L’élève modèle a le goût de la manif

AssociationMaya Beerli, la nouvelle présidente des Jeunes engagés, cultive les bonnes notes et l’insubordination.

Maya Beerli est la nouvelle présidente des Jeunes engagés.

Maya Beerli est la nouvelle présidente des Jeunes engagés. Image: Laurent Guiraud

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«Antifa», «Kein Mensch ist illegal», «Genève est multiculturelle»: les murs du Café Gavroche, que Maya Beerli a choisi pour partager un café, donnent le ton. Mais la collégienne de dix-huit ans, nouvelle présidente de l’association des Jeunes Engagés, n’est pas la militante volubile que l’on s’attendrait à trouver sous les posters revendicatifs de ce bastion traditionnel de la gauche. Plutôt timide, la jeune femme qui vit chez sa mère, à Saint-Jean, parle moins de politique que de sa passion pour la musique et le théâtre.

Monologue d’ado paumé

Au Conservatoire, elle manie l’alto depuis douze ans. Sinon, elle explore le jazz: le piano, «pour l’impro», la contrebasse, «pour s’amuser». «J’aime quand la musique prend aux tripes.» Ses yeux s’illuminent. La musique est un peu le fil rouge de sa vie mais, bien qu’elle soit très demandée par les orchestres, elle ne s’y voit pas poursuivre une carrière professionnelle. «Un milieu trop compétitif, il faut un tempérament bagarreur.»

Elle se projette plus volontiers sur les planches. «Le théâtre touche plus de monde», explique la fille issue d’un milieu populaire. Après sept ans de cours, elle présente cette année son premier projet personnel, intitulé «Pensées mineures». Habile référence aux errances adolescentes (en musique, le mode mineur est associé à la tristesse), ce monologue met en scène un personnage candide, se baladant à patins à roulettes et racontant une flopée d’anecdotes flottantes. «C’est des mots d’humains un peu paumé, parce que des fois, on ne sait pas bien ce qu’on fait là», résume le flyer qu’elle nous tend. Elle partagera en mai la scène du Théâtricul avec Matteo Marano, un ami rencontré à l’Association des jeunes engagés (AJE). Ensemble, ils ont eu l’idée de présenter chacun son texte sur une même scène, une sorte de ping-pong qu’ils ont nommé «monologues enlacés». À force de partager les planches, eux aussi se sont enlacés: Matteo est son copain depuis l’été dernier. Les monologues se sont mués en dialogue.

Habituée des manifestations

Avec ses bonnes notes, à l’école comme au Conservatoire, son investissement sur les planches et une authentique gentillesse, Maya Beerli a tout de la fille que chaque parent rêve d’avoir. Pourtant, la Genevoise n’hésite pas à donner de la voix quand il le faut. «Depuis que j’ai quatorze ans, je ne rate pas une manifestation étudiante», clame-t-elle. C’est la mobilisation contre les coupes budgétaires, en 2015, alors qu’elle n’a que quatorze ans, qui lui donne goût de la contestation. Elle fronce les sourcils. «Cette décision était injuste, elle nous enlevait le droit aux voyages d’études.» Elle bat alors le pavé avec sa grande sœur et son père professeur. La politique, c’est un peu une affaire de famille: «On remplit nos bulletins de vote ensemble.»

Il y a deux ans, alors qu’elle placardait des flyers pour une énième manifestation avec une amie, elle est recrutée par des membres de l’AJE, qui organise la plupart des mobilisations étudiantes. «Engagés» pour quoi au juste? «Pour les jeunes. On est là pour écouter et défendre les élèves du secondaire II (ndlr: Collège, école de commerce, apprentissages, etc.). On se revendique comme un syndicat.» L’association, qui compte dix membres, a par exemple lancé une pétition contre le resserrement des conditions d’admission au Collège. Ces derniers temps, elle s’est surtout greffée à d’autres mouvements, comme la grève des femmes ou celle du climat. Des thématiques plutôt orientées. «C’est vrai qu’on est plutôt à gauche. Mais on est ouverts à tous, y compris à des pensées politiques plus à droite. Ce serait intéressant d’avoir plus de diversité.»

Au fil de la discussion, Maya semble trop mature pour son âge. Elle avoue sentir parfois un décalage par rapport à ses camarades. Tout juste si son adolescence a été traversée d’une période «hippie», qui déjà est dans le rétro. Puis, au moment de décrire les dreads synthétiques qu’elle portait, «pour ne pas avoir à se raser le crâne après», elle se fend d’un grand rire enfantin qui chasse d’une volée son air sérieux. Oui, la nouvelle présidente est toujours une ado. (TDG)

Créé: 24.04.2019, 16h48

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