

Le système envisagé s’articule autour d’un trajet type qui est équipé d’arrêts, comme sur une ligne de bus. Sur le parcours ébauché près de Genève, on en trouvera à Valleiry, à Viry, au parking-relais qui vient d’être créé dans cette commune non loin de la frontière et enfin au P+R de Bernex, terminus du tram 14. Ces haltes sont équipées d’un écriteau électronique, alimenté par un équipement solaire. Ayant rejoint l’arrêt, le passager en quête de véhicule envoie un SMS au système, avec une destination type, laquelle s’affiche dès lors sur le panneau électronique qui se met en outre à clignoter. S’il fait nuit, un petit réverbère s’allumera par-dessus le marché.

Tout conducteur passant par là pourra prendre en charge le voyageur qui, en montant, enverra un nouveau SMS avec la plaque minéralogique du véhicule. L’identité de ses deux occupants est alors connue du système qui offre ainsi une sécurité accrue par rapport à l’auto-stop artisanal au pouce levé.

En revanche, le recours au seul SMS dispense d’utiliser une application sur un smartphone. Atout crucial: «Si chacun doit avoir la même application pour être mis en relation, on ne parvient jamais à avoir la masse critique suffisante de conducteurs et de passagers dans une région», estime Martin Beutler, créateur de Taxito. Son concept repose davantage sur une mise en contact dans le monde réel qui sera à peine stimulée par le panneau. Les chauffeurs qui le souhaitent peuvent aussi s’inscrire et, s’ils le veulent, peuvent être géolocalisés et contactés lorsqu’une personne attend et ils peuvent aussi recevoir une partie de la contribution financière que le passager se verra débiter sur sa facture de téléphone.

Des solidarités variables

Et ça marche? Oui, assure le concepteur sur la base de ses premières expériences menées dans la campagne lucernoise et l’arc jurassien. L’attente moyenne est de six minutes. Et la réalité observée près de Lucerne contredit parfois les intuitions. «Sur la route peu fréquentée menant à Luthern Bad, on n’attend que deux minutes, alors que plus bas, sur une route au trafic quatre fois plus important, on attend plus longtemps, note Martin Beutler. Mais c’est normal: si vous appelez au secours en montagne, les rares personnes qui vous entendent accourront, alors que face à des situations de détresse en ville, les gens comptent sur autrui pour intervenir.»

Les collectivités réunies au sein du Pôle métropolitain du Genevois français croient au potentiel de la première ligne qu’elles comptent ouvrir: sur l’axe Viry-Bernex, Soral voit passer en heure de pointe du matin une voiture toutes les quatre secondes. Le taux d’occupation moyen de ces véhicules est de 1,1 personne. «Le covoiturage est un levier important, juge Ludovic Antoine, responsable mobilité du Pôle. En zone périurbaine, où l’habitat dispersé ne favorise guère les transports en commun, faire de la voiture un transport collectif en complément aux bus constitue un véritable enjeu.» Notamment pour les finances étatiques: à fréquentation égale, le covoiturage nécessite un investissement public dix fois moindre que les transports en commun classiques.

Une croissance galopante

Alors que la France se mobilise contre les prix de l’essence, le partage des frais pourrait stimuler les nouveaux adeptes. Dans un premier temps, pour lancer la ligne, le Pôle compte même rémunérer tant les conducteurs que les passagers qui tenteront l’expérience. D’autres lignes sont prévues. On parle d’un Gex-Genève (via Ferney ou Saint-Genis), de l’axe de Thonon ou encore d’un Bonneville-Genève via la toute nouvelle voie qui est réservée au covoiturage à la douane de Thônex-Vallard.

Tout en développant les transports publics et en guettant l’inauguration du réseau ferroviaire Léman Express dans un an, le Genevois français espère retirer de ses routes 30 000 véhicules par jour grâce au covoiturage. Ce n’est pas du luxe!

«Notre territoire très dynamique voit sa population croître de 10 000 habitants par an, ce qui implique 15 voitures en plus par jour, indique Jean Denais, maire de Thonon et président sortant du Grand Genève. Avec un usage dominant des transports individuels motorisés, nos réseaux sont totalement saturés et, d’ici à 2030, nous devrons gérer 480 000 déplacements supplémentaires par jour.» (TDG)

Créé: 20.11.2018, 19h12

Le problème

Les villages du sud du canton, comme Chancy ou Soral, se plaignent de la circulation pendulaire intense qu’ils subissent en heure de pointe. Les autorités suisses et françaises ont signé en janvier un accord visant à réduire ces flux de 10% d’ici à mars prochain, de 20% à la fin de 2019 et de 50% en 2022. Outre de nouveaux bus transfrontaliers (les lignes 62 et 63 qui ont été lancées à la rentrée), les responsables misent sur un meilleur partage des véhicules. Le site covoiturage-leman.org tente de coordonner les efforts de la région en ce sens.

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