«L’accès à la justice doit être égal pour tous»

Lutte contre l’impunité Lutter contre l’impunité est un combat de longue haleine. Philip Grant (TRIAL) n’imagine pas de paix durable sans justice.

Philip Grant reste optimiste. Il est persuadé que le travail accompli aujourd’hui permettra de poursuivre des puissants demain.

Philip Grant reste optimiste. Il est persuadé que le travail accompli aujourd’hui permettra de poursuivre des puissants demain.

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Track Impunity Always (TRIAL) a été fondée en 2002, au moment même où entrait en vigueur le Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale et quatre ans après l’arrestation du général Pinochet. Le but principal de TRIAL, rebaptisée dernièrement TRIAL International, est de mettre le droit au service des victimes des crimes les plus graves (génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, tortures et disparitions forcées). Un combat que son directeur, Philip Grant, n’est pas près d’abandonner.

Qu’est-ce qui a motivé la création de votre ONG?

Nous avions les témoignages de victimes de criminels de guerre, réfugiées en Suisse, qui nous disaient qu’il leur arrivait de croiser leur bourreau dans la rue. Au début, il n’a pas été facile de convaincre les procureurs de se saisir de faits qui s’étaient déroulés à des milliers de kilomètres. Pourtant, les outils juridiques existaient. Petit à petit, l’idée a fait son chemin.

Et en quoi consiste votre travail?

Principalement à monter des dossiers. C’est un travail très technique. Il faut de bons juristes et de l’imagination. Depuis notre création, ce sont 280 procédures ouvertes et près de 600 victimes défendues. Et ce mouvement s’élargit à de nombreux pays. Nous n’allons pas devant la Cour pénale internationale, où les besoins sont couverts. Nous préférons agir là où il y a peu de choses de faites. En Bosnie, au Burundi, au Népal et en RDC, nous obtenons d’excellents résultats.

Etes-vous déjà amenés à traiter des cas qui concernent la Syrie?

Il m’est difficile d’en parler car une partie de notre travail reste confidentielle. Sur la Syrie, une masse considérable d’informations est récoltée par l’ONU et d’autres organismes. Cette collecte de preuves est indispensable. Je suis convaincu que d’ici à dix ans, de nombreuses procédures seront ouvertes un peu partout, devant la CPI, en Syrie même ou devant d’autres juridictions. L’accès aux victimes et témoins reste bien sûr délicat au vu du conflit qui fait rage et des craintes de répercussions pour ceux qui sont restés au pays. Mais je suis convaincu que ces preuves et témoignages serviront quoi qu’il en soit.

N’est-ce pas parfois frustrant de ne pas obtenir de résultats immédiatement?

Les acteurs de la justice internationale ne sont pas les pompiers qui viennent éteindre les incendies. Notre action s’inscrit dans la durée. C’est difficile à faire comprendre et à faire admettre par les victimes, surtout quand les bombes continuent à tomber. Regardez ce qui s’est passé il y a quelques jours dans l’affaire de l’ancien président tchadien Hissène Habré. Il a fallu attendre plus de trente ans mais la justice a fini par être rendue. Il finira ses jours derrière les barreaux. Est-ce que cela fait réfléchir Bachar el-Assad et ses sbires? Je ne le sais pas. Mais cela envoie un signal fort.

Vous êtes donc optimiste?

Bien sûr! Il est évidemment difficile d’accéder à une justice parfaite lorsque vous sortez d’un niveau de violence aussi généralisé qu’un génocide, mais nous sommes en train de bâtir les institutions qui permettront un jour de poursuivre même les responsables des pays dits puissants. Des règles sont en train d’être établies aujourd’hui, et elles permettront la poursuite des puissants demain.

Qu’est-ce qui atteste de cette évolution?

Aujourd’hui, nous voyons par exemple des tribunaux passer outre des lois d’amnistie pour les crimes les plus graves. Il n’est plus question de se boucher le nez ou de fermer les yeux

Mais n’est-ce pas trop souvent la justice des vainqueurs quia le dernier mot? N’y a-t-il pas un risque de manipulation?

Nous n’ignorons pas ce risque. C’est la raison pour laquelle nous privilégions les contacts directs sur le terrain. Nous le faisons avec les associations de mères de disparus en Bosnie ou avec les victimes de violences sexuelles en RDC. Il est important pour nous de défendre les victimes, quelle que soit leur ethnie ou leur nationalité. L’accès à la justice doit être égal pour tous, nous ne transigeons pas là-dessus.

(TDG)

Créé: 26.06.2016, 18h53

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